Caméra d’Or à Cannes 2016, Houda Benyamina compare son film à un « Scarface » féminin. Le moteur de création de la réalisatrice n’est autre qu’un sentiment d’injustice, comme ses modèles, Martin Scorsese et Spike Lee, deux réalisateurs énervés et au point de vue radical qui colle à leur époque. Al Pacino prend donc les traits d’une jeune maghrébine – Oulaya Amara, la petite sœur de la réalisatrice – aussi revêche qu’attachante. Elle incarne Dounia, 17 ans, qui vit misérablement avec sa mère dans un quartier de Roms en marge de la cité. Honte, frustration, tout y est… En prise avec des émotions qu’elle a du mal à maîtriser, la jeune fille claque la porte de son BEP en Accueil, et se donne pour but de ressembler à Rebecca (Jisca Kalvanda), une dealeuse dure à cuire. Dans ses bêtises, elle entraîne Maïmouna (Déborah Lukumuena), son amie de toujours…

« Divines » n’est pas un énième film sur la banlieue, et si son attrait doit beaucoup à la performance remarquable d’Oulaya, il est aussi dû à une mise en scène quasi irréprochable. Ici et là, quelques inventions esthétiques nous ravissent. Exemple, grâce au travelling, la Ferrari fantasmée et virtuelle à bord de laquelle Dounia et Maïmouna se faufilent nous fait traverser le square avec elles. Ajoutez à cela le ping-pong verbal savoureux des deux amies qui invitent de fantomatiques passants dans leur caisse. Ce qui est sûr, c’est que celles et ceux qui croiseront le chemin de Dounia n’en sortiront pas indemnes. Djigi (Kevin Mischel), agent de sécurité de nuit, danseur le jour, tombera peu à peu sous son charme et dans la danse du couple, s’exprimera la possibilité d’une fusion entre art et combat. Une proposition que le film lui-même ne contredirait pas.

Divines

Divines
De Houda Benyamina
Avec Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena, Kevin Mischel
Adok Films
Sortie le 31/08

« Divines » : un film coup de poing
4.0Note Finale