R.M.N. : Une allégorie de L’Europe magistrale mais glaçante.

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Etienne Rey
Etienne Rey
Travailler pour une salle de cinéma, comme journaliste pour des médias ou organiser des événements pour le 7e art, ma vie a toujours été organisée autour de ma passion: le cinéma.

Brillante radiographie d’un petit village de Transylvanie, cette nouvelle œuvre du Roumain Cristian Mingiu s’impose également comme une critique très pertinente du monde moderne. 


Un jeune homme quitte abruptement son emploi en Allemagne pour revenir dans son hameau natal de Transylvanie et passer du temps auprès de son fils rendu muet après un choc traumatique. Au village, des tensions naissent lorsque la boulangerie industrielle locale engage des travailleurs étrangers afin de toucher des subventions de l’U.E.

Cristian Mungiu s’est fait connaître des cinéphiles helvétiques dès son deuxième long-métrage « 4 Mois, 3 Semaines et 2 jours », vainqueur de la Palme D’or à Cannes en 2007. Habitué du lieu, il remportera encore divers prix avec ses œuvres suivantes telles que « Au-Delà des Collines » ou « Baccalauréat ». Exceptés les projets sur lesquels il n’était que producteur, scénariste ou coréalisateur, seul ce « R.M.N. » y est injustement reparti bredouille. Le film renferme pourtant bon nombre de qualités, autant sur le fond que sur la forme, que d’autres œuvres récompensées cette année n’avaient pas…  

Pour bien comprendre ce dernier film toutefois, il convient de le remettre dans son contexte. Le réalisateur a choisi de placer son récit au cœur de la Transylvanie, non pour l’importance que tient la région dans l’inconscient collectif, mais pour sa particularité politique. La Transylvanie est un peu, comme il l’explique lui-même, l’Alsace-Lorraine de la Roumanie. Une région qui a toujours été disputée par l’Empire Austro-Hongrois et la Roumanie et habitée autrefois par des Allemands ou des Roms. Dans « R.M.N. » donc, point de Vlad L’Empaleur, de lugubres châteaux en ruines ou de vampires mais plutôt une multitude d’individus de nationalités différentes s’exprimant tantôt en roumain, hongrois, allemand ou français et anglais, suivant l’origine ou l’éducation de chacun. Une scène est d’ailleurs à ce propos très impressionnante. A un moment donné, la quasi-totalité des rôles principaux et secondaires sont réunis dans un même plan. Elle dure 17 minutes, sans coupures et 26 comédiens interviennent successivement ou souvent, en même temps… dans des langues différentes !

Cruciale au niveau de la progression de l’intrigue et de l’évolution des personnages, impressionnante au niveau de la direction d’acteurs mais pourtant rudimentaire en termes de moyens cinématographiques (un décor/ une caméra fixe), la séquence en question est une démonstration éclatante de la maîtrise du cinéaste et de la justesse de sa mise en scène. Plutôt que de découper à l’envie, d’alterner les gros plans et les plans larges ou d’agiter sa caméra dans tous les sens et sans raison particulière, le réalisateur choisit l’économie et privilégie l’efficacité. Le résultat est probant. Toutes les difficultés de cohibition des protagonistes, leur animosité ancestrale, leur incapacité à s’entendre ou même s’écouter sont cristallisées dans ce grand moment de cinéma. Il va néanmoins de soi que le cinéaste ne serait pas parvenu à cette intensité sans l’apport décisif de ses comédiens, professionnels pour les rôles principaux et amateurs pour les autres, tous épatants et criant de vérité. La scène symbolise et résume à elle-seule tout le film, toujours aussi pertinent sur la forme que sur le fond. 

Cristian Mungiu dit avoir voulu, avec « R.M.N. » (ou « I.R.M. » en français pour « imagerie par résonance magnétique »), opérer, comme en médecine, à une investigation du cerveau, un scanner cérébral sensé détecter les mystères enfouis sous la surface. Ce cerveau est ici autant celui des villageois de ce petit hameaux de Transylvanie que de tous les citoyens d’Europe et du monde. Le réalisateur ausculte cette entité globale, ce continent qui se partage en nations, ces pays qui se séparent en clans, ces cercles qui se divisent et se restreignent encore pour finalement se replier sur eux-mêmes et mourir. Il questionne la tolérance des uns face aux différences des autres, s’interroge sur les dommages collatéraux du politiquement correct et surtout, sonde sans condamner. 

Le résultat est implacable et brillant. 

R.M.N.
Roumanie, France, Belgique – 2022 – 125min – Drame
De Cristian Mungiu
Avec Marin Grigore, Judith State, Macrina Barladeanu…
Cineworx
16.11.2022 au cinéma

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