De passage à Paris pour recevoir un César d’honneur, Robert Redford a terminé son séjour dans la capitale le 23 février en livrant à 400 chanceux une Masterclass à la Cinémathèque française. Tant la rencontre fut inédite, la conférence a été retransmise dans une salle parallèle pour quelque 170 autres admirateurs.


Avant d’accueillir cet invité de marque, le public français se plonge dans l’Amérique de Nixon avec « Les Hommes du Président ». Réalisé en 1976 par Alan J. Pakula, ce film raconte le scandale du Watergate, nom du quartier général du Parti démocrate, cambriolé par des proches du Président Nixon qui, en plaçant les Démocrates sur écoute, ont oeuvré à la réélection de ce dernier. Eloge de l’investigation, le film adopte le point de vue journalistique pour raconter l’enquête menée par deux journalistes du Washington Post, Bob Woodward (Robert Redford) et Carl Bernstein (Dustin Hoffman) qui, en interrogeant des sources proches du cambriolage, ont fait éclater le scandale au grand jour. Le Président Nixon sera contraint de démissionner en cours de second mandat. Un film important dans la carrière de Robert Redford qui, en plus d’être acteur, porte aussi la casquette de producteur. « C’est sûr, tout le monde a envie de faire du journalisme après avoir vu ‘Les Hommes du Président’ », s’exclame Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française et journaliste lui-même.

Un peu après 16h30, c’est en toute simplicité, vêtu d’un jean et d’un pull bleu décontracté que Robert Redford, l’air un peu fatigué, longe le couloir menant à l’auditoire Henri Langlois. Entouré de gardes du corps, l’acteur a juste le temps d’adresser un large sourire, puis un signe de la main discret à une dizaine de chanceux, avant de pénétrer dans la salle obscure qui l’attend impatiemment. Il faut dire que les 400 places ont été vendues en quelques minutes seulement. Pendant une petite heure, l’acteur et réalisateur américain de légende y raconte les coulisses de sa carrière, rebondissant avant tout sur « Les Hommes du Président » et l’importance du contre-pouvoir exercé par le journaliste face aux élus politiques. « Les journalistes ont un rôle capital dans notre société, démarre-t-il. Ce film était un moyen de leur rendre hommage ».

Loin des codes hollywoodiens, le réalisateur Alan J. Pakula a l’esprit curieux et mise sur de longues scènes traduites par des plans-séquence. Et dans cette recherche de réalisme, les deux acteurs principaux jouent aussi le jeu. « Après avoir passé du temps avec les vrais héros de l’Histoire, qui nous ont beaucoup appris, j’ai proposé à Dustin [Hoffman] que l’on apprenne par cœur les dialogues de l’un et de l’autre de façon à pouvoir improviser plus facilement au moment du tournage », se remémore Redford. Une initiative qui témoigne à la fois de son professionnalisme en tant qu’acteur, mais également de son investissement derrière la caméra. « J’ai tenu à être producteur pour pouvoir contrôler le film et m’assurer que personne n’interfère dans l’idée de base qui était de se centrer le récit sur le parcours compliqué de ces deux reporters en quête de vérité », confie-t-il.

Acolyte de Paul Newman
La conférence a évidemment retracé une partie de la carrière de Robert Redford en le questionnant notamment sur ses rencontres qui l’ont marqué. Et lorsqu’on l’interroge au sujet de l’acteur avec lequel il a partagé deux films, Redford ironise, provoquant les rires de la salle : « Paul Newman… C’est qui ?! » Avant de tourner « Butch Cassidy et le Kid » en 1969, Paul Newman était déjà un acteur confirmé. Mais Robert Redford, tout juste la trentaine, n’était pas encore célèbre. « Au départ, j’étais pressenti pour le rôle de Butch Cassidy, mais moi, je m’identifiais davantage au Kid, ce personnage ténébreux qui bouscule les codes. La Fox (20th Century Fox) tenait donc à ce que quelqu’un de plus connu me remplace, mais Paul Newman a insisté pour que le rôle me revienne », se souvient l’octogénaire, plein de gratitude à l’égard de son acolyte de cinéma disparu en 2008. Le tournage de « Butch Cassidy et le Kid » se fera dans l’Utah, terre de Redford, où quelques années plus tard, ce dernier deviendra le président du Sundance Film Festival, nom en référence à son personnage du « Sundance Kid » en version anglaise.

Comme fusionnel avec Sydney Pollack
« Quelque chose de fort est tout de suite né entre nous », a-t-il dit en évoquant son réalisateur fétiche, Sydney Pollack, lui aussi disparu en 2008. Ensemble, ils collaboreront sur sept films ; « Jeremiah Johnson » (1972), « Nos plus belles années » (1973), ou encore « Le Cavalier électrique » (1979) pour ne citer qu’eux. « Sydney comprenait les acteurs. Comme nous avions pleinement confiance l’un en l’autre, j’étais libre dans ma manière de jouer, et je n’avais pas peur d’expérimenter, car je savais qu’il me soutiendrait », explique celui qui fêtera ses 83 ans l’été prochain. Une carrière bien remplie débutée à l’âge 21 ans.

D’ailleurs, cela fait quelque temps que Robert Redford mentionne le clap de fin. Après 62 ans consacrés au cinéma, l’octogénaire souhaite retourner à ses premiers amours. « Même s’il ne faut jamais dire ‘jamais’, peut-être qu’il est temps pour moi de me retirer et de me consacrer à ce dont je rêvais avant de devenir acteur. Quand j’avais 18 ans, je voulais être peintre », a-t-confié en fin de Masterclass. Mais qui aurait pensé que Robert Redford troquerait caméra et plateaux de cinéma pour pinceaux et canevas ? Le début d’une autre seconde carrière se dessine peut-être…

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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