Après avoir visité de fonds en combles l’Europe depuis plus de dix ans, Woody Allen revient aux Etats-Unis, plus précisément à San Francisco pour les besoins de « Blue Jasmine ». Calquée sur le même schéma que celle d’ « Un Tramway Nommé Désir », l’histoire s’attache pourtant bien plus au personnage principal de Jasmine campé par une Cate Blanchett absolument hallucinante, habitée par son rôle.

Suite au naufrage de son mariage, elle s’en va vivre chez sa sœur pour tout recommencer et empoisonne de plus en plus son entourage de petits mensonges à priori anodins. C’est au fil de l’histoire qu’on se rend compte que Jasmine devient elle-même prisonnière de ses propres mensonges, incapable de s’extraire de cette fausse réalité qu’elle semble chercher à tous prix. Cela en fait peut-être le personnage le plus passionnant vu dans un film de Woody Allen, constamment sur le fil du rasoir, entre tristesse contenue et folie pure.

Ce décalage constant avec la réalité se ressent particulièrement lors de la nouvelle relation que Jasmine noue avec un homme (auprès duquel elle se projette comme celle qu’elle rêvait de devenir au lieu de celle qu’elle est réellement) ou dans sa relation très touchante avec le fils de son ex-mari. On ressent ce besoin de devoir nouer des liens véritables, et ses tentatives sont violemment rejetées par le fils en question. La relation entre Jasmine et sa sœur est elle aussi représentative de cette fausse Jasmine qu’elle tente d’être et de devenir ; elles ne réussissent presque jamais à mener à terme une discussion sans non-dits et malaises. Une relation voulue comme un peu grossière (Jasmine se veut riche et distinguée, sa sœur est pauvre et vulgaire).

L’une et l’autre vont se contaminer mutuellement tout au long du film, jusqu’à un final bouleversant et particulièrement nihiliste ne laissant pas beaucoup d’illusions sur le devenir du personnage principal.

On a donc affaire dans « Blue Jasmine » à un personnage principal obnubilé par son statut social et l’image qu’elle renvoie. C’est justement à travers un plan final dévastateur, un des plus beaux de l’année 2013 que l’on ressent jusqu’où ces obsessions enrobées de mensonges ont pu la mener.

On retrouve donc Woody Allen très en forme de retour chez lui, et on peut espérer que Cate Blanchett devienne au fil du temps sa nouvelle muse, comme Diane Keaton et Scarlett Johansson ont pu l’être auparavant.

Blue Jasmine

Blue Jasmine
De Woody Allen
Avec Cate Blanchett, Alec Baldwin, Sally Hawkins, Peter Sarsgaard…
TBA Phonag

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