La version 2016 des « Sept Mercenaires », réalisée par Antoine Fuqua, réussit-elle le pari de tenir tête à la version devenue culte de John Sturges avec, entre autres, Yul Brynner et Steve McQueen dans les rôles principaux?



Il est de bon ton dès qu’il s’agit d’un remake de faire la fine bouche et partir du principe que la copie ne pourra jamais égaler l’original (qui, ironiquement ici n’est pas original en soi, mais ceci est un autre débat). Est-ce par nostalgie ou par principe, le fait est que l’objectivité est souvent absente lorsqu’il s’agit de donner son avis sur une nouvelle version surtout quand celle de 1960 jouit d’une excellente réputation parmi tous les cinéphiles.

La trame générale reste sensiblement la même, à savoir un village oppressé par un tyran et ses sbires, qui va faire appel, dans un acte de désespoir, à un étranger qui va à son tour constituer une équipe hétéroclite de mercenaires pour l’impossible mission de contrer le despote et délivrer ces pacifiques paysans de son emprise. Un scénario classique sans surprises, bien que quelques subtilités viennent se glisser, notamment dans les motivations de certains personnages, ce qui confère une variation bienvenue dans le déroulement de l’histoire. Les sept mercenaires menés par Denzel Washington ont aussi, tout comme leurs aînés, leur personnalité propre avec leurs qualités ainsi que des zones d’ombre qui auront un impact sur la cohésion du groupe.


La mission pour Antoine Fuqua était pour le moins périlleuse, car mettre en scène un film connu de tous, devenu un véritable classique du 7ème art, c’est un challenge que certains auraient préféré éviter – surtout quand on voit certains résultats récents, la mission était loin d’être gagnée – mais qui s’avère ici réussie, ceci pour autant que nous puissions nous abstenir du « fameux » principe que la copie n’égalera jamais l’original !

Avant de parler du long-métrage lui-même, l’intrigue bien que semblable, prend un ton résolument moderne. En effet, on peut y voir en filigrane une critique envers la cupidité capitaliste du monde moderne, ainsi que le confirme le réalisateur, son but était aussi que ses sept mercenaires fassent écho au monde actuel. Il a donc fallu zapper quelques points du film de John Sturges qui auraient fait mièvre (spécialement les scènes de Charles Bronson et les enfants).

Le casting, quant à lui, n’a pas à rougir face à ses illustres prédécesseurs. Denzel Washington est parfaitement convainquant dans le rôle jadis tenu par Yul Brynner, sans oublier Chris Pratt, le trublion du groupe ou encore Ethan Hawke, impeccable dans ce personnage tourmenté par la guerre et qui traine ses démons partout avec lui.  À une histoire classique, mais néanmoins efficace, et un groupe d’acteurs au diapason, se joint aussi une excellente réalisation, dotée de rythme et de scènes très bien senties, notamment une scène d’introduction qui donne tout de suite le ton.


Antoine Fuqua nous livre un western respectueux, à la fois des codes, mais aussi des clichés du genre. C’est fait avec une telle sincérité et application qu’on ne peut qu’apprécier le produit final. Avec quelqu’un de passionné derrière la caméra, un scénario certes classique, mais avec quelques subtilités, une excellente distribution, un rythme sans temps mort, on obtient ainsi un remake réussi qui n’a pas à pâlir devant le classique de 1960, ce qui est déjà un exploit en soi.

À noter que l’édition blu-ray possède quelques bonus très sympathiques qui nous permettent de comprendre à quel point ce projet tenait à cœur au réalisateur et la manière, très réaliste, avec laquelle il a voulu aborder la création du film, afin que les acteurs puissent plus facilement s’identifier à l’histoire et leurs personnages.

Reste la question finale : était-il absolument nécessaire de refaire un remake d’un classique du cinéma ? Nécessaire, peut-être pas, mais tient-il la route face à son prédécesseur ? Sans le moindre problème…les « 7 mercenaires » du 21ème siècle ayant mené leur mission avec succès.

Réalisateur : Antoine Fuqua
Avec Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke
Durée : 2h13
Bonus : Les sept (8’30) ; La réalisation des sept (5’03) ; La prise de Rose Creek (5’16) ; Bogue la fripouille (5’26) ; Les flingueurs (4’55); Musique magnifique (4’10); Scènes coupées (7’30)
Distributeur : Rainbow



"Les 7 mercenaires": remake d'un remake
4.0Note Finale