Mathieu Moreau: « A travers nos voix, on fait vivre un personnage »

Le temps manque pour faire de bons doublages francophones...

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Laurent Billeter
Laurent Billeter
Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

En exclusivité suisse et grâce à « Mes séries.fr – Doublage français », nous eûmes le privilège de rencontrer, le comédien Belge Mathieu Moreau. Connu pour avoir prêté sa voix à « Quatre » dans « Divergente », il nous expliqua certaines différences entre les doublages belges et français.


En quelques mots, qui êtes-vous et quels sont vos liens avec le métier de comédien en doublage dans la langue de Molière ? Je m’appelle Mathieu Moreau. Je suis acteur et doubleur de voix professionnel depuis une quinzaine d’années. En plus de « Quatre » dans « Divergente », j’ai été « Baggy » dans « One Piece », « Professeur Platane » dans « Pokémon » ou encore, la voix de « Thor » dans les dessins animés « Marvel ». En tant qu’acteur, j’ai beaucoup foulé les planches des théâtres est aussi comme combattant de scène ou encore, faire des chorégraphies pour un long-métrage.

Je crois savoir que vous avez, ou aviez, également une corde musicale à votre arc ? Je suis aussi guitariste, plutôt rock métal, car j’ai fait partie d’un groupe qui s’appelait « Doctor & Nurse » qui avait pas mal tourné et même sortit un album. C’est un vieux souvenir, mais très beau et surtout, une belle aventure.

Est-ce que vous avez déjà réussi à mélanger vos différents intérêts culturels ? Par exemple, à chanter pendant un doublage ? Alors, oui, au niveau du chant parce que j’ai travaillé au sein d’une série qui s’appelle « Petit et Costaud ». C’est une série anglaise intelligente, très didactique et idéale pour les petits avec les histoires des 2 marionnettes. Et le plaisir avec cette série, c’est qu’on avait chanté autant de l’opéra, que du jazz ou de la rumba. Les chansons variaient toujours et étaient assez pointues. Par rapport aux scènes d’épées ou de combats que j’ai faites, je pense aussi que mon expérience a pu nourrir mon jeu.

A propos d’expériences, comment se passe une journée de doublage en Belgique ? On commence souvent vers 9h00 du matin pour finir vers 18h00. Ils nous arrivent souvent de courir d’un studio (de doublage) à l’autre. En ce qui me concerne, ce fut une vie sur les chapeaux de roues et il m’a fallu courir dans tous les sens.

Vous doublez entre la Belgique et la France. Quelles sont les différences de travail entre les 2 pays ? Et par rapport à votre salaire ? Au niveau du salaire, le travail est très mal payé en Belgique, mais mieux en France maintenant. En Belgique, ce travail est délocalisé. Le problème en Belgique, c’est qu’il y a souvent une espèce masse de travail par rapport au doublage à effectuer. Mais ce ne sont pas forcément des films ou séries très intéressants. La différence avec Paris, c’est qu’ils se taillent la part du lion par rapport aux séries et les sorties dans les cinémas. J’ai toujours trouvé que la barre était beaucoup plus haute en France qu’Belgique. Et donc, avoir travaillé en France m’a permis de faire plus évoluer mon jeu (de comédien).

Vous avez certainement remarqué l’évolution du métier. Que regrettez-vous dans ces changements par exemple ? Nous avons de moins en moins de temps… De ce que j’en sais, parce que cela fait quand même quelques années que je ne double presque plus. Le dernier était « Detective Conan : La Fiancée de Shibuya ». A cette époque, on manquait déjà de temps, d’une qualité d’adaptation, de traduction ou de direction. Comme on est une espèce de « plateforme délocalisée » de ce métier, je pense qu’on a tendance à niveler par le bas. Notre travail a des répercussions sur tous les gens qui y participent au niveau de leur travail, de leur estime. Et je trouve cela assez grave. En fait, cette situation n’a fait qu’empirer selon moi. Si nous en tant qu’acteur de doublage, on est déjà mal payés, on ne parle même pas des traducteurs, des adaptateurs, des ingénieurs-sons et du personnel technique en général, qui est véritablement sous-payé.

Ça a un effet profondément pervers. Quelque part, en tant que comédien de doublage, à travers la voix, on fait vivre un personnage. Et l’estime qu’on a pour notre milieu professionnel est tellement pauvre, au niveau des grands groupes de cinéma, qu’on ne peut pas profiter par exemple, des promotions des films pendant leurs sorties avec un coin presse. Au niveau de la reconnaissance dans cette profession, on avoisine le 0.

Pour vous, cela peut encore empirer ? Oui, bien sûr parce qu’on parle aujourd’hui, de nous remplacer par des voix synthétiques. Ce qui me fait mourir de rire (de manière sarcastique). Le jour où les adaptateurs, traducteurs et comédiens seront mieux payés, c’est sûr qu’ils s’investiront plus. En plus, nous manquons très souvent de temps. Ce qui nous amène parfois, à nous auto-diriger et de ce fait, nous n’arrivons pas à peaufiner notre travail et il nous arrive de manquer de justesse. Je ne peux que regretter cette délocalisation qui au final, fait le jeu principalement des sociétés de production. Je regrette que la Belgique n’ait pas son réseau de diffusion qui lui permettrait de distribuer des films ou séries doublés sur place.

Si on vous proposait de revenir pour un doublage, quelle serait votre réponse ? Je sais que je ne reviendrai pas, parce que j’impose mes conditions salariales et que je n’accepte plus d’être sous-payé comme je le suis. Je n’accepte plus de travailler dans les mêmes conditions aussi. Je pense même que je serai, c’est déjà le cas en fait, remplacé par d’autres de mes collègues. Je n’ai aucun regret ni amertume par rapport aux gens qui me remplacent sur les doublages francophones. C’est tout à fait leur droit.

En définitive, quels sont vos 2 meilleurs souvenirs dans ce métier ? C’est compliqué parce que j’en ai des dizaines, sinon, je pense que je ne serais pas resté autant longtemps dans ce métier malgré les difficultés expliquées et cette vie de fou qui a été la mienne pendant une dizaine d’années. Pour moi, la majeure partie du temps, ce ne sont que des bons souvenirs. Les 70 % de mon temps passé en studios de doublage, ce sont ceux dont j’ai envie de parler si on n’était pas tenu par le temps pour notre interview. C’est la meilleure réponse que je puisse te donner.

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