Comme son titre l’indique, Still Life est un film calme et figé. Et c’est bien là le problème ! Certes, le personnage principal est de nature lente et taciturne, mais est-ce vraiment une raison pour tomber dans le piège du « film ennuyeux sur l’ennui » ?


Still Life nous raconte ainsi le réveil à la vie de John May, un gratte-papier qui, à défaut d’avoir une vie bien à lui, collectionne les photos de personnes décédées, dont il essaie ensuite de retrouver la famille pour les convier à l’enterrement du dit décédé. Cette non-existence va bien-sûr vite se voir chamboulée par un licenciement économique balourd et attendu… John décide alors de traiter son dernier cas à fond, recherchant à tout prix les proches d’un de ses voisins (qui plus est), William Bloke, un personnage pas si recommandable que ça.

Ponctuée de longs moments inertes, l’intrigue se développe à rebours. Chaque action est ralentie et est illustrée sans grande subtilité. Tout se déroule comme prévu : doucement, sans écueil et surtout sans émotions. Uberto Pasolini (comme quoi le nom ne fait pas le cinéaste), producteur de son métier (The Full Monty, Bel Ami), remplace, du coup, ce manque d’empathie par des bons sentiments, qu’il finit vite par entasser à la pelle, à défaut semble-t-il de savoir faire autre chose. On sent néanmoins bien son intention d’illustrer au mieux la condition de son personnage et d’être entièrement (trop) honnête avec lui. Malheureusement, il s’y prend d’une manière si maladroite, que le film se ferme vite sur lui-même et n’arrive pas à sortir de son inertie. Et ce sans même parler de la mise en scène faussement maîtrisée, qui sert ici trop souvent de cache-misère. Ce que Pasolini réussit seulement à faire, et ce sûrement sans s’en rendre compte, est de sacrifier l’intérêt du spectateur, purement et simplement, et de changer ce dernier en John May lui-même, ennuyé et ennuyeux. Un procédé certes louable, mais ici trop inefficace.

Déception donc que ce Still Life, surtout pour un film profitant du talent sous-estimé d’Eddie Marsan (Happy Go-Lucky, Tyrannosaur), se contentant ici d’une unique et frustrante expression faciale. Mais déception, aussi et surtout, pour un film dont le postulat de départ était intriguant et ouvrait une infinité de possibilités d’intrigue et de mise en scène.

Mais surprise ! Après un twist de fin abominable et d’une facilité écoeurante, Still Life se ferme sur un plan totalement inattendu, sidérant et scotchant, qui ouvre le récit vers une dimension philosophique profonde et vers une émotion brute et saississante. Mais malheureusement, l’image s’efface et le générique débute. Dommage… encore une fois.

Still Life
D’Uberto Pasolini
Avec Eddie Marsan, Joanne Froggratt
Filmcoopi
Sortie le 17/12