Probablement le film le plus attendu depuis le début de la compétition, Juste La Fin Du Monde, nouveau drame familial de Xavier Dolan, réitère les codes ayant fait la réussite de son précédent film, Mommy, sans jamais l’égaler.


À en croire l’affluence hallucinante de journalistes et d’invités lors des différentes projections de Juste la Fin du Monde, Xavier Dolan est certainement le réalisateur attendu au tournant dans cette compétition. Après le tabac médiatique ayant suivi la récompense de Mommy en 2014, décrochant la Palme du Cœur du coté de la critique mais se contentant d’un Grand Prix du jury cannois, le jeune prodige québécois est désormais regardé d’un œil attentif. En insérant des éléments inconditionnels de la pop culture dans une réalisation contemporaine et dite « d’auteur », Dolan a réussi, du haut de ses 27 ans, à se mettre tout le monde dans la poche. Les critiques cinéma, les célébrités, les professionnels du milieu, les bobos, les fans de Céline Dion, et les moins aguerris. Avec Mommy, il réussit à toucher les francophones avec un accent chantant et un casting inconnu du vieux continent. À faire aimer la soupe musicale aux intellos. À faire preuve d’audace et d’un talent indéniable dans sa mise en scène et sa manière, quelque peu extrême, de raconter un conflit familial.

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Juste La Fin Du Monde s’inscrit parfaitement dans cette lignée. Dans une ouverture sobre, d’une photographie bleutée sublime, Louis (Gaspard Uliel), notre protagoniste dans l’avion, plante le décor. Une voix off déclare : « Aujourd’hui, je rend visite à ma famille que je n’ai pas vue depuis 12 ans, afin de leur annoncer ma mort prochaine ». Dans un mystère absolu, il débarque pour un diner dominical dans sa famille, prévenue le jour même de son arrivée. Dans un huis-clos adapté de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce, Louis affronte un à un les reproches de chaque membre de sa famille.

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

En commençant par sa sœur, Suzanne (Léa Seydoux), jeune rebelle tatouée fumant un pétard sur du Blink-182, ayant grandie dans l’absence de son frère, parti trop tôt pour qu’elle ne puisse avoir de souvenirs de lui. Sa relation avec Louis se résume à des cartes postales conventionnelles et des coupures de presse relatant des pièces de théâtre que son frère écrit dans une grande ville. Le mystère plane autour du héros, muet, apeuré par l’hystérie et la vulgarité de sa famille dont il se sent étranger. Catherine (Marion Cotillard), mariée au frère ainé Antoine (Vincent Cassel) depuis une dizaine d’année, le rencontre pour la première fois. Très mal à l’aise, elle essayera d’engager la discussion en lui présentant ses neveux. Même si la discussion n’est pas à son fort, les deux personnages trouvent une certaine résonnance dans leur incompréhension et leur distance face à la famille de dégénérés, passant par des échanges de regard savoureux et emplis de sens.

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Le récit étant entièrement basé sur des non-dits, une incapacité à communiquer et à livrer ses sentiments, l’absence du père ne sera jamais explicitée. Louis se confronte ensuite à sa mère Martine (Nathalie Baye), qui, sous ses airs hystériques, renferme le plus de secrets et d’amertume tout en gardant sa posture empathique de mère aimante. Nathalie Baye est prodigieuse dans son comportement à double face, livrant la scène la plus réussie du film.

Mais le plus dur pour Louis, sera d’affronter la jalousie, la rancœur et la tristesse profonde de son frère Antoine, d’une violence brute, et dont la carapace fait effet d’une bombe à retardement. Vincent Cassel prend les traits d’un parfait connard, monopolisant la conversation et diffusant une mauvaise ambiance, renfermant la douleur d’un passé éprouvant, dans l’incapacité d’être exprimée avec des mots.

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Juste La Fin Du Monde de Xavier Dolan

Xavier Dolan va au bout de son idée, livrant un drame familial poussif, mais d’une réelle justesse. Son extrémisme contribue aussi à ses défauts, mais rend son audace attachante et respectable. Visuellement bluffant, poussant les conflits familiaux dans une intensité rare, Juste La Fin Du Monde est à la fois passionnant et inégal. Si le casting est brillamment dirigé et que la mise en scène est époustouflante, les codes ayant fait le succès de Mommy sont ici provoqués, manquant cruellement de subtilité. Des flashbacks kitsch à souhait et mal amenés, au ratage de l’effet du tube des O-Zone, en passant par le coté too much du dernier plan, Dolan est parfois victime de ses propres clichés. Malgré les éléments que l’on aimerait détester, on ne peut s’empêcher de tomber sous le charme d’un film unique et d’une intensité notable.

Juste La Fin Du Monde
De Xavier Dolan
Avec Marion Cotillard, Gaspard Uliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux
Sortie inconnue

Festival de Cannes 2016 - Juste La Fin Du Monde
3.0Note Finale