N°1 of The Secret Service

Dans notre grand recensement des pays du nanar, la perfide Albion avait été jusqu’ici épargnée. Faut-il en déduire que les Britanniques ont évité toute ringardise et qu’ils sont les garants du bon goût et de la qualité modèle BBC ? A d’autres !


AU SERVICE NANAR DE SA MAJESTÉ
Et oui, nous avons trouvé la preuve des turpitudes filmiques britanniques grâce à l’œuvre de Lindsay Shonteff, le Jean-Marie Pallardy d’outre-manche. Né au Canada, Shonteff débarque au Royaume-Uni dans les années 60 pour tourner de petits films d’horreur bon marché comme « Curse of Simba » dont les scènes de jungle africaine sont shootées à Regent’s park. Menant sa barque en franc-tireur dans le monde du cinéma bis, il a fait presque toute sa carrière en Angleterre en tournant des films érotiques et/ou d’aventure sans le sou et en se fâchant systématiquement avec toutes les compagnies de cinéma ou de télévision qui désiraient l’employer. Connu comme un caractériel, il se targuait d’envoyer systématiquement balader tous les distributeurs qui auraient pu diffuser ses films si ceux-ci osaient vouloir toucher à son œuvre.

N°1 of The Secret Service

Une anecdote illustre le caractère du personnage. Il contacte la BBC pour négocier les droits de diffusion de 3 de ses films. Le responsable refuse le deal sans même les regarder. Shonteff, vexé, engage alors un agent qui présente de nouveaux les films sous un nouveau nom et sans préciser leur provenance tout en multipliant ses exigences financières par 5. Le décideur les regarde et décide de les acheter au nouveau prix demandé. Shonteff va alors le voir et lui révèle la supercherie, mais au lieu de signer le contrat, lui assène qu’il est trop stupide pour mériter ses films vu la manière dont il est prêt à gaspiller l’argent du contribuable ! Et il repart en claquant la porte ! Un pur, un vrai, qui n’hésitera pas à aller filmer la guerre du Vietnam dans le comté du Berkshire au sud de l’Angleterre pour son « How Sleep The Brave » en 1981. Imperturbable dans ses choix, il réalise un western en 1992, « Allez simple pour l’enfer / The Running Gun »… toujours dans la campagne anglaise. Ne tournant plus que sporadiquement après les années 90, il est décédé en mars 2006 à 70 ans et jouit Outre-Manche d’un statut un peu kitsch à la Max Pecas

FAUSSE PARODIE
Le grand truc de Lindsay, c’est l’espionnage et plus particulièrement le sous James Bond fauché, genre dans lequel il va s’illustrer à plusieurs reprises en créant le personnage de Charles Bind, l’agent n°1, qui apparaîtra dans quatre films, celui qui nous occupe étant le deuxième.

N°1 of The Secret Service

Charles Bind est donc le meilleur agent de sa Majesté et il le sait. Alors il se la pète. Le sourire narquois, le bon mot aux lèvres quand il liquide un méchant, monsieur roule en Excalibur (qui cache une mitrailleuse lourde sous son capot) et porte le costume sur mesure en toutes circonstances, sous lequel il cache deux 357 Magnum avec lesquels il aime jongler pour emballer les gonzesses. C’est aussi un gros mufle qui passe son temps à peloter ses collègues féminines.

Comme son illustre collègue, il doit affronter un millionnaire mégalomane illuminé, Arthur Lovejoy, qui fait assassiner les plus grands industriels du monde. Celui-ci utilise pour se faire les services d’une organisation de tueurs professionnels impitoyables, le C.R.A.S.H. Crimes, Rapts, Attentats, Sabotages et Homicides. Formidable collection de trognes patibulaires et de psychopathes excentriques, on y croise un géant muet, chauve et borgne, un cow-boy tireur d’élite qui pratique le rasage au flingue, un culturiste tenu en laisse, une femme vampire en cape et porte-jarretelles etc.

N°1 of The Secret Service

On pourrait se croire dans une parodie volontaire d’un film de James Bond, mais pourtant non. Même si Shonteff rajoute perpétuellement une couche d’humour gras à son pudding pour avoir l’air distancié par rapport à son sujet d’origine, son but est de faire un véritable film d’espionnage reprenant sans vergogne toutes les ficelles de 007, musique tonitruante à l’appui. Mais très petit budget oblige, pas d’aventures tropicales à l’horizon, ça sent très fort la banlieue londonienne.

On vous conseille d’enchaîner le dernier James Bond et ce sympathique nanar pour décider qui des deux agents secret est le n°1. Nous, on a notre opinion…

[Richard Tribouilloy]

Retrouvez l’intégralité de cette critique – et des centaines d’autres – sur www.nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

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