Dans son tout premier film « Hotel Jugoslavija », le réalisateur Nicolas Wagnières emmène les spectateurs dans un voyage à travers les époques et les espaces d’un bâtiment mythique de la ville de Belgrade, l’Hotel Jugoslavija. Nicolas Wagnières nous dit un peu plus sur un hôtel pas comme les autres qui hante encore aujourd’hui la Serbie en quête de nouveaux repères.


Pourquoi un film documentaire sur un hôtel de Belgrade ?
Comme souvent le sujet apparent du film comme le bâtiment par exemple, est un prétexte pour parler d’autre chose. En résumé, il ‘s’avère que ma mère est d’origine yougoslave, elle a quitté la Yougoslavie dans les années 60, donc j’ai un petit passif de vacances sur la côte yougoslave, qui est maintenant la Croatie. En Serbie à Belgrade chez mes grands-parents, je me suis nourri d’une mémoire d’enfance par rapport à ce pays. Ce pays a tenu plus ou moins artificiellement par la force d’un homme, jusqu’à la 2ème guerre mondiale et puis quand cet homme, Josip Broz Tito, est mort dans les années 80 ça a commencé à s’effondrer, ce sont des différends qui existaient déjà, mais ça s’est cassé la gueule avec en point culminant ces années 90 dramatiques avec les conflits et les guerres principalement avec ces idées de grande Serbie et de gouvernement Serbe qui allaient faire la guerre. J’ai commencé à retourner dans le pays dans les années 2000. C’est vrai que je retournais dans le pays adulte, avec ces mémoires en moi, j’avais repris des études de cinéma et mon expression de développement artistique coïncidait avec le fait de retrouver certaines racines et quand j’ai croisé l’ »hotel Jugoslavija » en apprenant qu’il était privatisé et en sentant l’attachement si profond et quasi-irrationnel des gens au bâtiment, donc à son histoire donc finalement à son passé yougoslave, spontanément, je me suis dit il y a un film à faire pour raconter cette histoire. Ça, c’est le point de départ, ensuite, j’ai fait un court-métrage qui était un peu plus conceptuel et historique qui racontait un peu d’histoire sur les images du bâtiment et en développant le projet un peu plus lentement au niveau production et au niveau dramaturgique et écriture, je me suis rendu compte que c’était plus un film qui parlait de moi et de mon rapport à ce pays et de mes questionnements plutôt qu’un film journalistique ou historique, documentaire au sens classique, on va dire.

Quand on regarde le documentaire on se pose assez vite la question de savoir si c’est un documentaire politique, social ou simplement nostalgique
Aucun des trois. Il y a cette éternelle question de la nostalgie que moi-même, je soulève dans le film. Je me suis aussi rendu compte qu’en faisant le film dans ma démarche, on comprend aussi pourquoi on fait ce film. On ne sait pas tout au départ donc il y a des choses qui sont mouvantes, des choses qui une fois que le film est terminé, on se dit « ah je n’aurais pas fait ça comme ça » mais voilà un film, c’est un moment, il faut le finir. Donc ce rapport à la nostalgie est assez ambigu, car il y a quelque chose de nostalgique, mais en même temps elle se rapporte à quelque chose que je n’ai ni expérimenté, ni connu. Je n’ai pas vécu dans un pays socialiste ou communiste, je n’ai pas vécu en Yougoslavie, il y a donc comme une espèce de fantasme autour de tout ça, c’est une espèce fausse nostalgique. Maintenant ce qui est plus clair et concret, c’est le rapport plus critique par rapport à ce que je découvre aujourd’hui, c’est-à-dire ce néo-libéralisme, cette nouvelle économie qui est venue après un système socialiste et après en plus à dix années de guerre donc d’une espèce de nettoyage assez sombre au niveau économique, social, politique, idéologique, moral donc c’est dur de construire quelque chose de sain et démocratique après tout ça. Je crois que la Serbie, car c’est ce que je retiens majoritairement du pays même s’il y en a d’autres, traîne encore cet espèce de passif le rapport au nationalisme, le Kosovo est loin d’être réglé et est loin d’être clair. Sans parler du rapport aux conflits et à la guerre, ce qui est assez déplorable, il y a des jugements qui ont été prononcés, des décisions qui ont été prises à La Haye concernant la Bosnie, des termes de génocide qui ne sont pas reconnus par la Serbie. Mon film ne parle pas de ça, je suis malgré tout nourri et conscient de ces histoires, il me semble qu’elles apparaissent en filigrane parce que j’ai dû trouver une manière de les traiter, mais sans y rentrer trop profondément parce que ça devient ensuite un sujet à part entière. Ce sont des années qui déchaînement les passions et qui partagent beaucoup les opinions et qui sont diablement compliquées en termes géopolitiques ; les engagements de l’Union européenne, des nations unies, les différentes parties, c’est loin d’être noir et blanc avec malgré tout une claire dominante des atrocités qui étaient commises par le régime serbe, par les chefs de guerre serbes qu’ils soient officiels ou officieux.

Avez-vous rencontré des difficultés pour le tournage du documentaire ?
Il n’y a pas eu de grandes difficultés disons, si ce n’est qu’il a pris de temps (rires). Les seules difficultés qui sont apparues, ce sont les trois changements de propriétaire. Il est vrai que si j’avais attendu un quatrième changement, je n’aurai plus pu accéder au bâtiment, car à chaque changement les portes se refermaient un peu plus. Il y a aussi tout un rapport de confiance et presque d’amitié à force d’aller voir les gérants, de leur dire « bonjour » même quand on ne va pas tourner, mais pour voir comment ça se passe, si les projets avancent, on crée des liens. Ces liens sont aussi des liens de confiance qui nous permettent de nous mettre un peu à nu pour dire « je ne suis pas en train d’enquêter pour savoir s’il y a de l’argent sale, voilà mon point de vue un peu nostalgique, ma démarche personnelle » . Donc c’est aussi une mise en confiance avec les personnes, mais c’est vrai que si à chaque fois il faut la remettre en route avec des intérêts de plus en plus financiers, économiques et de moins en moins liés à l’histoire du lieu, à un moment donné on vous dit « écoutez, nous on s’en fout de votre film, nous on fait du business, de l’immobilier ». Je suis arrivé effectivement à un moment donné où il y a eu deux ou trois moments où il a fallu un peu batailler pour aller filmer ce lieu ce qui me semblait toujours assez surréaliste, car finalement, je ne voulais que filmer des espaces vides, inhabités, des murs, de la poussière, des travaux, mais il y avait malgré tout cette méfiance à certains moments. Il y a eu aussi des difficultés avec des anciens employés, il y a certains anciens employés qui n’ont pas voulu témoigner, car c’était trop douloureux pour eux. Certains avaient aussi une espèce de méfiance par rapport à mon approche et avaient l’impression que je travaillais un peu pour les nouveaux acquéreurs ou propriétaires et que j’étais du côté de ceux qui transformaient leur passer auquel ils étaient extrêmement attachés et, pour le coup, nostalgiques. Nostalgiques, parce que c’est compliqué. Il faut toujours éviter de tomber dans « l’avant, c’était mieux » ou ce type de parallèles, mais malgré tout, il y a un questionnement de base autour du fait que par le passé, quelque part, la moyenne des gens vivait mieux, sans rentrer ensuite dans les questions politiques ni de régime autoritaire et autres mais le résultat était que les gens vivaient mieux. Et maintenant, comme partout, les écarts entre riches et pauvres, la classe moyenne disparaît, le salaire moyen en Serbie est de 500 euros, donc ce n’est pas fou quand même.

Dans le film on voit de nombreuses images d’archives, a-t-il été difficile de les obtenir, ou les aviez-vous déjà avant de démarrer le tournage ?
Alors j’en avais certaines. Le joli film de publicité en langue allemande sur l’hôtel ça, je l’avais récupéré de manière tout à fait improbable par un ancien employé qui l’avait donné à quelqu’un qui l’avait en se disant tiens, je vous le donne il servira mieux à vous que si je le donne à je ne sais qui. Ensuite encore une fois du fait que le film ait pris du temps ça permet petit à petit de découvrir des choses, si il faut en deux mois creuser et trouver le plus de choses possibles, peut-être que là je serai passé à côté de certaines archives. Ce qui était évident pour moi depuis le début, c’est que ce bâtiment fonctionnait vraiment sur cette puissance de représentation du pouvoir politique et par défaut d’une identification où les gens se projetaient dont moi-même. Donc je me suis dit, je vais trouver tout type d’images que ce soit des archives, de la pub, de la propagande, ou des films de fiction dans lequel l’hôtel est utilisé, c’est une manière de montrer à un moment donné ce qu’il signifie dans cette société. C’était vraiment une couche de narration d’avoir vraiment les images de propagande début des années 60 du rallye du socialisme basique, ensuite, on passe par ces images de publicité qui mêlent encore un peu de propagande et de pub, on passe par ce film de fiction des années 70 vraiment improbable où l’hôtel est vraiment utilisé comme symbole du pouvoir que l’on critique métaphoriquement et en même temps concrètement, c’est-à-dire que des espèces d’anarchistes vont vraiment tout casser et le prennent en otage, il y a vraiment cette idée que l’hôtel porte encore des valeurs contre lesquelles la jeunesse va se battre pour finir en apothéose avec cette production d’Europa Corp. où pour moi, c’est le miroir du film des années 70 ou plus rien n’a de sens, où on le fait péter . Parce que pendant toute la période où il a été fermé, il a servi de décor pour d’autres films, donc il était loué pour tout et n’importe quoi, c’était juste une espèce de décor pour organiser tout ce que l’on veut avec cette idée que l’histoire qu’il représentait était de plus en plus effacée.

Justement en parlant de l’histoire de l’image de l’hôtel, car finalement l‘hôtel représente un peu de l’image de la politique du pays à ce moment-là, dans votre documentaire vous finissez avec une scène d’action d’un film américain du réalisateur Luc Besson, avec des attaques et des explosions et où le méchant du film est serbe, pourquoi avoir choisi cette scène-là ? Doit-on y percevoir un message ?
Il y a un peu d’ambiguïté, c’est plus la perte de sens totale de ce que signifie ce bâtiment vu qu’il a toujours été lié à la politique. C’est plus dans cette continuité de dire, que signifie aujourd’hui la politique en Serbie, mais aussi en France, en Amérique avec Trump et autres, ils deviennent des espèces de pantins d’un système beaucoup plus diffus et confus où on se dit même d’où vient vraiment le pouvoir ? Se sont vraiment ces gens qui tirent les rênes ou est-ce que ça ne vient pas d’ailleurs ? Ces gens sont-ils vraiment complètement indépendants ? Il y a vraiment un peu ce truc pour moi, cette espèce de non-sens où on tire partout, on fait tout péter, mais où il n’y a plus aucune valeur. C’est plus cette idée-là que j’ai retenu plutôt que le côté « les Serbes, les criminels » mais il y a pas mal de gens qui relient ça et ça m’avait échappé surtout que cette scène dans la narration vient après. Surtout qu’aujourd’hui il y a une mafia monténégrine-serbe qui est extrêmement puissante dans la région, mais pour moi l’idée de criminalité serbe me ramène plus à la période Arkan, la fin des années 90 et les années sombres de guerre. Et en fait cette scène arrive après ce discours politique, ces images de travaux où on essaie de construire quelques chose, où on va vers l’Europe avec un peu d’ironie dans le traitement de ce discours parce que c’est toujours très beau ces grands discours, mais la question est toujours de savoir comment ils sont tenus ou pas. Pour moi, cette scène était vraiment plus reliée à cette impression qu’il n’y a plus de sens.

« il y a une écriture au scénario, une écriture au tournage et une écriture au montage » Jean-Luc Godard

A quel moment dans la narration avez-vous décidé de vous mettre en avant dans ce documentaire, car il y a le point de vue de votre mère et aussi le point de vue de l’histoire.
C’est resté assez flou jusqu’au montage, le fait d’écrire une voix-off plus structurée était déjà dans le dossier de départ de demandes de financement, mais petit à petit cette histoire est devenue tellement puissante et à partir d’un moment où le choix n’était pas de faire un documentaire historique ou journalistique. Aussi à travers les interviews des gens, le but n’était pas d’avoir une vérité historique, la question est plutôt « Qu’est-ce qui vous reste ? ». J’ai cherché à travers les interviews à comprendre comment ça fonctionnait, c’était plus « je vous laisse me parler de ce qui vous reste lié à l’extérieur du bâtiment » et chacun ensuite m’a raconté sa période de travail. Évidemment le grand directeur va plus nous parler de stratégies et d’enjeux financiers, le directeur en dessous parle de croyances au communisme et d’à quel moment, il a arrêté de croire, etc. et jusqu’au simple employé qui parle du fusil sur la table. C’est cette dynamique-là que j’ai travaillé et à partir de ces différents moments, j’ai décidé de la construction de la narration. La voix off, c’est quand on est arrivés au montage, qu’on a commencé à structurer toutes ces images et avoir une premier « ours », on s’est dit ok il y a un niveau d’archives qui raconterait ça, et c’est là que je me suis dit que ma voix-off va donner la direction. Il y a des gens qui disent que je me suis bien mis à nu. Je me suis dit qu’il fallait que je me lâche un peu parce que si je me cache ou si je suis trop timide ça va être un entre-deux où il n’y aura pas assez de fond au niveau historique comme si je n’avais pas posé tous les enjeux. Je me suis dit, c’est vraiment à moi de donner le sens et la direction. Il y a des questions sur les pires moments de cette guerre notamment Sarajevo, Srebrenica, Vukovar, le kosovo et je pense avoir trouvé ma manière de raconter ce moment, de mon point de vue par rapport à cette destruction morale, par rapport à ces questions-là en utilisant aussi le discours de Milosevic de fin 89, qui est vraiment le discours va-t’en en guerre ? C’est plus sur ce principe-là que je me suis dit que dans la voix-off, je me vide les tripes. Ensuite ça plaît ou ça ne plaît pas, on adhère ou pas, mais au moins je serai intègre et je n’aurai pas de problèmes de conscience. Et en parallèle du montage, j’ai eu un enfant donc ça a rallongé la période, le montage s’est étendu sur une année, mais on a bossé 4 ou 5 mois concrètement. Sur cette durée-là, il y a eu une digestion des images. Un film comme dirait Jean-Luc Godard « il y a une écriture au scénario, une écriture au tournage et une écriture au montage » et ces écritures elles évoluent. À un moment donné, on revoit ces images, on comprend soi-même pourquoi on les a tournées et ça peut nous faire passer à autre chose du moins dans mon processus. C’est autre chose si on écrit de la fiction scénarisée pile-poil à la Hitchcock, dès le début, on sait ce qui va se passer jusqu’à la fin et ça ne bouge pas trop. Dans un processus plus personnel, c’est vrai qu’en montant les images, on se dit que l’on comprend ce qu’on l’on cherche à dire et on se demande ce que l’on peut écrire là-dessus.

Au niveau du temps de réalisation, votre documentaire dure approximativement 78 minutes, combien de temps de tournage avez-vous au compteur ? le double, le triple ? De mon point de vue 78 minutes, c’est presque trop court pour quelqu’un qui ne connaît pas l’histoire et qui s’y intéresse, c’est très intriguant et on reste un peu sur sa faim.
J’ai le sentiment qu’il a la durée juste mais la question de durée est très relative. S’il y avait plus de volonté de décortiquer l’histoire et de poser les enjeux politiques et historiques à différents moments, il aurait fallu faire deux ou trois volets de plus sur cette forme plus personnelle et sur l’idée un peu d’un essai je trouve qu’on n’est pas trop mal. Au niveau de la durée des images, au niveau des images du bâtiment, il y a vraiment c’est trois moments distincts. Le premier en 16mm quand vous tournez en pellicule ce n’est pas la même chose que quand vous tournez en numérique, ce n’est pas des gigas qui s’accumulent, c’est 120 francs la minute de développement, là grosso-modo j’ai tourné 1h20, j’avais 7 bobines soit 220 mètres, ce qui n’est pas beaucoup. Après, quand on tournait en numérique, on avait 4 jours dans le bâtiment donc on se laissait aller. Il y avait toujours un regard sur chaque moment. Par exemple en 2011, quand ce bâtiment était un peu fermé et qu’il était loué, j’étais à la recherche de ces ambiances-là et c’était un moment assez charnière. C’est le seul moment où j’ai pris la caméra et j’ai pris l’appareil photo du chef opérateur pendant une pause et je suis parti en exploration dans les sous-sols avec une lampe de poche et j’ai fait cette espèce de plan complètement improbable où je pars dans les sous-sols et je tombe sur des choses très étranges, j’aime beaucoup ce plan et c’est un moment particulier. Pour le reste on a beaucoup parcouru ce bâtiment donc on avait presque 10 fois plus d’images que ce que j’ai utilisé. La même chose sur les images qui closent le film avec le casino, on a fait tous types d’images, toujours avec cette idée de filmer certains espaces, comme les escaliers et les grands salons qui sont devenus le casino, garder cette idée de traveling. Dans les couloirs, on a refait plusieurs travelings qu’on n’a finalement pas utilisés, car ça devenait quand même un peu lourdingue.

Donc on a gardé l’escalier et le motif circulaire qui l’entoure et que j’aime beaucoup et dans les casinos, car ça renvoie aux travelings des grands salons du début. Sur le numérique sur les images de l’hôtel, on a beaucoup. Sur les interviews ça va, on a mené des interviews qui durent entre 45 minutes et 1 h10 chacune, donc c’est un rapport de 1-5, 1-6. Par contre j’ai eu 4 ou 5 interviews supplémentaires que je n’ai pas utilisées pour différentes raisons ou, car il y avait des choses qui se répétaient ou des évènements trop anecdotiques. L’idée était d’arriver à tenir avec des interviews sans trop les morceler, quand on a un moment ou la personne exprime quelque chose ou développe une idée, je n’aime pas avoir à couper dans ces moments-là dans le cadre de ce projet-ci. Il y a aussi eu une très belle interview avec un jeune architecte, car je cherchais aussi l’avis de quelqu’un de plus jeune qui n’ait pas nécessairement connu la Yougoslavie, mais je me suis rendu compte que les autres interviews étaient de gens liés à ce bâtiment et moi-même aussi avec mon obsession quasi-charnelle donc un regard extérieur un peu théorique ou critique voir académique sur l’architecture, ça ne rentrait pas dans le film.

Avez-vous déjà des projets en cours ou à venir pour la suite ?
J’ai des choses ici mais j’ai deux idées qui me sont venues avec ce projet. Mais pour l’instant, il faudrait trouver un producteur qui se dise que c’est une bonne idée et qui vous soutien un peu pour lancer le développement et l’écriture. Mais d’une part, j’ai trouvé que ce format d’un hôtel qui raconte l’histoire d’un pays pourrait être un joli format. Mais c’est mon point de vue peut-être que les télévisions pensent le contraire (rires), mais ça pourrait être une idée pour une chaîne d’avoir 5 ou 6 portraits d’hôtels à travers le monde de 26 minutes. Des hôtels emblématiques comme au Kosovo ou en Côte d’Ivoire l’hôtel Ivoire qui raconte le post-colonialisme, à travers des figures comme ça, ça pourrait être une jolie série qu’on pourrait essayer de proposer. Ensuite, par rapport à l’Ex-Yougoslavie, il y a des questions qui me taraudent toujours sur la privatisation, car je trouve que c’est quelque chose d’assez sensible, quand on voit ce qui s’est passé en Grèce ou même encore en suisse où on en est encore à vouloir voter sur des caisses d’état ou des caisses privées, on n’en est pas sortis. Les partis dits socialistes le sont de moins en moins, mais on n’est pas sortis de ces questions-là : Est-ce le privé qui gère et qu’est-ce que ça donne ? Est-ce l’état qui gère et qu’est-ce que ça donne ? Et quel est l’entre deux et comment gérer tout ça dans un état ? On est en plein là-dedans. Ce qui m’intéresserait, c’est de parcourir les anciennes républiques de l’Yougoslavie et de questionner les anciennes grandes entreprises d’état, comme les mines en Bosnie et au Kosovo, les entreprises de métallurgie ou d’automobiles, ces espèces d’entreprises nationales dont on se dit, c’est aussi une économie qui donne la possibilité à un état d’être souverain économiquement. Et qu’est-ce qui se passe quand c’est la Chine ou l’Union européenne qui les rachètent ? Quand la banque européenne impose à la Grèce de vendre ses ports ou ses aéroports, dans des conditions généralement assez catastrophiques surtout que c’est des structures rentables ? Quelle est cette bascule qui fait que ? Est-ce que c’est parce qu’un état est mal gouverné ou que ses dirigeants ou politiques sont malhonnêtes ? Qu’est-ce qui se passe pour décider que l’industrie minière du Kosovo n’est plus rentable pour l’état-même et qu’elle doit être vendue ? Sans en faire une enquête journalistique, c’est essayer de comprendre. C’est peut-être aussi quelque chose de générationnel, je suis né en 71 et je pense qu’entre 80 et 2010, on a vécu 30 ans où on a un sacré changement de paradigme au niveau du fonctionnement de la société, de l’économie, de la politique, post-Thatcher, post-Reagan, maintenant, c’est le Trump. Ce mélange entre une économie libérale, le nationalisme, du protectionnisme et en même temps cette économie dite globale où on sent que l’économie d’un coup fait fi des frontières. Et en même temps, il y a une espèce de retour de kick parce qu’il y a malgré tout encore des pays souverains avec des frontières et des lois et des droits. Il y a ce truc de plus en plus diffus et de plus en plus abstrait et en même temps au jour le jour sur un territoire des choses de plus en plus violentes et intenses de nationalisme et de repli sur soi et tout ça passe quand même par l’économie. Car quand un pays va mal, quand les gens n’ont pas de travail ni à manger et sont dans la rue, c’est mal barré.

Hotel Jugoslavija
CH   –   2018   –   Documentaire
De Nicolas Wagnières
C Side Production
21.03.2018 au Cinéma