Un canapé sur un toit… Du papier… Une bonne écoute et une formation de psy… Voilà les idées principales de la jolie pépite qu’est « Un divan à Tunis ». Surprenant, drôle et réussi, ce film permet de comprendre aussi comme vive les gens après la Révolution en Tunisie.


En revenant dans son pays natal et plus précisément à Tunis, Selma réalise très bien que son intention honorable pourrait la mener à sa perte. Psychanalyste confirmée et ayant pratiqué à Paris, elle s’est sentie assez téméraire et curieuse pour déménager et revenir à ses racines, tout en pratiquant sa formation médicale. Si elle pressentait des débuts difficiles, Selma va également se retrouver confrontée à des situations cocasses et inattendues. En effet, entre des patients comprenant qu’elle propose des « prestations tarifées » ou lieu de ses séances tarifées et ceux qui lui amènent juste à manger pour papoter au lieu d’une vraie thérapie, la jeune femme a encore du pain sur la planche. Mais contre toute attente et surtout suite à l’ère post-Révolution de 2011, elle va finalement être débordée. Tant et si bien qu’elle va au bout d’un moment, réaliser que son autorisation de pratiquer n’a pas été validée par l’office tunisien en charge. Si ce bureau la refuse, elle pourrait définitivement fermer son cabinet beaucoup plus vite que prévu…

Il fallait oser concrétiser un tel projet, mais la metteuse en scène et scénariste franco-tunisienne Manele Labidi l’a fait et elle l’a formidablement bien maîtrisé. Car couché sur le papier, l’idée semble alléchante, novatrice et plutôt drôle. Néanmoins, dans le concret, « Un divan à Tunis » aurait pu être un sacré défi. En effet, dans de nombreux pays arabes, certaines médecines demeurent toujours incomprises ou pire, interdites. S’il existe effectivement des psys (au sens large) à Tunis, il est certain que cette profession médicale ne demeure pas majoritaire contrairement à d’autres pays au sein du Vieux Continent. Malgré cela, les mentalités évoluent comme le prouve le long-métrage.

En fait et selon les sujets si explicites d’ « Un divan à Tunis », la culture arabe a plutôt tendance à se confier à son prochain en étant chez un coiffeur ou après de son-sa voisin-e par exemple, qu’auprès d’un-e docteur-esse agréé-e et exerçant-e comme l’est « Selma » dans la fiction. Si la réalisation de Manele Labidi démontre effectivement cet aspect, elle aborde davantage diverses blessures émotionnelles que l’être humain peut confier au moment où il-elle se sent en confiance envers une personne sensible, qualifiée et pouvant accompagner son prochain.

Afin de rendre « Un divan à Tunis » plus efficace, dynamique et proche de la réalité, la metteuse en scène a choisi en partie de se baser par rapport à son propre vécu. Ainsi, elle alterne entre le côté cocasse, sérieux et dramatique au niveau de son long-métrage. Son inspiration lui vint peut après la révolution tunisienne en 2011 et surtout, au travers des émissions et reportages télévisés qui narraient le vécu et les ressentis de la population. Toutefois, Manele Labidi n’eut jamais le sentiment que sa réalisation allait être un défi, mais plutôt une ouverture à la parole instinctive et émotionnelle.

Dans le but d’éviter les stéréotypes si connus du grand public à propos de la communauté arabe (à l’exemple de la domination patriarcale, de la virilité masculine ou des femmes criant sans cesse), elle ajouta au sein de sa trame, différents personnages avec des problèmes plutôt ordinaires, mais face à une psy très libérale.

Cette dernière est d’ailleurs incarnée par une actrice franco-iranienne déjà brillante et au devenir très prometteur. A savoir, Golshifteh Farahani qui s’investit autant dans des productions à gros budgets comme « Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar » ou d’autres plus intimistes à l’exemple des « Filles du soleil ». Quoiqu’il en soit avec « Un divan à Tunis », elle prouve sa grande polyvalence et son efficacité à travers son formidable jeu d’actrice.

Elle ne demeure d’ailleurs pas la seule à porter et à valoriser « Un divan à Tunis ». En effet, les comédiens-iennes amateurs-trices et/ou professionnels-les l’entourant, créent également les bonnes synergies au moyen de leur performance, de leurs tenues souvent volontairement burlesques et tout simplement, grâce à leurs dialogues croustillants et vraiment amusants.

En fin de compte, « Un divan à Tunis » demeure une véritable pépite cinématographique au sein duquel le rythme peut être cassé sans gêne, avec logique et fluidité. Elle s’adresse à un large public grâce à son authenticité, sa légèreté mêlée à la touche de tragédie, aux décors naturels et recréés pour le tournage et surtout, à la fabuleuse distribution des rôles.

Un divan à Tunis
FR-Tunisie – 2019 – 88min
Réalisatrice: Manele Labidi
Casting: Golshifteh Farahani, Majd Mastoura, Hichem Yacoubi
Genres: Drame, Comédie
Praesens Film
12.02.2020 au cinéma

"Un divan à Tunis" : Quand Tunis accepte d’être psychanalysée
5.0Note Finale