Au croisement du drame et de l’horreur psychologique, le premier long-métrage du réalisateur irlandais Liam Gavin révèle le talent indéniable de son jeune auteur, mais finit par se perdre dans un rattachement tardif aux codes de genre qu’il avait jusque-là largement dynamités.


Ce qui frappe dans les premières minutes de « A Dark Song », c’est la quasi-absence d’exposition. Le film s’ouvre sur Sophia, jeune femme endeuillée par la perte d’un fils, qui cherche à se procurer une maison isolée afin de s’adonner à des rites occultes avec l’aide du spécialiste Solomon. Tous les choix sont déjà pris lorsque le film démarre, nous entrons immédiatement dans un train en marche et les motivations des personnages sont, et resteront, floues. « A Dark Song » ne nous invite donc pas dans un univers régi par une volonté de narration, mais plutôt à nous joindre sans se poser de question au rituel des deux protagonistes. Le manque d’exposition de la situation initiale et d’ancrage dans la réalité en devient le coup de maître du film puisqu’il permet le déroulement d’une logique de l’irrationnel interne à l’œuvre, brisant ainsi le spectre du grotesque qui plane toujours sur les récits de magie noire.

Liam Gavin atteint une épure narrative, notamment grâce à un sens aigu de l’ellipse, qui fait tendre le film vers une forme d’abstraction sur laquelle le temps n’a pas d’emprise – plusieurs mois passent sans qu’ils soient signifiés – et où se succèdent et s’opposent séquences occultes démesurées et dialogues humains de plus en plus pétrifiants. « A Dark Song » effleure le grandiose dans une scène de bain où les deux mondes, humain et occulte, se confondent et où l’on se rend compte que la vraie terreur naît de l’instabilité psychologique des personnages, de l’explicable et jamais des démons dont ils évoquent la présence.

Huis-clos justifié par le rituel – la maison doit être scellée avant de commencer – le film use à merveille de son confinement et en exploite l’idée jusque dans son visuel. L’image et les couleurs sont constamment atténuées par la noirceur aiguisée des longs couloirs de la maison et par la palette de nuances grisâtres, révélatrice d’une solitude omniprésente, qui contamine tous les plans d’intérieur. Bien qu’une plus grande sobriété dans les effets esthétiques et sonores eût rendu l’ensemble encore plus impactant, Gavin restitue avec une grande maîtrise l’ambiance sombre et nerveuse de son récit.

Malheureusement, le film finit par céder, sur la fin, à la tentation de l’horreur calibrée et choisit de sacrifier la tension que faisait naître l’ambiguïté de l’obscurantisme – monstruosité symbolique ou monstruosité réelle ? au profit de quelques créatures grotesques, voire ridicules et d’une conclusion paresseuse, là où « A Dark Song » aurait gagné à s’en aller avec tous ses secrets. Ces dérives sur-codifiées sont d’autant plus frustrantes qu’elles sont précisément ce que Liam Gavin avait su prendre à rebours tout au long de son film. Cela ne nous empêchera pas de nous réjouir de l’émergence d’un cinéaste talentueux que les amateurs de cinéma fantastique feraient bien de surveiller.

A Dark Song
(Compétition Internationale NIFFF 2017)

De Liam Gavin
Avec Catherine Walker, Steve Oram

 

NIFFF 2017 : "A Dark Song", expérience rituelle
3.0Note Finale

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