Initialement attendu pour 2017, le deuxième volet de « Pacific Rim » arrive enfin ce mois-ci sur grand écran. En effet, les fans inconditionnels des « Jaegers » et monstrueux « Kaiju » ont dû prendre leur mal en patience et attendre cinq années pour voir la suite du film de Guillermo del Toro. S’il y a eu des changements au niveau de la réalisation et du casting, le scénario quant à lui, ne se renouvelle pas.


Cinq ans en arrière, Del Toro nous proposait un long-métrage faisant hommage aux séries japonaises des années 80-90, dans lesquelles des robots et monstres géants menaient des luttes incessantes et violentes. Personnages stéréotypés, une dose considérable d’effets spéciaux et de scènes de castagne entre les robots « Jaeger » et les monstres « Kaiju » ; voilà les ingrédients principaux utilisés dans le film de 2013. Néanmoins, celui-ci était loin d’être un blockbuster fade à la Michael Bay. Le travail de caméra et les couleurs y étaient sombres et impressionnantes; les combats étaient bien chorégraphiés et faciles à suivre, contrairement à la saga « Transformers » qui est un vrai supplice pour les yeux, à cause de sa caméra constamment en mouvement. Bien que stéréotypés, le réalisateur avait veillé à ce qu’il y ait un travail d’humanisation des personnages, auxquels l’on s’était attaché. Chaque sacrifice était ressenti comme une réelle perte.

Aux mains d’un autre réalisateur, le long-métrage aurait pu être un flop, mais le style remarquable Del Toro a transformé ce film d’action en un produit qui se regarde volontiers et avec plaisir. Qu’en est-il de cette suite tant attendue ? Pourra-t-elle être aussi satisfaisante avec Steven S. Deknight Daredevil », 2015) à la réalisation ? « Pacific Rim : Uprising » reprend dix années après la bataille qui avait mené à la fermeture de la « Brèche », un portail multidimensionnel se trouvant au fond de l’océan Pacifique. Les « Kaiju », ces créatures gigantesques et meurtrières, ne peuvent plus accéder à la Terre, grâce à l’intervention de vaillants pilotes de « Jaeger » tels que Raleigh Becket (Charlie Hunnam), Mako Mori (Rinko Kikuchi) et Stacker Pentecost (Idris Elba). Aucune attaque ne s’est produite depuis une décennie, mais face à l’éventualité que ces monstres reviennent sur Terre et s’évertuent, à nouveau, de tout détruire sur leur passage, une équipe d’adolescents est formée et entraînée à devenir pilotes de « Jaeger ». Jake Pentecost (John Boyega) est le protagoniste principal. Fils du défunt pilote interprété par Idris Elba, il a travaillé en tant qu’officier, dans le passé, au sein du Pan Pacific Defense Corps (l’organisation chargée d’arrêter et d’éliminer les « Kaiju »). Vivant désormais du crime, il finit par être confronté à la justice et obligé de superviser les futurs pilotes de « Jaeger ». Parmi eux, l’on peut citer la jeune Amara (Cailee Spaeny), une orpheline vive d’esprit. Cette volonté de suivre la philosophie du « mieux vaut prévenir que guérir » va leur être bénéfique, puisque ces années de paix vont être de courte durée…

De la même manière que le premier opus, le temps semble passer rapidement durant ce long-métrage. Il répond à sa mission principale, celle du divertissement. Les effets spéciaux sont impeccables, réalistes et la bande-sonore de Lorne Balfe est en accord avec les scènes d’action. Elle souligne et renforce agilement les émotions dégagées par les séquences du film. Toutefois, l’histoire est bien trop similaire à celle proposée en 2013. Les motivations des personnages le sont également : le protagoniste est rongé de regrets quant à des événements du passé et a choisi la voie de l’abandon plutôt que d’y faire face. Bien que présenté comme leader du groupe, il n’impressionne ni par ses actions, ni par sa personnalité. Parfois dans le rôle du comique de service, son personnage n’intrigue pas et l’évolution de son caractère, semble arriver bien trop aisément, sans obstacles. De son côté, l’adolescente Amara possède les mêmes traits de personnalité que Mako Mori et revit des situations, que l’on a déjà visitées, et ce, plus profondément avec la pilote japonaise.

Le problème majeur de ce long-métrage se trouve dans le fait que les personnages paraissent être oubliés. Ensuite, le trop grand nombre de protagonistes empêche également le spectateur d’établir une connexion assez solide avec eux. Le temps de chacun sur le grand écran est limité pour permettre à tout le monde d’y faire une figuration. Il en résulte parfois que l’on ne sait rien sur le personnage que l’on voit, ni même son nom. Ceux qui ont des rôles plus importants, c’est-à-dire, Jake et Amara, manquent de charisme et d’intérêt. Ainsi, ce « Pacific Rim : Uprising » nous laisse un film d’action, en soi correct, mais moins épique que son prédécesseur, dans lequel une bande d’inconnus et deux personnages fades se battent pour sauver le monde avec des robots, dont l’effet de nouveauté est passé.

En conclusion, Guillermo del Toro est capable de faire des merveilles, mais cette fois-ci, il était juste occupé ailleurs… sur « La Forme de l’eau », un film qui a été récompensé aux Oscars. Le prochain film peut-être ?

Pacific Rim Uprising
USA   –   2017   –   Action
Réalisateur: Steven S. DeKnight
Acteur: John Boyega, Cailee Spaeny, Ron Perlman
Universal Pictures
21.03.2018 au cinéma

"Pacific Rim : Uprising" : banalité robotique
2.5Note Finale