Léviathan : bête de la mythologie phénicienne devenant dans la Bible un monstre marin, représentée sous la forme d’un serpent. C’est aussi l’un des principaux démons de l’enfer.


Plus en rapport avec le film, Léviathan, désigne un cachalot mesurant plus de 17 m, à la mâchoire immense, auquel il est fait référence pendant une des séquences du film où l’on aperçoit un squelette de baleine (voir l’affiche du film). Sans lien direct avec ces modèles mythologiques, le film « Leviathan » traite de la part diabolique présente chez l’homme. Également, de l’Etat devenu un monstre mythologique comme celui évoqué par le philosophe Thomas Hobbes. La théorie de Hobbes suppose que l’humain foncièrement égoïste est prêt à céder une parcelle de liberté à l’Etat au détriment de la justice et de l’équité, tant que cela sert ses intérêts et garantit une certaine paix sociale.

Dans le cadre idyllique de la mer de Barents, au nord de la Russie, le brave garagiste Kolya (Aleksey Serebryakov) vit dans une maison près de la côte, en compagnie de sa seconde épouse Lilya (Elena Lyadova) ainsi que de son fils, Roma (Sergey Pokhodaev), issu d’un précédent mariage. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes – ou presque – jusqu’à ce que le maire omnipotent de la ville, Vadim Cheleviat (Roman Madianov), décide d’acquérir la demeure et le terrain attenant à des fins personnelles. Kolya n’est pas prêt à céder, appelant à la rescousse Dmitri (Vladimir Vdovichenkov) un ancien camarade d’armée devenu entre-temps un avocat fort réputé à Moscou. Dans un premier temps, celui-ci contre-attaque en réunissant un lourd dossier accablant le maire corrompu. Pourtant le combat semble perdu d’avance…

Utilisant les codes du western, « Leviathan », traite de la corruption ordinaire dans la Russie de Poutine, mais aussi de la collusion de ce pouvoir avec les institutions orthodoxes. Il dissèque également la désintégration d’une cellule familiale [Attention spoilers !] : Roma nourrit de la haine pour Lilya, sa marâtre, dont la liaison avec l’avocat va faire dégénérer la situation. Coupable et désespérée, Lilya se suicide et cela malgré le pardon de son mari. A ce moment là, le maire envoie des hommes de main exercer des pressions sur l’avocat Dmitri, qui jette l’éponge et retourne à Moscou. Parvenant à ses fins, l’élu fera porter le chapeau de la mort de Lilya à Kolya, faisant ainsi accuser celui-ci de meurtre et plaçant au passage Roma dans une institution pour jeunes délinquants.

D’une grande beauté formelle, en termes de photo et de cadrages, « Leviathan » bénéficie, ce n’est pas rien, d’une magnifique bande-originale composée par Philip Glass. Le film alternant judicieusement plages de silence et écrin musical lancinant. Acclamé par la critique – en Europe du moins – et avec plusieurs nominations ainsi qu’un prix du scénario à Cannes, « Leviathan », vient s’ajouter à l’édifice de l’œuvre remarquable d’Andrei Zviaguintsev, entamée en 2003 par « Le Retour » et suivie en 2007 par « Le Bannissement » et plus près de nous « Elena », en 2012. Trois portraits objectifs et sans concessions de la Russie contemporaine.

Le DVD et le Blu-ray contiennent quelques scènes coupées et interviews en complément du film.

Leviathan

Leviathan
D’Andreï Zviaguintsev
Avec Aleksey Serebryakov, Elena Lyadova
Praesens Films

[Miguel, FNAC Rive – Genève]

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