La Ville abandonnéenDe William A. Wellman

L’éditeur Sidonis ressort, pour fêter son 10e anniversaire, une série de westerns de légende en Bluray restauré.


C’est l’occasion pour nous de se pencher sur « La Ville abandonnée » (1948), film plutôt méconnu en comparaison d’autres productions du genre. Et c’est bien dommage, étant donné la qualité de ce long-métrage.

Le film s’ouvre un braquage de banque assez banal exécuté par une bande de 6 bandits, qui finit par s’enfuir avec le butin, après une course-poursuite qui nous offre déjà un aperçu de la perfection technique de la mise en scène. Les chevaux, lancés à pleine vitesse, nous entraîne dans leur course haletante, sans toutefois que Wellman n’appuie l’action avec trop de lourdeur. Les plans durent sur les animaux, et réussissent à transmettre l’impression de vitesse sans artifices, sans spectacle. Et, ici, se trouve déjà un des points forts de « La Ville abandonnée » : tout s’éloigne des conventions de divertissement et de glamour hollywoodiennes. Les plans s’étirent, l’image est brute, les personnages sont contrastés et vivants.

La Ville abandonnéenDe William A. Wellman

Après leur fuite, les braqueurs s’enfoncent dans le désert de sel de la Vallée de la Mort, lieu iconique qui offre à l’œuvre quelques-uns de ses plus beaux noirs et blancs. La traversée se prolonge et, à bout de force, la bande aperçoit enfin une ville, qui s’avère être la ville abandonnée du titre. Effectivement, plus personne n’y habite, excepté une jeune femme plutôt masculine et son grand-père. La cohabitation entre les malfrats et les deux habitants s’avérera rapidement être source de tension, d’autant plus qu’il se murmure que le vieil homme et sa petite fille cachent un important magot en or…

La Ville abandonnéenDe William A. Wellman

Ce film est très certainement une référence absolue du western des années 40, tant son esthétique globale parait moderne encore aujourd’hui. En plus d’une photographie soulignant superbement la beauté froide d’un lieu désert, « La Ville abandonnée » propose une tension omniprésente, en marge, soutenue par le désir de l’or de certains, l’attirance sexuelle envers la jeune fille et l’honneur sauvage de Gregory Peck. Véritable huis clos à ciel ouvert, le film réussit la prouesse d’oppresser ses personnages dans un décor qui s’étend à perte de vue. Entre conscience morale, cupidité et sauvagerie primitives, les personnages se débattent, déploient leurs envies, se calment, se guettent autour d’un petit étang à quelques pas de la ville, étang qui leur fut salvateur à leur sortie du désert, mais qui cristallise alors la discorde qui leur sera finalement fatale. Notons aussi la scène de duel finale, qui est probablement un des plus délicieux exemples de retenue et d’élégance qu’un cinéaste ait proposé dans ce périlleux exercice (le duel étant commun à bon nombre de westerns).

Loin des normes de divertissement et de spectacle, « La Ville abandonnée » est un grand film, amer et sombre, qui, sous ses airs faussement classiques, étonne autant qu’il fascine. Wellman est définitivement un nom à ranger aux côtés des Ford et autres Sturges.

La Ville abandonnéenDe William A. WellmanLa Ville abandonnée
De William A. Wellman
Avec Gregory Peck, Richard Widmark, Anne Baxter
Sidonis

La Ville abandonnée De William A. Wellman
4.0Note Finale