En écho à la chronique de l’excellent livre édité par Artus Film sur le légendaire Bruno Mattei, nous revenons sur ce chant du cygne du film de zombie à l’Italienne, produit par le maître et réalisé par son âme damné Claudio « Troll 2 » Fragasso.

MA CHÉ COPYRIGHT ?
Les Italiens avaient bien compris que Romero n’avait pas épuisé tout le potentiel du genre dans son célèbre « Zombie ». Ils se sont donc dit que puisqu’ils étaient coproducteurs du film, ils avaient le droit d’en faire des suites à sa place. D’où une kyrielle de productions inégales où surnage un « L’Enfer des zombies » tout à fait fréquentable signé Lucio Fulci. Ce film est tellement bien, se disent les producteurs, qu’il ferait une séquelle honorable au film de Romero. Justement, celui-ci n’arrive pas à monter un nouveau volet de sa saga en Amérique : Georges sera donc sûrement content de savoir que les Italiens le font à sa place. Hop, les producteurs s’empressent d’appeler le film de Fulci « Zombi 2 ». D’accord, ils ont oublié de demander la permission mais ça partait d’un bon sentiment. Vont s’ensuivre de mesquines querelles de copyright : vous savez combien les Américains peuvent parfois être procéduriers… Dans la foulée, le film de Fulci ayant été un grand succès à son échelle, on embarque pour une suite, tournée à la va-vite aux Philippines, l’inénarrable « Zombi 3 ».

Après le désastre artistique de cet opus, qui avait vu un Lucio Fulci malade et écœuré partir du tournage pour laisser le champ libre aux happenings grotesques de Bruno Mattei épaulé par Claudio Fragasso (oiseaux zombies, tête coupée et volante dans le frigo, Mike Monty teint en blond : nous on adore !), l’idée d’un quatrième volet ne s’avouait pas franchement indispensable, mais bon, il devait rester de la pelloche à finir et dans la foulée Fragasso, financé par l’ami Bruno, embraye sur ce « Zombie 4 » toujours tourné aux Philippines en même temps que « Mission Suicide : Strike commando 2 » pour réduire les coûts (Fragasso raconte qu’il coordonnait la seconde équipe du premier le jour et réalisait le second la nuit !).

GROS CHAGRIN
Le scénar a ceci de fabuleux qu’il est inexistant. Les scènes s’enchaînent brutalement les unes après les autres sans offrir la moindre continuité. On passe ainsi au détour d’un plan à des personnages sortis de nulle part qui apparaissent juste le temps de se faire buter, ou bien on progresse de 20 ans dans le temps sans en être prévenu.

En gros, une équipe de savants s’est installée sur une île des Caraïbes pour trouver un moyen de lutter contre le cancer. Les scientifiques ayant tenté sans succès de soigner la fille d’un sorcier vaudou local, celui-ci, fou de douleur, ouvre une porte sur les enfers, y jette sa femme qui se transforme en un monstre griffu et baveux massacrant tout sur son passage, avant de permettre le passage à des hordes de morts-vivants qui vont transformer l’île en pandémonium. Pas à dire, on a le chagrin expansif dans les Caraïbes ! Seule survivante du massacre une jeune fille qui hérite au passage d’un mystérieux talisman et finit par se repointer 20 ans plus tard sur place accompagné d’une bande de gentils mercenaires. Pourquoi ? Ben on ne sait pas trop, mais comme elle porte toujours le talisman et que le bateau semble attiré tout droit vers les lieux ça doit sûrement être un genre d’appel maudit irrépressible, ou quelque chose dans le genre.

Gros atout du film, un casting riche en seconds couteaux du nanar : Jim Gaines, Nick Nicholson, Jim Moss et – clou du film – Chuck (Charles) Peyton, plus connu dans le milieu du porno gay sous le pseudonyme de Jeff Stryker. Une légende, monté comme un âne et bodybuildé à souhait, mais à peu près aussi expressif qu’une tranche de foie de veau. Ajoutez à cela une bande de zombies maquillés à la truelle qui s’avèrent parfois bouger avec toute la lenteur convenue, puis sautent dans tous les sens comme des Yamakasis sous acide, une lumière particulièrement atroce, ainsi qu’une musique ronge-tête au synthé et vous avez l’un des derniers spasmes de la zombisploitation italienne.

[Richard Tribouilloy]
Retrouvez l’intégralité de cette critique – et des centaines d’autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

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