Elisa a très peu d’amis dans sa vie et qui plus est, souffre presque quotidiennement de son handicap étant muette. Heureusement, son poste comme employée de nettoyage dans un laboratoire gouvernemental lui permet de se changer quelque peu les idées. Solitaire et vivant modestement, elle n’avait jamais été inquiète des expériences secrètes menées dans ce lieu top secret. Mais son existence, plutôt machinale jusqu’à présent, va être chamboulée suite à la découverte d’une cuvette au contenu particulier. Aidée par Zelda, sa collègue et amie, elles devront faire preuve d’une grande prudence afin d’aller au bout de leurs convictions.


Le titre du long-métrage n’étant pas forcément évocateur, le réalisateur mexicain a décidé d’en expliquer son sens. À savoir que l’eau prend toujours la forme de son contenant et qu’elle a toujours été extrêmement malléable. C’est aussi le cas de l’amour selon Guillermo del Toro, à tel point que comme l’eau, l’amour s’adapte aux situations. Si ces éléments résumés donnent peut-être l’impression de ne pas être liés à « La Forme de l’eau », ils prennent tout leur sens après l’avoir vu.

La parenthèse terminologique achevée, « La Forme de l’eau » se remarque rapidement de part sa poésie et son envoûtement présents tout au long du récit. Déjà au niveau de l’affiche officielle, mais aussi au travers de l’originalité de la trame et des prouesses techniques pour créer le monstre. Car même si de nombreux effets visuels ont été imbriqués, la meilleure performance reste de la part du fidèle acolyte et comédien de Guillermo Del Toro qu’est Doug Jones. Peu connu du large public, son travail est pourtant toujours remarquable et admirable. En plus d’avoir incarné le mythique « Pan » dans « Le Labyrinthe de Pan » en 2006, il a joué « Le Surfeur d’argent » dans un des opus des « 4 Fantastiques ». Sa carrure fine et longiligne lui permet d’interpréter souvent des monstres hors du commun. Au fils des ans, il a su se créer une grande endurance afin d’endosser des costumes étranges et souvent désagréables à porter durant de longues journées.

Bien sûr, Doug Jones n’est pas le seul acteur parfaitement adapté à « La Forme de l’eau ». À ses côtés, se tient la stupéfiante et magistrale Sally Hawkins Paddington ») dans le rôle-titre. Entourés, d’Octavia Spencer Gifted ») et de Michael Shannon Batman v Superman »), ce choix de casting colle parfaitement au long-métrage.

Mais les comédiens-iennes et le costume du monstre ne sont de loin pas les uniques atouts de la réalisation. La minutie des décors et les hommages cinématographiques foisonnent tout au long du récit. Car le spectateur est d’emblée baigné dans un univers, des atmosphères et lieux propres à une décennie bien précise. Si certains clins d’œil sont aisément décelables, à l’exemple du nom de famille du personnage de Michael Shannon, d’autres le sont nettement moins. Toujours est-il que l’immersion scénaristique (au sens propre et figuré) se déroule dans les années 60, à l’heure où les films musicaux font salles combles dans les cinémas. Les références sont nombreuses, que ce soit au travers de Fred Aster pour ses claquettes et danses, mais aussi au niveau des décors notamment via « Les Chaussons rouge » de 1949.

Musicalement, c’est le compositeur français Alexandre Desplat qui collabore pour la 3ème fois avec Guillermo del Toro. Comme toujours, l’auteur-compositeur brille de part sa créativité. Chacun de ses morceaux est intelligemment orchestré avec son équipe et il transpose d’une sublime façon l’accordéon dans « La Forme de l’eau ». Son choix pour la réorchestration d’une chanson française est étonnamment bien défini et suggéré. Alexandre Desplat arrive d’emblée à faire voyager le public dans le monde de cette très belle fiction. À tel point que son œuvre donne clairement le sentiment d’être une personne vivante s’incorporant avec subtilité.

Si la précédente réalisation de Guillermo del Toro, « Crimson Peak », était un peu plus fade, car un plus éloignée des monstres qu’il sait si bien animé, « La Forme de l’eau » atteint exactement ce que le public peut attendre de lui. Se comparant assez à une version horrifique de « La Belle et la Bête », il est sûr que les spectateurs-trices appréciant ses créations seront au rendez-vous. Le côté gothique si souvent présent a beau être écarté, les habiles reproductions font oublier cette approche différente. Bien sûr, les touches sanglantes et inquiétantes sont adroitement imbriquées au sein du long-métrage et les habitué-e-s de ces effets en seront ravi-e-s. « La Forme de l’eau » est un magnifique hommage poétique et magique qui plaira à une grande majorité d’adolescent-e-s et d’adultes.

The Shape of Water (La forme de l’eau)
USA   –   2017   –   Drama
Réalisateur: Guillermo del Toro
Acteur: Michael Stuhlbarg, Doug Jones, Michael Shannon, Octavia Spencer, Sally Hawkins, Lauren Lee Smith
20Th Fox
21.02.2018 au cinéma

La Forme de l’eau : une poésie monstrueuse
5.0Note Finale