El Bar : que vive le cinéma espagnol !

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Un thriller, une comédie, un film d’épouvante-horreur, un mélange volcanique, le tout à l’espagnole, ¡sí señor! Alex de la Iglesia ne faiblit pas et propose encore et toujours un film d’une qualité exemplaire, autant scénaristique que visuelle, un film à ne pas manquer au NIFFF !


Récemment, Kiki : el amor se hace avait conquis la critique par son humour décalé et ses scènes caliente de cinq couples qui redécouvraient et expérimentaient la sexualité et les déviances/pratiques peu conventionnelles… Avec la même qualité d’écriture et le même humour décapant, bien que dans un autre genre, El Bar réaffirme la production espagnole contemporaine comme une production qui vaut vraiment le détour. Le réalisateur avait offert en 2004 El Crimen Ferpecto ou, en français, Le Crime Farpait. Un condensé humoristique hyper réussi, dans le seul espace d’un grand magasin, avec un meurtre accidentel et du chantage sexuel.

On part un peu sur les mêmes bases avec El Bar : un début de journée à Madrid, un café du quartier accueille, comme tous les jours, les piliers de bar, un clochard, une femme qui joue à la machine à sous, celui qui vient manger son pain aux tomates et celui qui ne vient que pour aller aux toilettes sans consommer. Bref, un jour comme un autre, jusqu’à ce qu’Elena, jeune femme séduisante bien que fort superficielle, incarnée par la merveilleuse Blanca Suárez, fasse son entrée dans le lieu peu fréquentable, à la recherche d’un chargeur de téléphone portable pour recharger son appareil. Peu habituée à ce genre d’endroit, elle discute vaguement avec les clients présents, tous, bouche bée devant cette fée qui débarque dans leur QG un peu sordide. Un homme sort du café pour entamer sa journée, se fait tirer une balle dans la tête, c’est la panique. Les clients du bar sont coincés à l’intérieur, et personne ne semble intéresser à venir leur porter secours… La suite du film est constituée d’une série d’évènements qui glisse du loufoque vers le sombre et l’effrayant. La comédie est présente dans tout le film, mais s’amenuise, à mesure que les enjeux se complexifient. La peur et le stress révèlent les vraies personnalités de chacun, les comportements sous pression sont plus ou moins calculés, égoïstes, dangereux. Énormément de rebondissements tirent l’action en avant, mais toujours avec cohérence, ce qui montre probablement un long processus d’écriture en amont du film, ou tout du moins un processus méthodique auquel un très grand soin a été apporté. Rien n’est gratuit, il n’y a pas de sang pour du sang, de nudité pour la nudité, et c’est une des grandes forces du film.

Et quel casting ! Blanca Suárez tient la tête d’affiche et semble être l’étoile, non plus montante, mais véritablement filante du cinéma espagnol contemporain. Récemment dans la série Les Demoiselles du câble (Gema R. Neira, Ramón Campos, 2017) et dans le long-métrage Les Amants Passagers d’Almodovar en 2013, la demoiselle a plus d’une corde à son arc et est vraiment une actrice talentueuse. A ses côtés, Mario Casa, avec qui elle a déjà partagé l’écran dans Mi Grand Noche (2013), Les Sorcières de Zugarramurdi (2014) et El Barco (2012), et qui dans ce film joue Nacho, le hipster collé à son iPad, tout en révélant plus tard un côté bien plus sombre de sa personnalité. Carmen Machi pour le personnage de Trini est la femme au foyer qui passe ses journées à perdre son argent dans la machine à sous du bar, sans parler à personne, de dos, seule. Actrice fétiche d’Almodovar, elle est aussi celle d’Alex de la Iglesia et, après 18 ans de carrière, continue de se montrer à l’écran avec beaucoup de talent. Impossible de ne pas mentionner Amparo, la tenancière du café, avec son visage et sa voix si particuliers et pourtant attachants. Incarnée par Terele Pavez, Amparo est la figure maternelle du film, mais n’hésitera pas non plus à abandonner ses protégés pour sa propre survie. Bref, un éventail d’acteur à faire pâlir plus d’un réalisateur, mais Alex de la Iglesia a su gérer et diriger ces monstres du cinéma espagnol pour ce film dans lequel les émotions et la psychologie de chacun des personnages a une importance considérable.

Les acteurs sont soutenus par une image hyperréaliste, très proche des visages, montrant l’évolution de l’état psychologique des personnages. Peu d’effets spéciaux et un tournage en huis-clos, d’abord dans la salle principale du café, puis dans les toilettes, et enfin dans la réserve, en souterrain. Le décor est très réussi et rend très bien l’atmosphère du bar traditionnel à l’espagnole : les tapas sous verre sur le bar, la déco un peu cheap, mais qui fait qu’on se sent à la maison, une vieille machine à sous, et les habitués du quartier qui commandent café au lait ou alcool fort, c’est selon. Une image très peu artificielle donc, qui permet d’ancrer très fortement le récit dans la réalité et de rendre le tout beaucoup plus fort. L’identification du spectateur aux personnages du film est immédiate, on retrouve un bout de soi dans presque chacun des personnalités à l’écran, ce qui est fascinant. Dans la narration, beaucoup de décisions à prendre, et le spectateur est lui-même confronté à ces alternatives, dont les conséquences sont souvent très lourdes. Difficile de porter un jugement sur la situation et sur les choix des personnages, car, qu’aurait-on fait à leur place…

Alex de la Iglesia propose donc une œuvre magnifique à tant d’égards qu’aucune fausse note ne semble apparaître à première vue. La note de 5/5 est donc bien méritée, et permet aussi d’encourager le cinéma espagnol à produire encore et encore des films d’une telle qualité. Mais avec des sous-titres, car le débit de parole est ahurissant, à l’espagnole !

El Bar
De Alex de la Iglesia
Avec : Blanca Suárez, Mario Casas, Carmen Machi, Terele Pavez
Production : Atresmedia Cine
World sales: Film Factory (ES)

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