49th Parallel

Carlotta ne cesse de nous gâter en ressortant des pépites du 7ème art qui ne demandent qu’à être rajoutées à la liste du Père Noël. Avec « 49th Parallel », l’éditeur nous offre la troisième collaboration issue de la longue et créative union entre Michael Powell et Emeric Pressburger, à qui l’on doit notamment « A Matter of Life and Death » (1946), « Black Narcissus » (1947) et « The Red Shoes » (1948).

A l’aube des années 1940, les deux cinéastes sont commissionnés par le Ministère de l’Information pour mettre en exergue la menace nazie et pour bousculer la neutralité des Américains. Si « 49th Parallel » fut de prime abord réalisé à des fins propagandistes, il s’affiche surtout comme une très belle oeuvre de cinéma. Le film se concentre sur une troupe de soldats allemands débarquant sur le sol canadien pour une mission. Ils se retrouvent esseulés lorsque les Alliés coulent leur sous-marin, et doivent alors rejoindre la frontière américaine, délimitée par la 49ème latitude du titre, qui est encore en territoire neutre.

La réussite du film tient grandement à son excellent scénario, écrit par Pressburger. D’abord surprenant dans sa structure – scindé en saynètes –, le récit suit l’évolution des soldats à mesure qu’ils se font affecter par les personnages et l’environnement les entourant. Cette contextualisation à la road movie permet au scénariste d’exposer l’idéologie nazie et de la contraster avec la bonté, l’humanité et l’ouverture d’esprit des autres personnages. Si le schéma peut paraître didactique, le résultat l’est nettement moins. Les émotions que parvient à convoquer le film sont issues d’une qualité narrative rare, où les monologues atteignent une perspicacité percutante et dévastatrice.

Mais le meilleur segment est sans doute le premier: Laurence Olivier y incarne un trappiste québécois (hilarant) qui revient à la civilisation après une année passée sur la banquise. Il ne croit pas son ami lorsque celui-ci lui annonce que les Allemands ont recommencé la guerre et blâme les médias… jusqu’à ce que les deux amis se fassent encercler par les soldats. S’ensuivent des dialogues puissants et si rares aujourd’hui qu’on oublierait presque la qualité d’écriture d’antan. Il manque peut-être à « 49th Parallel » une certaine forme de lyrisme dans sa mise en scène pour en faire un chef-d’oeuvre; touche que l’on retrouve dans les films ultérieurs de Powell/Pressburger et qui apporte cette dimension supérieure à la filmographie des deux compères.

49th Parallel
De Michael Powell
Avec Laurence Olivier, Leslie Howard, Richard George…
Carlotta