Favori de la saison des prix, « Three Billboards » est une des jolies surprises de ce début d’année. Derrière un titre français lamentable, se cache un drame sensible qui alterne tragique avec grotesque, dans la continuité des précédentes réalisations de Martin McDonagh, et offre un rôle en or à Frances McDormand.


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ais que sont donc ces trois panneaux à l’extérieur de Ebbing, Missouri ? La réponse est donnée dès les toutes premières images du film. Mildred Hayes (Frances McDormand) est une mère de famille meurtrie par le viol et l’assassinat récent de sa fille, et par le manque de zèle de la police locale à résoudre ce crime atroce. En roulant un jour devant trois immenses panneaux publicitaires désaffectés installés à l’entrée de sa ville, elle décide de tenter le tout pour le tout et loue ces espaces afin d’y coller au vu et au su de tous un message provocateur, qui interpelle le chef de la police locale (Woody Harrelson) et questionne son efficacité. Le résultat ne se fait pas attendre : Mildred Hayes s’attire les foudres des forces de l’ordre, et bientôt la tension monte au sein de la petite bourgade de Ebbing, avec d’un côté les quelques soutiens de la mère courage, et de l’autre les habitants qui font bloc autour d’un officier respecté et atteint d’un cancer en phase terminale.

Comme dans « Bons baisers de Bruges » et « Sept psychopathes », le Britannique Martin McDonagh prend pour point de départ une trame de film noir, et s’intéresse ensuite moins à la résolution de l’intrigue qu’à la façon dont les personnages s’y débattent. À la différence de ses deux précédents films, « Three Billboards » montre peu ou prou de criminels et met aux prises d’honnêtes citoyens avec la police supposée les protéger. Sans manichéisme aucun d’ailleurs : personne n’est tout noir ou tout blanc dans la ville d’Ebbing, car chacun est confronté à une réalité qui souvent le dépasse et l’amène à franchir tôt ou tard une certaine ligne rouge, que ce soit la lenteur d’une enquête qui n’avance pas, la maladie, une mère oppressante, un mari violent, le racisme, le qu’en-dira-t-on…

L’un des atouts de Three Billboards, c’est la marque de fabrique de son réalisateur, cette technique toujours très appréciée par le public d’alterner les épisodes dramatiques, voire carrément douloureux, avec ceux traversés par un humour grinçant salvateur. On reconnaîtra ainsi encore une fois chez McDonagh l’influence des frères Coen, impression renforcée par la présence au générique de Frances McDormand et la musique mélancolique signée Carter Burwell. Sauf que le trait est ici plus fin, les changements d’atmosphères moins assénés que dans « Bons baisers de Bruges ». En dehors d’une poignée de coupes abruptes un peu difficiles à digérer, la cohabitation entre ces aspects radicalement opposés du scénario est harmonieuse. « Three Billboards » se pique même de tenter quelques incursions plutôt réussies dans l’onirisme, notamment lorsque surgit de nulle part en plein incendie nocturne le personnage interprété par Peter Dinklage, qui assure avec Clarke Peters (The Wire, Treme) l’un des deux seconds rôles les plus jouissifs du film.

Quant à l’atout maître de « Three Billboards », c’est bien sûr Frances McDormand, qui excelle dans le rôle de cette femme vent debout contre une communauté, terriblement esseulée dans son combat, et résignée à tout, même à l’acte de destruction, quand la bataille de chiffonniers autour de « ses » panneaux prend une tournure haineuse et carrément violente. Le film ne tourne pas autour du pot : ce qu’on reproche à Mildred Hayes, au fond, ce n’est pas de vouloir obtenir justice ou de chercher à briser une omerta, mais de s’en prendre à la réputation d’un homme, figure locale estimée, en utilisant le domaine public pour le brocarder. On ne pouvait trouver meilleur récit pour résonner parfaitement avec l’actualité que l’on sait.

Three Billboards outside Ebbing, Missouri
USA   –   2017   –   115 Min.   –   Crime
Réalisateur: Martin McDonagh
Acteur: Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Peter Dinklage, Kathryn Newton, Abbie Cornish, Peter Dinklage
© Twentieth Century Fox Film Corporation. All Rights Reserved.
17.01.2018 au cinéma

 

Three Billboards : aucun risque de tomber dans le panneau
4.0Note Finale