L’acteur australien Hugh Jackman était présent au Festival de Zurich pour recevoir un prix d’honneur. Daily Movies a eu la chance de pouvoir rencontrer l’homme qui incarne The Wolverine le temps d’une interview groupée, pour parler de « Prisoners », son dernier film. Sans cacher sans accent, il a répondu à nos questions avec élégance et humour.

Quelle a été votre préparation pour ce personnage ?
Hugh Jackman : Jack avait moins de contenu que moi, pour son personnage. J’avais beaucoup d’indices et de pistes à prendre pour interpréter mon personnage, qui est un ancien alcoolique. J’ai fait des recherches à ce propos, mais aussi sur ce qui se passe lors de rechutes. Aussi sur le fait que son père se soit suicidé dans sa maison : énorme traumatisme. Il y a une grande littérature à ce sujet. Je me suis également renseigné sur les troubles du sommeil et quand on en manque. Par ailleurs, pour votre information, on a pas besoin de 10 heures de sommeil – j’ai vraiment tout lu à ce sujet (rire) ! Aussi, comme le film se passe dans une forme de quotidien, je voulais représenter comment ces événements peuvent affecter de manière physique, mentale et émotive. J’ai fait pas mal de recherches sur le sujet de la torture. Je suis sûr que je suis actuellement sur une sorte de liste surveillée par l’état (rires). Et évidemment, je me suis également intéressé aux vrais cas… C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus dévasté. J’ai eu accès à vraiment beaucoup de documents, et même si ce qu’on voit n’est qu’une partie, on se rend compte des parcelles les plus sombres de l’humanité. Et c’est la frustration d’impuissance qui rend fou. Il y a des traumatismes immenses, et pour moi l’un de messages du film que les gens ratent parfois c’est qu’il faut vraiment être prudent lorsque l’on juge certaines réactions.

Pensez-vous qu’il faudrait, dans le genre de situations dépeintes par le film, toujours s’appuyer sur les institutions ?
HJ : C’est une très bonne question. Je trouve que le film montre très bien cette bataille constante entre l’individu et les institutions. Une opposition qui aux Etats-Unis est particulièrement débattue. J’ai entendu des débats… Je ne vais pas trop rentrer dans les détails, mais il y a toujours cette question du « Et si? ». La manière instinctive avec laquelle les gens réagissent face à ce genre de situation est impressionnante, mais suivant l’ampleur de ces réactions et sans implication des institutions, cela peut devenir extrêmement destructeur.

Prisoners

Prisoners

Vu le sujet du film, l’ambiance sur le tournage devait être plutôt tendue… Comment faisiez-vous pour détendre l’atmosphère ?
HJ : Mis à part boire (rires) ? Meilleurs sont les acteurs, plus l’ambiance sur le tournage est relaxe. L’atmosphère n’est pas aussi lourde que vous pouvez vous l’imaginer. Dans une scène avec quelqu’un, il faut toujours s’ouvrir à l’autre – être acteur c’est un processus où on écoute et où on donne. Il faut vraiment qu’il y ait une relation entre les acteurs. La meilleure façon de jouer c’est en essayant d’affecter l’autre, et pas seulement soi-même. Les acteurs voudront toujours le meilleur des autres, même s’il peut exister parfois un peu de compétition. Sur « Prisoners », j’ai vraiment ressenti ce véritable sentiment altruiste des uns envers les autres.

Comment s’est passé votre collaboration avec Paul Dano, dans ces scènes très intenses ?
HJ : Denis a été fantastique avec ces scènes. Il les a toutes rassemblées vers la fin du tournage. J’étais content de procéder de cette manière parce que j’étais vraiment épuisé – certains jours j’ai fini lessivé. Denis nous poussait quand il fallait, et nous arrêtait quand il savait qu’il avait assez de matériel, même s’il laissait tout le temps sa caméra tourner. Il nous faisait toujours jouer, encore et toujours ; il voulait explorer cette intimité entre nous, sans nous forcer. Paul est incroyablement confiant, et à partir du moment où il rentrait sur le tournage, il se transformait en ce personnage. Il était toujours mystérieux pour moi. Ce qu’il arrive à faire avec ses yeux – en plus de toutes ces prothèses – est vraiment phénoménal.

Prisoners

Prisoners

Est-ce que le film a eu un impact sur vous, sur votre vie privée ?
HJ : J’ai eu une discussion avec mes enfants. Mais c’est compliqué… Quand les enfants naissent, on a cet espoir qu’ils s’ouvrent au monde de manière positive et qu’ils aiment ce qu’ils font, qu’ils ressentent toutes les possibilités qui leur sont offertes. Mais dès qu’ils franchissent la porte, on a vite peur de tout. Il faut trouver un juste équilibre, ne pas les rendre paranoïaques pour autant, ou craintifs. J’ai eu une discussion avec eux pour parler de ce qui peut arriver, de bien peser le pour et le contre de certaines situations… Et je me suis quand même rendu compte que ma fille ne connaissait pas notre numéro de téléphone, ou des choses basiques comme ça. Donc oui, le film a eu un impact certain sur moi, de manière pratique et concrète.

Pensez-vous que ce rôle représente une nouvelle étape pour vous ?
HJ : Je suis toujours à la recherche de nouvelles expériences, qui m’intriguent ou qui m’effraient. Cette émotion soutenue, de se retrouver en enfer – dès la page 7 ou 8 du scénario – a été quelque chose de difficile et a représenté un vrai défi. C’est aussi effrayant parce qu’on est jamais sûr de pouvoir y arriver ; mais c’est un risque que l’on doit prendre, je pense. Concernant Wolverine, Je n’aurais jamais pensé faire sept films où j’incarne ce personnage – ça fait 14 ans que je joue Wolverine, c’est comme un vieil ami maintenant (rires) ! Et pourtant je l’apprécie plus que jamais, surtout sur le dernier film qu’on vient de tourner [« X-Men: Days of Future Past » – ndlr]. J’ai eu l’occasion d’explorer de nouvelles choses que je n’avais jamais faites jusque-là. C’est un personnage vraiment différent… (Il réfléchit) Je dois vraiment faire attention pour ne rien vous révéler (rires). C’est un casting très différent – et quel casting ! C’était génial de pouvoir travailler avec eux, et de retrouver Bryan Singer [le réalisateur des deux premiers « X-Men » – ndlr]. Vous savez, c’est ce personnage qui a vraiment lancé ma carrière. En tant qu’acteur, il faut toujours se rappeler qu’un bon personnage dépassera toujours l’acteur. Je sais que ce jour viendra mais je ne sais pas encore quand!

Vous allez recevoir un prix d’honneur – le Golden Icon Award. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
HJ : Parfois je me demande si c’est pas un message caché pour me dire « s’il-vous-plaît, pourriez-vous arrêter, on en a assez de vous ? » (rires). Je suis honoré par ce prix, qui m’a vraiment surpris et qui représente beaucoup pour moi. J’ai commencé mon métier d’acteur à 26 ans, et j’espère ne pas devoir m’arrêter de sitôt.