La Suisse romande tient à figurer dans le panorama actuel des séries et tente de se faire une place avec des productions récentes telles que « Anomalia » (Pilar Anguita-Mackay, 2012) ou « Station Horizon » (Pierre-Adrien Irlé et Romain Graf, 2015). De la science-fiction gruyérienne à la comédie dramatique valaisanne, les épisodes avaient, sur le papier, l’air intrigants et originaux. À l’écran par contre, les acteurs ne semblent pas avoir été à la hauteur de ces scénarios et pitchs sympathiques, ce qui rend toute l’affaire un peu décourageante ; on se demande si la Suisse réussira à produire une bonne série, avec une histoire intéressante et des interprètes satisfaisants.

Dans le cas de « Ladies Happy Hour », même constat, peu ou prou. On part sur l’heure de l’apéro où se retrouve une bande de cinq nanas qui causent de mecs, de leurs aventures amoureuses et déboires sentimentaux, le tout arrosé de cocktails et de verres de vin rouge servis par le serveur gay attitré de la meute féminine. Pourquoi pas, l’idée est bonne, mais dès le premier épisode, on se demande ce qu’il s’est passé entre l’ébauche du projet et la version distribuée… Les doigts manquent pour compter le nombre de clichés qui arpentent chacune des 10×4 minutes de la production.

Certes, on pouvait s’en douter, le DVD présente ses personnages comme : Alex « la dure à cuire », Jessica « la Flingueuse », Klara « la romantique », Mathilda « la sensible », Esther « la sérieuse » et Tiago « l’exubérant ». Ainsi se dessinent les portraits de chaque personnage, sans nuances ni profondeurs, comme si tous les aspects de la féminité se trouvaient soudainement représentés de la sorte. Aoutch. Les actrices font bien du mieux qu’elles peuvent pour réciter ce texte qui donne froid dans le dos, tant il est empli de lieux communs effarants. On aurait pu espérer une volonté de la part de la réalisatrice de convoquer ces clichés pour les remettre en question, mais que nenni. Chaque personnage s’enlise dans son rôle aberrant, se noie dans le ridicule de ses propos.

Mentionner également qu’en tant que femme, la réalisatrice Monica de Almeida aurait pu précisément aller au-delà d’une simple réunion bateau de célibataires trentenaires qui redécouvrent les règles de la séduction de notre époque sans pitié. Au début de la série, on se demande même si la série n’a été réalisée que par un homme, et, en découvrant la présence de la réalisatrice, le doute reste entier, qu’a-t-elle apporté de son point de vue féminin, de son ressenti et de ses expériences en tant que femme ? Dans les interviews de bonus, elle explique que les retours ont été positifs, autant de la part des hommes que des femmes ; les premiers aiment savoir « ce qu’il se passe dans la tête des femmes », et les secondes « se reconnaissent » dans les différents rôles joués. On espère que ces messieurs ne prendront pas pour acquis ces quelques exemples tristement considérés comme miroirs de la réalité, et que ces dames ne se reconnaîtront quand même pas trop non plus.

Les quelques points « positifs » – même si le terme semble peu approprié – sont la qualité de l’image qu’on ne peut contester, ainsi que la structure des épisodes, avec des espèces de flash-back introduit par des bruits amusants et un montage bon enfant. De plus, on apprécie l’épisode « Soirée pyjama » dans lequel Tiago le serveur lit Daily Movies, et on se surprend à reconnaître plusieurs lieux connus de Lausanne et de la région. Au-delà de ces quelques aspects finalement peu importants, la série, qui ne dure qu’une heure et demie, ne donne pas envie d’allonger l’expérience et d’attendre une quelconque saison deux. Merci, mais non merci.

Ladies Happy Hour
Monica de Almeida et Marc Décosterd
Avec Marie-Eve Musy, Venrena Lopes, Leurance Morisot, Charlotte Deniel, Elodie Cinquanta, Arthur Lachaux
Willy Lugeon / Seven Prod
www.ladieshappyhour.tv

Ladies Happy Hour : une bande de cinq nanas qui causent de mecs...
2.0Note Finale

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