Vous avez trouvé les dernières adaptations de l’Homme d’Acier par Zack Snyder balourdes et indigestes (cette imagerie Christique, mon Dieu !) ? Rafraîchissez-vous les yeux avec cette version produite par l’illustre compagnie de margoulins bien connue des nanardeurs : la Cannon.


PLUS DE SOUS…
Déjà bien amoché par le tournant comique de son troisième volet ainsi que le désastreux spin-off « Supergirl », la franchise Superman mettra près de 20 ans à se relever de ce Superman IV, véritable séquelle au sens propre du terme que même les fans les plus hardcore ne cherchent plus à défendre. Les doigts accusateurs eurent vite fait de désigner les pontes de la Cannon, raillés pour avoir réussi l’exploit peu flatteur de transformer de l’or en plomb. Pris à la gorge après les échecs de « Life Force » et de « L’Invasion vient de Mars », on raconte que le tandem Golan & Globus racheta les droits de la franchise dans l’espoir de se refaire une santé financière. Hélas pour eux, ce coup de poker ne fera que les enfoncer un peu plus.

Le projet part mal : la Cannon, au bord de la faillite, est contrainte de réduire le budget initial de moitié, passant de 36 à 17 millions de dollars. De fait, « Superman IV » est un peu la Bible de ce qui se fait de pire en matière de post-production bâclée : transparences hideuses, incrustations moisies, câbles apparents, figurines en plastique à gogo, volcans en carton-pâte, sound design pouet-pouet… Tout y est !

Non content d’offrir des séquences de vol moins crédibles que celles du premier Superman (pourtant tourné près de dix ans plus tôt), « Superman IV » recycle les mêmes plans de Christopher Reeve tout au long du film, en changeant juste l’arrière-plan. Quant au script, il raconte n’importe quoi, n’importe comment, sans se soucier une seconde de son public perdu entre un discours antimilitariste niveau enfantine, le tandem comique douloureusement foireux de Lex Luthor et son neveu, le ménage à trois vaudevillesque entre Lois, Clark et leur nouvelle patronne Lacy Warfield, ou encore le dévoiement de la ligne éditoriale du Daily Planet par de vilains financiers racoleurs (ce qui ne manque pas d’ironie dans un produit aussi misérablement calibré).

QUEL MÉCHANT !
Le spectateur n’a pas le temps d’y retrouver ses petits que débarque l’inénarrable adversaire principal de l’homme d’acier : l’homme nucléaire, enfant d’un cheveu de Superman et d’une bombe atomique jetés contre le Soleil. Côté look, les scénaristes ne se sont pas foulés : l’homme nucléaire ressemble à Musclor (soit une sorte de culturiste californien blond et bronzé) mais avec les ongles de Skeletor (car il est méchant), ce qui donne lieu à des scènes de baston très viriles où il tente de griffer Superman comme un matou de mauvais poil.

Acteur d’un seul film, d’une seule cause perdue dans les méandres du divertissement gommé de toute aspérité, l’étoile filante Mark Pillow donne tout ce qu’il a. Il fronce les sourcils à s’en donner mal au crâne, grimace bien au-delà du raisonnable, grogne plus souvent qu’à son tour (il n’a que onze répliques en tout et pour tout, dont un émouvant « Détruire Superman ! » aux accents mongolo-néandertaliens) et s’agite autant qu’il le peut dans sa combinaison en Spandex d’homme nucléaire nanar.

Pour le fan, c’est un désastre, mais pour le nanarophile, c’est évidemment du pain béni. Car contrairement à de nombreux ersatz produits à bas coûts dans le monde, il se révèle généreux en morceaux de bravoure foireux : sauvetage de la station Mir, rame de métro qui s’emballe, destruction (et reconstruction) de la Grande Muraille de Chine, volcan en éruption, combat dans l’espace et sur la Lune, enlèvement de la Statue de la Liberté etc. La Cannon, avec son style tape-à-l’œil habituel, a vu les choses en grand, trop grand pour ses frêles épaules. Parmi les moments les plus WTF, on retiendra cette séquence absurde où la patronne du Daily Planet, kidnappée par l’homme nucléaire et emportée dans l’espace vêtue d’un simple tailleur, arrive à RESPIRER, hurler, avoir du vent dans les cheveux et ne pas mourir de froid malgré le vide sidéral : enfoncé Zack !

[Régis Autran & François Cau]
Retrouvez l’intégralité de cette critique – et des centaines d’autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

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