« Mon Ange », film à découvrir dans la compétition internationale du NIFFF, divisera probablement les spectateurs du fait de son esthétique parfois à la lisière de l’expérimental et de son lyrisme ingénu. Pourtant, malgré ses imperfections évidentes, il s’agit bien d’une œuvre forte et sincère.


La première scène débute par un numéro de magie entre un homme et une femme, sur la scène baignée d’ombre d’un théâtre comble. L’homme et la femme ouvrent des portes, s’y engouffrent, disparaissent et réapparaissent comme habités d’une effroyable danse signifiant la perte et l’absence de l’être aimé. Puis l’homme s’évapore pour de bon et la femme se retrouve toute seule. Cleven nous indique qu’elle est enceinte par un subtil geste de sa main déposé au bas de son ventre. Il nous indique qu’elle est seule par un étrange lueur de terreur captée au fond de son œil en gros plan. Et la révélation ne se fait pas attendre, une voix douce et lancinante nous apprend sans étonnement que son fils est invisible. Elle le choie, l’aime, le garde au plus près d’elle jusqu’au jour où il va à la rencontre de la petite fille d’en face qu’il observait par la fenêtre. Nous sommes donc dans un film aux fragilités douces-amères, porté par une attention méticuleuse pour le détail et son sens. Le fantastique y est central mais distillé par petites bruines et toujours utilisé comme révélateur des relations humaines.

L’invisibilité du garçon est incubatrice de réflexions profondes sur la solitude figurée de sa mère et de son amie. Il devient métaphoriquement la matérialisation invisible – car il existe physiquement – du malaise relationnel d’une femme seule et d’une jeune fille aveugle. Bravant sans difficulté les quelques exaltations poétiques qu’il s’autorise, le film tient grâce à la solidité et au caractère novateur de sa réflexion sur l’amour et le désamour.

Cleven témoigne aussi d’une réelle intention artistique dans son utilisation du cadre sur les personnages, découpant avec pudeur les corps et les visages comme pour souligner l’incomplétude physique ou sentimentale. Le film est également inondé de scènes de jardin et de forêt propices aux envies picturales du cinéaste qui fait se côtoyer dans ses plans effusions impressionnistes et ironie surréaliste quasi magrittienne. Brossés avec délicatesse, les rais de lumière et de couleur de « Mon Ange » subissent toutefois l’utilisation excessive et impertinente du flou qui parasite presque la totalité des scènes.

« Mon Ange » est aussi victime des incohérences quant au point de vue de la caméra, tour à tour vue subjective du jeune homme, de la jeune femme ou caméra omnisciente. Cleven ne parvient pas à développer son récit dans une unité visuelle et narrative, mais ce manque totale de maîtrise ajoute à la sincérité de l’œuvre.

Le film entier est traversé par un souffle de liberté et de laisser-aller qui, s’il amène parfois naïveté et maladresse, tient surtout d’une volonté créatrice forte et d’une envie de ne pas s’enfermer dans une rigidité ennuyeuse. Pour notre plus grand bonheur, « Mon Ange » n’est pas parfait et nous acceptons tendrement de fermer les yeux sur ses défauts.

Mon Ange
(NIFFF – Compétition, internationale)

De Harry Cleven
Avec Fleur Geffrier, Maya Dory, Elina Löwensohn
World sales: Elle Driver (FR)

"Mon Ange", voir l’invisible
4.0Note Finale