Les temps sont durs pour Thor, le dieu du tonnerre, chassé d’Asgard par sa sœur et condamné à un duel à mort contre Hulk, son ancien compagnon d’armes. Avec ce scénario baroque, « Thor : Ragnarok » s’annonçait comme un film joyeux et coloré. Hélas, sa légèreté est fausse et son esthétique ne convainc pas.  

Après un premier volet aux accents shakespeariens logiquement réalisé par Kenneth Brannagh, une suite insipide et deux apparitions aux côtés des Avengers, que pouvait-on attendre du personnage de Thor, le dieu du tonnerre, héros du panthéon d’Asgard, icône de la relecture fantaisiste des sagas nordiques à la sauce Marvel ? Pas grand-chose, à vrai dire. Malgré le charisme de Chris Hemsworth, il n’était pas évident de se passionner jusque-là pour le destin du fils d’Odin, sorte de caricature butée de la brute saxonne qui, au gré des films, a gagné en nuances et en urbanité au contact des Terriens (des Nords-Américains, précisera-t-on). On lui préfère nettement son traître de frère, le fourbe Loki, interprété par un génial Tom Hiddleston, jamais en panne de coups tordus dictés par le plus vil optimisme. À la fin de « Thor : Le Mondes des ténèbres », il allait jusqu’à simuler sa mort, usurper les traits du patriarche d’Asgard et terminer sur le trône familial avidement convoité.

Une situation intéressante qui augurait un violent conflit fraternel, mais que « Thor : Ragnarok » balaie dès les premières minutes pour laisser la place à un tout autre scénario. Thor et Loki se découvrent une sœur maléfique, Hela (Cate Blanchett), emprisonnée depuis des temps immémoriaux et qui revient accomplir en solo une reconquête du royaume d’Odin (Anthony Hopkins) – serait-ce là le fameux Ragnarok, la fin des temps annoncée par la mythologie d’Asgard ? Exilés, les frères ennemis échouent sur Sakaar, une planète poubelle dirigée par le très excentrique Grand Maître (Jeff Goldblum), dictateur décadent spécialisé dans l’organisation de combats de gladiateurs. Parce qu’il est incapable de passer inaperçu, Thor est capturé par une Valkyrie alcoolique et jeté dans l’arène pour un duel à mort. Face à lui, une surprise de taille : son « ami » Hulk, le géant vert, disparu depuis la fin de « Avengers : l’Ère d’Ultron », devenu du jour au lendemain la star invaincue de ces jeux du cirque intergalactiques. Et bien décidé à le rester…

On l’aura compris, « Thor : Ragnarok » est construit sur non pas un, mais plusieurs scénarios carrément fantasques, pour ne pas dire foutraques. À priori, tout s’annonçait pour le mieux avec aux commandes l’excellent Taika Waikiki, réalisateur néo-zélandais auteur de « What We Do In The Shadows » et « Hunt for the Widerpeople », deux des comédies les plus savoureuses de ces dernières années. Mais quelque chose ne passe pas dans l’exécution de ce récit ambitieux, à l’humour assumé. La faute à la construction répétitive du comique du film, dont presque toutes les scènes démarrent sur une note sérieuse avant de glisser systématiquement vers une ironie ou un grotesque poussifs. Les dialogues, en grande partie improvisés, contribuent à un sentiment de gêne diffuse et font constamment tanguer le film entre série B et série Z. Sans surprise, l’émotion et l’empathie envers les personnages sont les victimes instantanées de cette mécanique laborieuse.

À cela s’ajoute le décorum irritant d’une science-fiction ultra-américanisée telle qu’imaginée par les studios Marvel. Dans « Les Gardiens de la galaxie », les civilisations cosmiques baignaient déjà sans se poser trop de questions dans les références musicales et télévisuelles des années 70.  Dans « Thor : Ragnarok », ce sont le fluo et les synthétiseurs kitchs des années 80 qui contaminent un univers spatial visiblement limité à l’apport de la seule culture pop occidentale.

Au lieu de son grain de folie et de sa sensibilité, Taika Waikiki a fini par apporter sa caution à l’esthétique en toc et l’humour au ras des pâquerettes d’un film mineur. Les spectateurs qui n’attendent plus rien d’un nouveau Marvel seront peut-être agréablement surpris par la cocasserie et le casting luxueux du projet. Les autres iront chercher ailleurs le festin promis du Valhalla.

Thor: Ragnarok (3D)
USA – 2016 – Family
Réalisateur: Taika Waititi
Acteur: Chris Hemsworth, Tom Hiddleston, Cate Blanchett
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25.10.2017 au cinéma

Thor - Ragnarok : les dieux sont tombés sur la tête
2.5Note Finale