Klute De Alan J. Pakula

Klute De Alan J. Pakula

Détective privé, John Klute est engagé pour retrouver Tom Gruneman, mystérieusement disparu depuis six mois. L’unique piste est celle d’une call-girl, Bree Daniels, qui vit à New York. Klute s’y rend alors afin de la rencontrer, en espérant qu’elle puisse l’aider dans son enquête.

En 1971, Alan J. Pakula réalise avec « Klute » un polar sexué, représentatif de son époque post-1968. Le réalisateur filme les bas-fonds new-yorkais avec une retenue classieuse, s’éloignant ainsi de la représentation poisseuse qu’en faisait Abel Ferrara à la même époque. Pakula apporte une forme de sophistication intellectualisante au genre et à son univers. Pas un seul coup de feu n’est échangé, aucune course-poursuite, peu de suspense. « Klute » se construit avant tout autour d’une ambiance et de ses deux protagonistes. Jane Fonda, qui remporta l’Oscar pour ce rôle, prête ses traits à une prostituée de luxe partagée entre ses pulsions autodestructrices et son attirance inattendue pour le détective. Face à la superbe Fonda, le grand Donald Sutherland livre une prestation toute en retenue mais non pas moins réussie.

D’une certaine manière, Pakula offre avec « Klute » un contre-point au cinéma à venir de Brian De Palma, notamment à ses oeuvres majeures que sont « Dressed to Kill » et « Blow Out ». Bien que des similarités narratives parcourent les films précités (les séances chez le psychologue, le milieu de la prostitution, la manipulation – sexuelles ou non –, les enregistrements audio), leur approche diverge sensiblement. Si De Palma s’offre corps et âme au genre avec une esthétisation de sa mise en scène, Pakula lui creuse le psyché humain en le confrontant à un cadre extraordinaire.

Une proposition intéressante qui risque néanmoins de décourager les spectateurs à la recherche d’un polar sec et rythmé.

Klute
De Alan J. Pakula
Avec Jane Fonda, Donald Sutherland…
Willy Lugeon