« Parfum de printemps », le dernier film de la trilogie de Férid Boughedir (Halfaouine, l’enfant des terrasses (1990), Un été à la Goulette (1996)) est aussi amusant que politiquement engagé : un regard précis et atypique sur le Printemps Arabe et ses retentissements.



Avec une telle première scène, le fameux réalisateur tunisien promet un long-métrage abracadabrant et cocasse : Aziz, seul au milieu du désert avec, dans une main, une valise marron, et, dans l’autre, une chemise bien repassée, attend on ne sait quoi, quand tout à coup surgit un van rempli d’hommes enturbannés et assoupis. Au chômage, Zizou de son surnom, décide d’y embarquer pour se rendre à Tunis et trouver un petit job. Devenu installateur de paraboles du jour au lendemain, le jeune homme voit alors défiler devant ses yeux tous les toits de la ville, les plus populaires et sympathiques comme les plus riches et menaçants.

Cette ouverture lance donc le ton du film : Aziz est naïf, honnête et zélé, et c’est sans surprise qu’il se fait complètement avoir par la plupart des gens qui l’entourent. D’une innocence à en décorner les bœufs, il se retrouve malgré lui dans des situations aussi comiques que périlleuses : parfois réparant une télévision dans la chambre d’une nymphomane peu subtile, parfois à dégringoler le long du drapeau du dictateur Ben-Ali en en arrachant un long lambeau, devenant ainsi le héros des mouvements révolutionnaires du Printemps Arabe.


Personnage principal de ce récit extravagant et politique, Zied Ayadi n’est malheureusement pas l’acteur le plus convaincant, et il n’est pas le seul ; les interprètes de Chedilla chez qui il loge, ses trois filles, Adel qui lui cache son argent, et même Aïcha sa future amante, semblent réciter leur texte de manière, si non théâtrale, apprise et parfois trop mécanique. C’est en fait le seul reproche que l’on pourra faire à ce film qui déploie pourtant un scénario drôle, bien ficelé, original et rêveur, ainsi qu’un message politique fort et des observations saisissantes sur la société tunisienne dans un cadre aussi beau que fascinant.

Les mille et une péripéties de Zizou font sourire et entretiennent le rythme soutenu du long-métrage qui tient ses promesses, entre comédie politique, regards critiques et sauvetage héroïque de la princesse dans sa tour gardée par les dragons. Souvent comparé à « Candide » dans la presse critique, « Parfum de Printemps » semble en effet être la version tunisienne et dictatoriale du conte voltairien, et en garde l’écriture simple et efficace, la douceur du héros, et l’humour affectueux et rafraîchissant.

Réalisateur: Férid Boughédir
Avec Zied Ayadi, Sara Hanachi, Fatma Ben Saidane
Distributeur: Disques Office

 

 

« Parfum de printemps » : senteurs d’un agréable ailleurs
3.5Note Finale

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