On continue notre périple en terre neuchâteloise malgré le temps infâme et une fatigue de plus en plus pesante. Mais nous sommes bien là, fidèles au poste, prêts à en découdre avec le cinéma de genre.

Une sixième journée qui commence en douceur avec une sélection de cinq courts-métrages japonais. Le premier, « Memory Sculptor » de Ken Ochiai propose une variation ludique et amusante autour du thème de la mémoire effacée. A défaut d’être original, ce premier court a le mérite d’être le plus abouti visuellement du lot. On continue avec le frappadingue « Dynamic Venus » de Kaichi Sato qui confronte une super-héroïne venue de l’espace à un chiwawa géant. L’animation rudimentaire en rebutera plus d’un, mais c’est suffisamment barré pour faire passer la pilule. Puis vient le plus fascinant du lot, « Meteorite + Impotence » de Omoi Sasaki. Un homme souffrant d’impuissance n’a pas été capable de faire l’amour à sa femme depuis une année. Au-dessus de leur tête s’approche une énorme météorite. La manière dont le réalisateur lie des problèmes sexuels avec une catastrophe imminente est exemplaire, préférant une quasi absence de dialogues à des explications superflues. Tout le contraire de « Ki Ryu » de Shynia Kawakami, le vilain petit canard du lot. Une scientifique amatrice de musique transe essaie de découvrir un dragon qui aurait été aperçu au-dessus de la ville. Explicatif, fatiguant par son utilisation ostentatoire de la musique et peu intéressant, « Ki Ryu » est clairement à oublier. On termine cette sélection avec « Beautiful New Bay Area Project » de Kiyoshi Kurosawa, réalisateur de l’inoubliable « Shokuzai ». Un patron d’entreprise s’entiche d’une ouvrière amatrice de kung-fu. C’est étrange, absurde, parfois brouillon, mais ça se laisse suivre sans déplaisir.

La journée continue sur « Ping-Pong Summer » de Michael Tully. Rad passe l’été en vacances avec sa famille et va devenir amateur de ping-pong. Capitalisant beaucoup trop sur sa reconstitution (certes réussie) de l’ambiance « 80’s », le film peine à maintenir l’intérêt sur toute sa durée. « Yasmine », premier film d’arts martiaux du Brunei, raconte comment une adolescente va s’initier au Silat mais également devenir moins arrogante et égoïste auprès de nouveaux amis. C’est terriblement niais par moments mais le film se laisse suivre sans trop de déplaisir, notamment grâce à la relation qu’entretient la jeune fille avec son père. La curiosité cinéphile du jour était sans aucuns doutes « Woman Revenger » du Taïwanais Tsai Yang-Ming, rareté datant de 1980. Du pur cinéma d’exploitation souvent beaucoup trop long mais assez rigolo et attachant dans ses incohérences (les personnages se retrouvent souvent à Tokyo puis directement devant le mont Fuji, aspect carte postale oblige). La journée se terminait sur le très mauvais et faussement subversif « Dead Snow 2 » de Tommy Wirkola. On y suit le seul survivant de l’épisode précédent, toujours confronté aux zombies nazis, bien décidés à augmenter leur armée. L’idée de la greffe de bras zombie est intéressante mais rarement utilisée à bon escient (la scène avec le Noir). De plus, l’humour sonne faux à chaque fois et devient même irritant dans ses hommages ridicules à « Star Wars ». Une suite qui ne relève pas le niveau du premier épisode, on retiendra surtout les magnifiques paysages de Norvège, très bien mis en valeur.

Septième jour, septième couche de cernes. On commence avec le philippin « Kung-Fu Divas » d’Onat Diaz. Habituée à ne jamais gagner les concours de beauté régionaux, une femme persévère une fois de plus et se retrouve confrontée à une rivale à la beauté diaphane. Elle règleront leurs différents à coups de pied et de cheveux ! Bien trop long mais porté par une énergie décalée qui rappelle le « Crazy Kung-Fu » de Stephen Chow, le film se perd malgré tout dans une dernière partie qui vire à la bouillie numérique. La rétrospective taïwanaise se poursuivait avec « The Lady Avenger » dont la copie issue d’un 35mm ayant moisi piquait un peu les yeux. Pourtant, cette histoire glauque d’une femme violée par cinq hommes qui décide de se venger finissait par capter le spectateur. Du pur cinéma d’exploitation porté par une actrice habitée par son rôle. Le gros plaisir du jour était « Young Detective Dee », dernière folie en 3D de Tsui Hark. Passionnant de bout en bout, ce jouissif grand huit du cinéma d’action chinois bénéficie en plus d’effets numériques extrêmement soignés. C’est souvent extrêmement outrancier, mais on n’en attendait pas moins de ce fou de Tsui Hark. La soirée bifurquait vers le Japon, portée par l’énergie communicatrice de Noburo Iguchi, venu présenter son dernier méfait, « Live ». Etonnamment plus posé que ses derniers films chez Sushi Typhoon, le film raconte comment un groupe de personnes vont devoir survivre à quelques épreuves pour sauver un de leurs proches. Généreusement gore et souvent très ludique, monsieur Iguchi trouve un bon équilibre et réalise là son meilleur film à ce jour. La soirée se terminait sur le gros Z « Zombeavers ». C’est parfois drôle, parfois assumé, mais souvent très pénible et le film se dote en plus d’un bêtisier dont on se serait bien passé.

Le huitième jour était celui des très bonnes surprises. On commence avec « Honeymoon » de la réalisatrice Leigh Janiak. Partis vivre leur lune de miel dans un chalet perdu en forêt, un couple va se retrouvé victime d’évènements surnaturels par le biais de la femme. Certains y verront une image grossière de la dégradation du couple après le mariage, on préférera y voir un honnête film fantastique dont l’ambiance évoque immanquablement « Body Snatchers ». « White Bird In A Blizzard », le dernier film de Gregg Araki est assurément dans nos coups de cœur de ce festival. Distillant une ambiance unique en racontant l’histoire de cette adolescente dont la mère disparaît du jour au lendemain, le réalisateur capte comme personne ces gestes, ces regards et ces dialogues propres à cet âge si particulier. A noter la performance remarquable de Shailene Woodley, peut-être nouvelle muse du réalisateur ? On enchaîne sur l’australien « These Final Hours » de Zak Hilditch. Même s’il ne réinvente pas le genre, le réalisateur réussit à développer un climat de tension tout au long du film et à émouvoir grâce à la relation qui lie le personnage principal à une petite fille. Reparti avec un mérité prix du public, le néo-zélandais « What We Do In The Shadows » était le gros délire de cette édition. Faux documentaire sur une collocation entre quatre vampires, le film enchaine les trouvailles humoristiques surprenantes et innove dans un genre prenant la poussière depuis longtemps. « The Sacrament » de Ti West raconte comment trois amis partent enquêter sur la communauté Eden Parish par l’intermédiaire de la sœur de l’un d’entre eux. L’ambiance très pesante due au sujet (c’est une histoire vraie) fonctionne totalement sur la première partie du film, malheureusement contrebalancée par un usage incohérent du found footage, véritable fléau du cinéma fantastique actuel.

Le dernier jour commençait en douceur avec la découverte en 35mm de « Chasing Amy » de Kevin Smith, magnifique histoire d’amour impossible entre un dessinateur de BD et une lesbienne. Chaque dialogue sonne juste dans ce film bouleversant, peut-être le meilleur de son réalisateur. Le léger et oubliable « Dancing Karaté Kid » raconte l’histoire d’un danseur venu sur Okinawa apprendre la danse traditionnelle de l’île. On saluera surtout les hallucinantes prouesses physiques de l’acteur principal plus qu’une histoire vite ennuyeuse qui ne raconte pas grand-chose. Mais le pire du festival était à venir avec l’insupportable « Open Windows » de Nacho Vigalondo. Mettant en scène Elijah Wood et Sacha Grey (oui oui, l’actrice porno) et se passant intégralement à travers un écran d’ordinateur, le film se ridiculise dans un enchaînement de twist totalement incohérent qui donne surtout l’impression au spectateur d’avoir été pris pour un con. A oublier sans hésiter, dommage que le réalisateur ne confirme pas tous les espoirs entraperçus dans « Timecrimes ». Nous terminions cette quatorzième édition du NIFFF sur l’excellent film proposé en cérémonie de clôture, à savoir «Young Ones » de Jake Paltrow. Découpé en trois chapitres, le film raconte comment un père de famille subvient au besoin des siens dans un futur proche dont toutes les ressources semblent s’être taries. Distillant une ambiance surprenante, entre western pur et film d’anticipation, le réalisateur fait preuve d’un sens du cadre à couper le souffle et d’une excellente direction d’acteur. Un talent à suivre de près.

Excellente manière de conclure cette édition 2014 avant d’enchainer sur quelques bières bien méritées. Même si la santé du cinéma fantastique actuel semble fragile, le NIFFF propose chaque année de belles découvertes et on se réjouit d’avance de la quinzième édition.

Coup de cœur : White Bird in a Blizzard – These Final Hours

Coup de gueule : Open Windows