Après avoir parsemé son œuvre fictionnelle d’éléments autobiographiques, le cinéaste helvétique Francis Reusser livre ici un véritable journal intime, presque testamentaire. Un documentaire foisonnant, très introspectif mais pourtant bien ouvert sur le monde.


Présenté lors de la dernière édition du festival « Vision du Réel » et bien ancré dans le style documentaire, cette dernière œuvre de Francis Reusser se base pourtant sur une piste fictionnelle. Le cinéaste imagine son film comme un testament, un message en forme de jeu de piste laissé à son fils, le monteur qui a compilé les images éparpillées par son père. Une petite astuce scénaristique, maligne, touchante et qui résonne comme une invitation à entrer dans l’intimité du réalisateur. Du coup, comme le film n’est évidemment pas réservé qu’au cercle familiale et bel et bien destiné au grand écran et au public, amateurs convaincus comme néophytes seront ravis d’en apprendre un peu plus sur une figure majeure de la cinématographie romande. Surtout que Francis Reusser montre un engouement bien particulier à parler de (sa) vie et de (son) cinéma, en partant joyeusement dans tous les sens. Sans pour autant s’éparpiller et tout en gardant habilement une cohérence à son récit.

Du coup, il parle de lui… de pellicule argentique, de Paul Cézanne et de football ! Mais aussi de sa filmographie, de son œuvre et de celle de ses compatriotes comme Charles Ferdinand Ramuz (qu’il avait adapté avec « Derborence » et qui lui valut son plus gros succès public). Le réalisateur affiche un regard lucide, empreint de nostalgie mais jamais désabusé et son commentaire en voix- off est bien rédigé, profond, drôle et posément énoncé. « La Séparation Des Traces » est donc une excellente surprise. Le genre de film qu’on n’attendait pas, qui navigue en dehors des gros circuits commerciaux et qui touche pourtant profondément. Et surtout qui donne envie de découvrir ou de s’immerger à nouveau dans l’œuvre d’un cinéaste qui aurait eu le mérite de ne pas voir son talent brimé par la frilosité de la production suisse.

De nombreuses images de ce documentaire montrent bien que Francis Reusser a l’œil et l’intelligence d’un vrai cinéaste, d’un artiste complet, amoureux autant des mots et des sons que des images et des interprètes. Cette passion qui l’anime et qui transparaît clairement dans ce journal intime, en fait un document fort précieux.

La séparation des traces
CH  –   2018   –   75 Min.   –   Documentaire
Réalisateur: Francis Reusser
First Hand Films
05.12.2018 au cinéma

"La séparation des traces" : un documentaire foisonnant, très introspectif
4.0Note Finale