Tha Eastsidaz

Tha Eastsidaz

Daily Movies n’est pas sectaire. Après le hard rock le mois dernier, c’est au tour du rap d’en prendre pour son grade !

DOGGY STYLE
Snoop Dogg, le rappeur West Coast réputé pour son flow traînant, ses tresses et son oscar porno peut désormais ajouter à son CV « Tha Eastsidaz, le Dogg se déchaîne », ce saisissant documentaire anthropologique sur le mode de vie des Afro-Américains de Long Beach, côté Est.

Grâce à lui, les Hommes vont enfin se comprendre et s’accepter les uns les autres, et ainsi pouvoir se rassembler pour constituer une grande chaîne de l’amour multicolore où tout le monde chantera le bonheur d’être soi… et de trouer des salopes.

Autant vous le dire d’emblée, le quotidien d’un Noir américain diffère grandement du nôtre, au point de paraître évoluer dans un véritable univers parallèle. Le personnage de Snoop Dogg ne s’appelle pas Jean-Patrick Berthier, comme vous et moi. Non, son blaze à lui, c’est Killa Pop. Et il ne vit pas dans un minable T2 d’une tour HLM décrépie, bien évidemment. Il possède un château domestique, avec ses colonnes d’intérieur, ses plantes vertes et sa cuisine équipée. Ce fringuant auto-entrepreneur passe ses journées à squatter dans son garage avec sa meute d’enculés de négros, tranquillement affalé dans sa position de père spirituel auprès duquel chacun vient tandis que sa splendide compagne Boubou, bien au fait de sa place dans la maisonnée, ne quitte pas la cuisine où elle mijote à son homme de bons petits plats, tels que ses réputés « spaghettis à la viande ». Et en cas d’embrouille, pas de problème : il a toujours un cousin dans le coin qui peut s’occuper du corps avant l’arrivée de la police. Certes, le gars est un peu gêné, mais c’est surtout parce qu’il a « deux bonnes grosses salopes » qui attendent dans sa voiture qu’il achète « une grosse boîte de capotes avant de se casser en mission ».

NÉGROSSIER
Petit aparté : ne soyez pas choqué par mon vocabulaire jusque-là un tantinet relâché, il se veut un (très) modeste aperçu des modèles communicationnels un peu cavaliers employés par les gangstas. En effet, le langage dans cette communauté représente une de ses particularités culturelles incontournables dont l’ignorance pourrait conduire à bien des quiproquos. Voyez-vous, l’insulte y constitue le socle de la relation.

Chaque phrase est un assemblage fantaisiste de divers mots grossiers et autres vulgarités. Ne dites plus « bonjour monsieur » mais « yo enculé de négro ». De même, oubliez la ponctuation, elle est facilement remplacée à l’oral par « putain ». Ainsi, « où est Jamal ? » devient « où est passé ce fils de pute de rasta de merde putain ?! ». Petite clef de compréhension supplémentaire : « East Side ! » est une expression sacrée qui peut signifier tout ce que bon semblera selon le contexte (y associer un petit signe de la main lui donne encore plus de force). Les sophistes modernes n’hésiteront pas à remporter leurs duels rhétoriques avec l’argument de poids « East Side à fond ! » répété à l’envi.

Il est donc fascinant d’observer ces individus se lancer ainsi dans d’interminables conversations quasi-exclusivement composées d’insultes, avec ce qui paraît être une transmission d’informations extrêmement réduite. Mais rien n’est plus trompeur, car pour les Afro-Américains de Long Beach, ces échanges sont lourds de sens. Il suffit d’observer avec attention le visage et les intonations de voix des interlocuteurs pour s’apercevoir qu’il existe une infinité de nuances et de sous-entendus dans leurs propos cryptiques. Sinon comment un dialogue convoquant 5 personnes toutes plus grossières les unes que les autres pourrait-il durer 3 longues minutes et ne reposer que sur l’assertion suivante : « Crackle est un méchant homme » ?

On félicitera Snoop Dogg d’avoir su éviter le piège des artifices hollywoodiens et d’avoir osé montrer la réalité du ghetto sous son aspect le plus cru. Ici pas d’explosions démentielles, de bagarres survitaminées ni de gunfights pétaradants. Non, tout fait cruellement minable, comme ces armes à feu qui produisent de banals « plop » étouffés ou la généralisation du port de survêt’ moches. Cet aspect misérable ne rend l’ensemble que plus sympathique pour les nanarophiles, qui auront bien raison de se jeter sur ce hoodploitation zédard au rythme erratique mais aux séquences clés incontournables pour tout amateur de plaisirs coupables. Mais n’ayons pas à rougir des Américains, car si le spectacle est aussi joyeux, c’est en grande partie grâce à des doubleurs qui nous gratifient d’un travail magistralement à côté de la plaque comme on aimerait en entendre plus souvent.

www.nanarland.com

[PB]

A propos de l'auteur

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