Stillwater : un Américain à Marseille

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Moïra Farwagi
Moïra Farwagi
Passionnée par l’écriture et le cinéma depuis longtemps, Moïra Farwagi a trouvé au sein de Daily Movies un merveilleux moyen de communiquer ses passions. Des films cultes aux films un peu moins cultes et franchement risibles des années 80, en passant par les comédies, les films de super-héros, les films qui font pleurer et encore un tas d’autres choses, le genre préféré de Moïra peut se résumer par « ce qu’elle aime ».

Réalisé par Tom McCarthy, « Stillwater » fut présenté en avant-première au Festival de Cannes de 2021. Passé quelque peu inaperçu malgré de bonnes critiques, le film réserve de très bonnes surprises, dont une écriture juste et prenante qui le rend authentique et captivant.


Une multitude de films commencent avec la même prémisse : un père voit sa fille dans une situation qui menace sa vie (elle a soit été enlevée par un ancien ennemi du père, quand il faisait partie de la CIA, ou alors des terroristes, ou alors des demandeurs de rançons, ou alors tout ça à la fois) et le dit père décide alors d’aller sauver sa fille. Parfois, c’est un fils qu’il doit sauver, et il est presque toujours veuf, prouvant alors qu’à pars son enfant, il n’a rien à perdre. Je ne connaissais pas grand-chose de « Stillwater », mais en vue de l’affiche et de la phrase accrocheuse du Blu-ray qui le qualifiait de « polar haletant », je m’étais dit qu’il allait se rapprocher un peu de ce genre de films, et c’est sans grande conviction mais néanmoins avec une certaine curiosité (c’est un film américain qui se passe à Marseille tout de même) que j’ai commencé le film. J’avais tout faux, et heureusement !

Matt Damon joue le rôle de Bill Baker, un ancien (pas de la CIA) foreur de pétrole vivant dans la ville de Stillwater, dans l’Oklahoma. Bill incarne parfaitement l’idée que l’on se fait d’un Américain aux revenus modestes : il est plus manuel qu’intellectuel, porte une casquette (surplombée de lunettes de soleil) en tout temps, un jeans, des chemises à carreaux ternes et, évidemment, un tatouage représentant un aigle (un pygargue à tête blanche en réalité). Cela fait maintenant quelques années que sa fille Allison (Abigail Breslin) est emprisonnée à Marseille, la ville où elle étudiait, pour le meurtre de sa petite-amie. Alors que Bill vient lui rendre visite, elle lui demande de reprendre contact avec l’avocate qui l’avait défendue au procès, car elle pense avoir trouvé une nouvelle piste qui pourrait la faire sortir de prison (elle jure être innocente). À partir de là, Bill décide de rester sur place et d’enquêter pour aider sa fille, mais ne parlant pas un mot de Français, il se fait aider par une femme rencontrée par hasard, Virginie (Camille Cottin), et se lie d’amitié avec elle et sa fille Maya (Lilou Siauvaud).

Le choix de la ville s’est porté sur Marseille car le réalisateur souhaitait sortir Bill de son quotidien, et ne voulait pas utiliser une ville connue des Américains. De plus, il souhaitait des plans très réels, sans édulcorer ou idéaliser les lieux de tournage (la France a une connotation très « glamour » et « parfaite » aux États-Unis) et a de ce fait tourné en vrais décors, ce qui nous permet d’apprécier les magnifiques calanques ou encore de voir l’iconique Vélodrome dans un film américain.

Bien plus qu’un classique thriller (cet aspect devient assez rapidement secondaire pour être honnête), « Stillwater » parle d’un père dont la relation avec sa fille s’est détériorée, et pas uniquement à cause de la distance entre l’Oklahoma et le Sud de la France. Le film est un drame qui parle des deuxième chances, de la difficulté d’accepter ce qui est quand on a envie de se battre continuellement, de faire confiance à nouveau et de pardon. La culpabilité est un thème récurrent abordé avec beaucoup de finesse ; Bill est extrêmement croyant et fait de son mieux pour laisser le mal qu’il a pu faire autour de lui dans le passé, mais se racheter semble être primordial pour qu’il trouve la paix intérieure, là où le personnage d’Allison est développée d’une manière complètement différente. Il était, je pense, nécessaire que Bill ne parle pas du tout Français, car cela accentue encore plus son impuissance (dans cette situation mais aussi en général face à sa fille) : un homme simple aux ambitions simples qui ne connaît absolument rien de la vie en dehors de sa petite ville américaine (qui s’appelle d’ailleurs Stillwater, que l’on peut traduire par « eau tranquille »), mais qui fait de son mieux. Ce personnage sort de sa zone de confort pour partir en France, à Marseille qui plus est, un endroit dynamique à la vie nocturne active, à des années-lumières de sa ville où rien ne se passe jamais. Il est intéressant de noter que Bill communique mieux avec Maya qu’il ne l’a jamais fait avec Allison et ce, malgré la barrière de la langue. Malgré tout, sa sincérité et sa simplicité sont touchantes, et l’on sait qu’il est décidé à faire mieux.

À vrai dire, tous les personnages sont extrêmement sincères et aucun n’est désavantagé par les différents clichés auxquels on pourrait s’attendre. Tout est très juste et mesuré, et la maladresse des personnages à certains moments rend tout cela très réel et attendrissant. En dehors de ces aspects émotionnels, l’intrigue est très prenante et surprend plus d’une fois, ce qui fait de « Stillwater » un film très bon qui, sans pour autant délivrer de grands messages, nous montre des personnes authentiques prises dans le courant de la vie qui lui, n’est absolument pas tranquille.

Stillwater
USA – 2021
2h20
Drame, Thriller
Réalisateur : Tom McCarthy
Casting : Matt Damon, Camille Cottin, Abigail Breslin, Lilou Siauvaud
Focus Features
Le 22.09.21 au cinéma

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