« Pockets », « Zulu », « Lion », « Pastor » et « Cockroach » sont cinq adolescents de Railway, le misérable ghetto pour noirs de la bourgade reculée de Marseilles, en Afrique du Sud. Ensemble ils forment le club des « Five Fingers ». Leur vie bascule lorsque « Lion » tue un policier blanc et corrompu. Ce faisant, il scelle son destin en même temps que celui de ses amis. Des années plus tard, il revient adulte sur son lieu natal et découvre que Marseilles pourrait avoir à nouveau besoin des « Five Fingers »…


Présenté en compétition internationale au Festival International des Films de Fribourg, Five Fingers for Marseilles est une sorte de monstre de Frankenstein. Les cinq personnages principaux renvoient aux blockbusters familiaux des années 1980 à la E.T., et on en trouve l’écho dans des productions plus récentes comme Stranger Things ou Super 8. Quant aux « vilains » du film, leur excentricité évoque autant les films de super-héros que l’univers de Mad Max. Mais c’est largement le genre du western qui est revisité à la sauce sud-africaine : les Indiens sont ici les Blancs, qu’il faut combattre pour la terre ; une fois ceux-ci écartés du tableau, le mal prend une forme plus familière, et la figure du hors-la-loi, à savoir du blanc qui souille la conquête de l’ouest, s’incarne ici dans un noir à moitié fou qui se fait appeler le Fantôme, et dans sa clique de partisans.

Ces ajustements sont salutaires au regard de la démarche qui inspire le film : tout comme les westerns avaient pour but de mythifier l’histoire des États-Unis, il s’agit ici de doter l’Afrique du Sud d’une mythologie authentique. Impossible de remplir cette tâche en restant terre-à-terre, le côté « over the top » des personnages ne pose dès lors pas problème. La superbe mise en valeur des paysages sud-africains – prime raison de leur combat, comme c’est sans cesse rappelé dans le film – s’inscrit parfaitement dans cette mission qui aurait gagné à être portée par un réalisateur noir.

Du western, il reprend également la structure : long crescendo vers un showdown final incarné dans une fusillade fatale. Michael Matthews excelle dans la première partie ; il dose admirablement la tension en traçant des fossés entre ses personnages, leurs caractères et leurs motivations, ne cesse de leur faire franchir des points de non-retour, et recourt même à la météo, qui se dégrade jusqu’à un orage pour le final, pour souligner la fatalité du récit.

On regrette toutefois que sa maestria s’essouffle précisément pour ce final. Le rythme de la fusillade lui-même a quelque chose de bancal. On ne comprend pas trop de quel côté se place la brigade de policiers noirs dépêchés à la dernière minute dans le feu croisé. La mort du Fantôme, successivement mis en joue par quatre ou cinq personnages, est maladroite et saccadée, et met en évidence par effet de miroir les faiblesses d’écriture de « Lion », le héros du film, dont on ne cesse de vanter oralement le courage et la sauvagerie, mais qui, finalement, n’impressionne guère lorsqu’on en vient aux mains ou aux Colts : laissé pour mort, il doit sa survie à son neveu adolescent, et se pointe en boitant la fusillade. Il n’est pas le seul personnage à manquer de cohérence, de conviction, le problème est le plus visible dans « Cockroach », chez qui on sent une volonté, de la part du scénariste, de lui donner une ambiguïté toute en nuances, mais le résultat en demi-teinte le rend bancal. Toutes ces faiblesses donnent à Five Fingers for Marseilles un côté pastiche sans lequel le film aurait pu trouver un plus grand retentissement en tant qu’œuvre culturelle contribuant à une précoce mythologie sud-africaine.

Five Fingers For Marseilles
Afrique du Sud – 2017 – Western
Réalisateur: Michael Matthews
Acteur: Vuyo Dabula, Zethu Dlomo, Hamilton Dhlamini
Stage 5 Films, Game 7 Films, The Be Phat Motel Film Company

[FIFF2018] Five Fingers for Marseilles : le western bâtard d’Afrique du Sud
3.0Note Finale