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27 février 2021

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« Never Rarely Sometimes Always » ou l’économie de mots

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Devant faire face à une grossesse non-désirée, Autumn, 17 ans, ne bénéficie ni du soutien familial ni de celui de la communauté locale. Désemparée, mais épaulée par sa cousine Skylar, elle va chercher de l’aide dans le New York de tous les possibles. Eliza Hittman pointe ici des similitudes d’ambiance avec la série « 13 Reasons Why » pour laquelle elle avait aussi réalisé quelques épisodes. 


« Nous allons prendre quelques minutes pour parler de vos relations. Tout ce que vous avez à faire est de répondre par « Jamais », « Rarement », « Parfois » ou « Toujours ». D’accord, Autumn ? », informe la conseillère du planning familial new-yorkais. Quelques questions doivent être posées avant que les médecins ne procèdent à l’avortement. « Avez-vous déjà connu des rapports sexuels non-consentis ? Jamais… Rarement… Parfois… Toujours…? », questionne-t-on la jeune femme de 17 ans. Ses larmes montent. 

Autumn (Sidney Flanigan) et sa cousine Skylar (Talia Ryder) sont deux adolescentes, proches l’une de l’autre, qui résident au sein d’une zone rurale de l’état de Pennsylvanie. Autumn fait face à une grossesse non désirée, avec tous les états d’âme que cela implique. Elle dit ne pas se voir mère. N’étant soutenue ni par sa famille, à laquelle elle préfère cacher son secret, et trahie par la communauté locale, la jeune femme se lance avec l’aide précieuse de sa confidente dans un périple parsemé d’embûches jusqu’à New York. 

Car les deux adolescentes sont poussées à devenir femmes. Violemment contraintes à le devenir rapidement. « Le monde est hostile aux jeunes femmes », a confié la réalisatrice Eliza Hittman dans une interview. Et le monde hostile que représente leur ville natale ne les laisse pas être des filles de leur âge. Elles doivent grandir, assumer les responsabilités de l’âge adulte, mais aussi subir le sort que l’on réserve encore trop souvent aux femmes. L’univers dans lequel Autumn et Skylar évoluent n’est pas absolument pas sécurisant ni réconfortant. La sphère professionnelle est profondément malsaine et ce sentiment s’étend jusqu’au sein du foyer familial. 

Mais peut-être que cette hostilité n’est que géographique. Si le petit coin de Pennsylvanie reste bloqué dans des traditions bien ancrées, New York, fidèle aux attentes que l’on en a, ouvre le champ des possibles. Alors que la grosse pomme peut paraître étourdissante, voire menaçante par sa grandeur, comme prête à l’engloutir, c’est pourtant elle qui tend la main à Autumn et la sauve. L’immensité de la ville dépasse certes les deux jeunes femmes qui n’y sont pas adaptées. Mais enceinte et en quête d’aide extérieure, Autumn y rencontre une bienveillance, presque comme un amour maternel. Une proximité s’installe avec des gens qu’elle ne connaît pas, mais dont elle croise la route. Une proximité qu’elle ne connaîtra sûrement jamais avec les siens. 

Comme symptomatique de ce qu’Autumn veut cacher ou la place que lui laisse la société, le film se veut basé sur l’économie de mots. On nous parle peu. Les filles parlent peu. Même entre elles. On ne leur fait dire que ce qu’il est nécessaire. On ne nous dit pas tout parce que l’on est capable de comprendre par nous-mêmes. La narration mise sur les intuitions et connaissances universelles. Autumn et Skylar parlent peu, mais elles parlent aux femmes.

Never Rarely Sometimes Always
USA/GB – 1h 42min – Drame
De Eliza Hittman
Avec Sidney Flanigan, Talia Ryder, Théodore Pellerin
Universal Pictures
07.10.2020 au cinéma

Lauren von Beust
Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! 😉
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