J’avoue avoir eu de la peine à me motiver pour le premier film du matin, mais Maps to the Stars, de David Cronenberg valait finalement bien le sacrifice de quelques heures de sommeil. Histoires d’incestes, de fratricide, de vengeance, avec la thématique du masque social et des acteurs en constante représentation à Hollywood. La construction alambiquée du film et sa vision décadente du monde du cinéma en font une pièce savoureuse. Les acteurs, même très jeunes, fournissent une prestation incroyable aux côtés des plus grands, pour une symphonie sans fausse note.

J’ai ensuite couru sur l’asphalte brûlant pour rejoindre à temps La Sala, qui se trouve en périphérie de Locarno, pour voir « ¾« . Le manque de sommeil donne vite lieu au manque de concentration. J’avais une heure d’avance, ayant mal lu l’heure… C’était un plaisir d’attendre au soleil, en nage. C’était parfait. ¾ suit les tribulations d’une petite famille, avec un père physicien fort sympathique, mais fantasque, sa fille qui est une pianiste très exigeante et dure avec elle-même dans son apprentissage et son petit frère, un charmant cabotin qui fait les 400 coups. J’ai tenu moins de vingt minutes, car à part le personnage attachant du petit frère, rien ni dans l’histoire, ni dans le style ne me retenait.

Clairement, je commence à en avoir un peu marre de ces films qui prennent une heure et demie, pour ne pas dire grand-chose, dans des décors d’une banalité absolue et avec des dialogues qui le sont presque tout autant. C’est bien de représenter « la vie » de manière si réaliste, c’est totalement réussi. Mais si elle est si peu sublimée, autant aller boire un verre sur une terrasse, écouter les conversations alentours, voir passer les gens… même s’il fait trop chaud, la lumière est plus belle, le service a de gentils sourires et le Spritz de Locarno délicieux.

Charleston d’Andreï Cretulescu

« Charleston« , d’Andreï Cretulescu nous présente la vie d’un homme épais, début quarantaine, qui se laisse aller depuis la mort de sa femme, dérivant dans l’alcoolisme et la solitude. Le lendemain de son anniversaire, un jeune freluquet à lunettes vient sonner à la porte de ce gros mâle patibulaire et mal embouché, pour lui annoncer qu’il était l’amant de sa femme. Celui-ci l’assomme directement sur le pas de sa porte, et finit par le traîner sur son canapé. Revenu de son K.O., le jeune homme va essayer de renouer le dialogue avec ce grand type imprévisible et peu bavard. Dès lors, une relation hésitante et un dialogue poussif va s’installer entre les deux hommes. Dans une atmosphère continuellement embrumée, un fil narratif un peu lâche, et un personnage de l’amant timoré à en être irritant. Quelques scènes cocasses tout de même, le veuf devient un personnage plus intéressant qu’il n’y paraissait au premier abord, humour et rapports humains à la baltique style.

Le dernier Todd Haynes, « Wonderstruck«  figurait à la suite du programme. Je suis arrivée 45 minutes à l’avance, cette fois non pas par étourderie, mais en prévision de la foule. Et en effet, une longue file attendait déjà dans la cour ensoleillée de l’ancienne école rénovée et transformée en PalaCinema. L’idée de rester plantée au soleil pendant au-moins une demi-heure ne me tentant pas plus que ça, il a fallu improviser un plan B : Goliath.

« Goliath » qui fait partie de la sélection « Concorso Internazionale » était projeté à l’immense salle du Fevi comportant 3000 sièges, en périphérie de Locarno. La file était déjà trois fois plus importante que pour « Wonderstruck » ; mais à l’ombre. Ça fait plaisir de voir les films suisses avoir autant de succès, cette année. Goliath relate l’histoire de David et Jessy deux jeunes amoureux qui vivent dans un modeste appartement de banlieue et s’aiment passionnément, dans une heureuse insouciance. Jessy tombe alors enceinte et David, d’abord tétanisé par l’idée d’être père, accepte cette nouvelle responsabilité et s’en réjouit. Ils fêtent l’heureux évènement à venir avec quelques amis, mais au retour se font agresser dans le tram et finissent tous deux aux urgences.

Goliath de Dominik Locher

David, humilié et déçu de n’avoir pas pu tenir tête à son assaillant et protéger Jessy, décide de devenir plus fort. Sans aucun suivi médical ou sportif autre que celui prodigué par un de ses collègues, un gros macho un peu débile, il s’injecte des stéroïdes anabolisant et commence la musculation. Dès lors, son physique et son caractère vont changer. De doux et tranquille qu’il était, il devient de plus en plus agressif et instable. Jessy ne comprend plus son attitude désordonnée et ses sautes d’humeur. Le cercle vicieux s’installe, et David finira par diriger son agressivité contre celle qu’il voulait protéger au départ.

Le film doit beaucoup aux acteurs qui sont parfaits dans leurs rôles et ont un jeu des plus convaincant. Le rythme est bon et on sent bien la montée du malaise et de l’instabilité introduit par le personnage de David. Les stéroïdes anabolisant font office de bombe à retardement au sein du film en augmentent la tension et le suspens. Malgré quelques faiblesses mineures, cela reste un bon film.

Dawn of the Dead de George Romero

Le cultissime « Dawn of the Dead« , de George Romero passait ensuite à La Sala. Les fans se sont précipités très tôt aux portes de cette salle de 950 sièges afin de s’assurer une bonne place et ne louper ni le film, ni la présentation de Dario Argento. On était donc une vingtaine à faire le pied de grue, et pas plus d’une cinquantaine à l’ouverture des portes. Parfois, on est trop inquiets. Dario Argento, toujours le même gentleman, affable, aimable et intarissable sur le sujet cinématographique, a fait une jolie présentation devant une salle finalement à peine remplie au tiers de sa contenance. Nous avons ensuite regardé religieusement ce film qui offre à chaque fois le même choc esthétique et narratif.

Chroniques précédentes :

Premier jour du Festival de Locarno, avec au programme :
https://www.daily-movies.ch/locarno-2017-premier-jour
– Rétrospective Jacques Tourneur
Moor, de Jamshed Mahmood Raza
Scary Mother ou Sashishi Deda, d’Ana Urushadze
Demain et tous les autres jours, de Noémie Lvovsky
– Soirée d’ouverture, très glam

Deuxième jour du Festival :
https://www.daily-movies.ch/festival-de-locarno-2017-jour-2

28, film sri-lankais de Prasanna Jayakody
El Pisito, de Marco Ferreri
Distant Constellation, de Shevaun Mizrahi
Out of the Past, de Jacques Tourneur
– Laissez bronzer les cadavres, d’Hélène Cattet et Bruno Forzani

Troisième jour du festival, avec au programme :
https://www.daily-movies.ch/troisieme-jour-a-locarno-2017

– Le magnifique Osama, de Siddiq Barmak
Wajib, de Annemarie Jacir
Lucky de Caroll Lynch, avec Harry Dean Stanton, sur qui repose tout le film, et David Lynch
– Sparring
, de Samuel Jouy, avec Mathieu Kassovitz
Good Time, de Ben et Joshua Safdie

Quatrième jour du Festival :
https://www.daily-movies.ch/quatrieme-jour-au-festival-de-locarno-2017

– Sélection de courts : Signature, Douggy, Fine di un amore, Loop.
Severina de Felipe Hirsh
Al-momia, de Chadi Abdel Salam
Amore que non sanno stare al mondo, de Francesca Comencini
What Happened to Monday ? de tommy Wirkola

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