L’idée de présenter la jeunesse du fondateur du mouvement communiste est très bonne à la base. Mais le manque de réalisme du long-métrage et bien d’autres défauts le rende fade.


Le documentaire I’m Not Your Negro à peine terminé puis diffusé en salles, son réalisateur haïtien Raoul Peck livre Le jeune Karl Marx. Téméraire dans ce cheminement, car la plupart des gens connaissant la vie de Karl Max en le visualisant plutôt âgé et avec une barbe, il aurait pu tourner un excellent long-métrage si ce dernier était moins intellectualisé. En effet, l’histoire commence avec un Karl Marx jeune au point de ne pas encore être père de ses deux enfants. Au milieu du XVIIIe, la situation précaire a envahi tout le vieux continent. A tel point que certains mots comme « Révolution industrielle » ou « Nouvelle Europe » sont plus que murmurés. Karl et sa chère femme Jenny Marx en sont touchés aussi, car ils appartiennent à la classe pauvre au niveau de l’échelle financière. En ce temps-là, ils se retrouvent à Paris après un exil depuis l’Allemagne. C’est dans la belle ville de France, qui ne l’est plus vraiment avec les crises économiques de l’époque, qu’il rencontre celui qui sera son meilleur ami jusqu’à leur mort : Friedrich Engels. Jeune bourgeois révolté, il le sera d’autant plus avec le couple Marx. Entre de multiples débats, réussites et échecs, ils seront encore plus solidaires au point que la fameuse bible du futur Parti communiste « le manifeste du Parti communiste » sera créé et publié. Après un bon siècle et demi de passé, l’édition s’est faite en 1848, il est toujours impressionnant de savoir que les notes de Karl Marx servent en références.

Scénaristiquement, un tel résumé paraît prometteur et intéressant. Malheureusement, dès les premières minutes du « Jeune Karl Marx » l’ennui s’en ressent. Principalement, parce que le casting ne sait pas jouer face aux écrans. Soit ils surjouent leur rôle, soit la mollesse de leur personnage les rendent flasques et presque sans vie. Les échanges entre eux sont importants, mais bon nombre de spectateurs pourraient ne pas comprendre le sens de certaines phrases et mots, car ces derniers sont intellectualisés dès le départ. Il faut donc se souvenir du lien entre Karl Marx et le prolétariat, car aucun rappel ne se fait de manière directe. Un prolétaire est une personne qui ne peut attendre d’autres ressources qu’une rémunération auprès de qui il loue ou vend sa force de travail. Il est vrai que de nos jours, cette explication semble désuète et oubliée, mais elle avait une extrême importance durant la période où Karl, Friedrich et Jenny tentait d’établir le fameux livre et la ligue communiste. Bien d’autres sens peuvent être flous, voire incompris, car il vaut mieux avoir de bonnes notions d’histoire. Il est donc fortement recommandé de revoir ses leçons et connaissances avant d’aller voir « Le jeune Karl Marx » en salles.

L’autre problème principal est en rapport avec le casting. Soit les comédiens-iennes choisi-e-s ont beaucoup de peine à s’imprégner de leur personnage, soit Raoul Peck a eu grand mal à les diriger. Le public pourra même se demander s’il n’est pas meilleur en tournant des documentaires. Toujours est-il que l’impression générale est la lenteur et la qualité de jeu est si mauvaise que « Le jeune Karl Marx » peut être proche d’une diffusion directement à la télévision. Regrettable, car August Diehl Salt » 2010) n’en est pas à son premier film et paraît bien correspondre, physiquement en tout cas, pour interpréter le fondateur du marxisme. Et malencontreusement, il en va de même pour ses partenaires Stefan Konarske, donc Friedrich Engels, et Vicky Krieps, qui est Jenny Marx. La surprise vient toutefois d’un acteur belge qui incarne avec un peu plus de poids le journaliste et précurseur de l’anarchisme Pierre Proudhon. Olivier Gourmet ( Chocolat ) est en effet plus à l’aise devant les caméras, ou tout simplement a réussi à mieux se sensibiliser à son personnage. En tout cas, il peine moins à faire percevoir sa crédibilité que le reste du casting. Un dernier mot sur les défauts du long-métrage : les décors. Qu’ils soient construits ou naturels, ils sont pratiquement plutôt réalistes. Excepté lors d’une scène qui vient totalement chambouler les dates historiques affichées durant « Le jeune Karl Marx ». En effet, comment est-il possible qu’une berge construite ces 50 dernières années environ, soit visible alors que le moment est censé se passer presque deux siècles en arrière ? Il s’agit sans nul doute d’un faux raccord, mais autant invisible durant la post-production, cela reste inconcevable.

Fort heureusement, l’œuvre cinématographique est aussi dotée de points positifs. À l’exemple du casting principal qui est trilingue à souhait. Bien que l’allemand soit la langue principale, en toute logique, car Karl, Friedrich et Jenny sont germains, ils parlent avec aisance tant dans la langue de Molière que celle de Shakespeare. Il est donc agréable de les entendre s’exprimer avec une jolie pointe d’accent allemand à chaque phrase avec les langues qui leur sont à la base étrangère. Bien que les décors ne soient pas excessivement soignés, ils sont réussis et réalistes. Tout comme les différentes intensités de la lumière, qu’elle soit naturelle ou modelée par l’équipe technique. L’audace du film citée en début d’article se ressent aussi. Car il est certainement plus difficile d’élaborer un tel scénario avec un Karl Marx jeune, que celui plus âgé que beaucoup de gens connaissent. Tout simplement parce que bons nombres d’acteurs d’un certain âge pourraient endosser le personnage, mais il est certainement plus rare de trouver celui qui représentera l’idéaliste encore jeune, souvent naïf mais responsable.

En définitive, et bien que « Le jeune Karl Marx » s’adresse à un public cible, il est difficile de préciser exactement qui irait le voir avec un intérêt accru. Certes, le cinéaste Raoul Peck n’empêche aucun spectateur d’aller voir sa réalisation et il sait très bien qu’elle est loin des films américains ou français à budgets conséquents, mais il est possible que le succès surprenant d’« I’m Not Your Negro » soit moins au rendez-vous. D’autant plus, et combien même cela ne dépend pas du totalement d’une réussite dans le 7ème Art, qu’aucune réelle promotion n’a été faite. Que ce soit en salles ou au niveau des réseaux sociaux. Dans tous les cas, c’est à vous de décider d’aller voir « Le jeune Karl Marx » et de vous en faire un avis positif, négatif ou mitigé. Et surtout, grâce à votre présence pour ce film et bien d’autres, il est sûr que le cinéma d’auteur perdure pour longtemps encore. Car même si « I’m Not Your Negro » a été distribué avec parcimonie nationalement, « Le Jeune Karl Marx » aura une meilleure distribution. Cela permettra certainement à un plus large public de se faire une appréciation quant à la jeunesse de Karl.

Le jeune Karl Marx
FR-BE-DE   –   2016   –   104 Min.   –   Drama / Historique
Réalisateur: Raoul Peck
Acteur: August Diehl, Vicky Krieps, Stefan Konarske
Agora Films
27.09.2017 au cinéma

"Le jeune Karl Marx" est plus proche d’un téléfilm qu’un récit historique.
1.5Note Finale

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