Pour son premier long-métrage, Antoine Raimbault porte à l’écran le procès en appel du mari de Suzanne Viguier, dont la disparition en 2000 reste encore aujourd’hui inexpliquée, et réussit un thriller judiciaire essoufflant qui met aux prises la conviction humaine et la neutralité de la justice.


Nora, personnage fictionnel inventé pour les besoins du film, assiste au premier procès de Jacques Viguier, à l’issue duquel il est acquitté. Intimement convaincue de son innocence en plus d’être une amie proche de sa fille, elle décide de contacter le célèbre avocat Éric Dupond-Moretti afin qu’il assure la défense de Viguier lors du procès en appel. Il accepte et propose à Nora de l’aider à monter son dossier en décryptant pour lui des centaines d’heures d’écoutes téléphoniques, en amont puis durant toute la durée du procès.

L’injection mesurée de fiction dans cette affaire bien réelle élève le film au-dessus de la redite factuelle tout en interrogeant sa propre impartialité. Le déroulement du procès et des recherches est rythmé par les états d’âmes de Nora, qui sert de caution émotionnelle autant que de projection du spectateur dans la fiction. C’est donc par elle que se met en place la mécanique du suspense qui donne au long-métrage ses séduisants airs de thriller implacable. Ce choix est un coup de maître à bien des égards puisqu’il permet de déployer un certain dispositif de divertissement pur et de sentimentalisme tout en l’évacuant par le biais de la fiction, laissant intacte la rectitude morale qui incombe à quiconque souhaite aborder dans une œuvre un évènement aussi tragique et sensible. Plus encore, l’insertion d’un personnage fictionnel aux positions tranchées permet de questionner la neutralité du cinéma puisque les avis de la protagoniste que le spectateur est contraint de suivre déteignent immanquablement sur ses propres avis. Il fallait bien ce degré-là de lucidité pour s’aventurer avec les personnages au royaume des hypothèses.

Il reste peut-être à regretter les incessants allers-retours entre procès et vie extérieure dont la répétition jusqu’à l’agacement affaiblit la structure narrative du film, mais c’est un moindre défaut au vu du dynamisme que Raimbault à réussit à insuffler à son long-métrage, pourtant très bavard.

En somme, Une intime conviction ausculte habilement les fausses certitudes et les vrais doutes avec une rigueur quasi procédurale appuyée d’une réalisation discrète mais finement ciselée pour dresser un rassurant éloge de la remise en question.

Une intime conviction
FR   –   2018   –   Drama
Réalisateur: Antoine Raimbault
Acteur: Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas, Jean Benguigui, Armande Boulanger, Philippe Uchan, Arnaud Pépin
Frenetic Films
13.02.2019 au cinéma

"Une intime conviction" : La parole est à l’incertitude
4.0Note Finale