Si le cinéaste Jean Becker a tendance à se faire plutôt rare ces dernières années, il revient sur le devant de la scène avec le magnifique « Collier rouge ». L’adaptation rend hommage aux hommes et femmes ayant subi la Première Guerre mondiale.


Dans une petite ville face à une caserne militaire, un beauceron aboie jour et nuit faisant fi de la chaleur estivale écrasante. Nous sommes en 1919 et dans une des geôles de ce poste, un ancien héros de guerre est emprisonné pour une raison mystérieuse. Dépêché par ses supérieurs, afin de clore cette affaire, un juge arrive sur place afin d’enquêter et de mieux comprendre l’histoire. Durant ses recherches, il croise fréquemment une jeune femme usée par le travail de la terre. Elle semble attendre ou espérer un miracle par rapport à quelqu’un ou quelque chose. Et au milieu de ce trio, le chien qui détient un savoir beaucoup plus important qu’il ne paraît.

4 ans après le roman homonyme de Jean-Claude Rufin, le légendaire metteur en scène Jean Becker (« Les Enfants du marais ») dévoile sa nouvelle transposition cinématographique. C’est un fidèle acolyte au cinéaste, le monteur en chef Jacques Witta, qui lui parla du livre avec la certitude que l’histoire sera parfaite pour la retranscrire. D’abord fermé, Jean Becker lut tout de même « Le Collier rouge » et finit par en être touché. Quelque peu effrayé d’abord par certains aspects techniques, il réalisa rapidement que plusieurs proches allaient pouvoir le conseiller et l’aider à mettre en place les séquences compliquées.

Ce qu’il est bien de savoir avant d’aller voir le long-métrage dans les salles obscures, c’est qu’il ne s’agit pas complètement d’une fiction. En effet, 2 faits réels sont incorporés dans la trame littéraire et repris dans le film. À savoir que durant la guerre de 14-18, des milliers de chiens étaient emmenés dans les tranchées pour différentes tâches spécifiques comme le déminage, mais aussi dératiser le secteur et prévenir en cas d’attaque-s surprise-s. L’autre élément est tiré d’un vécu lié à un grand-parent d’une des connaissances de l’écrivain Jean-Claude Rufin. Le grand-père de cet ami avait véritablement estimé que son canidé méritait plus la médaille d’honneur que lui. Ces fragments relatés lors d’une entrevue écrite, l’auteur les a donc rassemblés et constitués ce qu’est devenu « Le Collier rouge ».

L’intelligence de ses œuvres résident notamment sur le fait qu’il s’agisse d’une dualité sur fond de guerre. L’investigation menée par le juge remettra davantage en question ses valeurs, celles de la militarisation, et même de la France. Sans être trop explosif ni violent, les reconstitutions des Poilus combattants dans les tranchées et sous les obus rendent une réalité passée presque oubliée. S’il paraît impossible qu’un lien existe entre tous ces vécus et histoires, c’est que la trame est beaucoup plus subtile qu’il ne paraît. Sans oublier le canidé qui est toujours autant central.

Face aux caméras les rendus et scènes sont soignés, impressionnants et très réfléchis. Malheureusement, les complications ont malgré tout été au rendez-vous pour l’équipe technique. Ainsi, les maîtres des deux superbes beaucerons, n’ont pas réalisé l’ampleur du travail afin de rendre la fausse détresse du chien crédible. Même si la production savait que le tournage serait plus complexe, comme cela est souvent le cas lorsque des enfants et animaux sont présents. Toutefois pour le réalisateur, le plus difficile et éprouvant fut la reconstitution des séquences liées à la Première Guerre mondiale. Jean Becker ressentit également de l’empathie pour tous les figurants participants au projet et fit de son mieux pour les encourager.

Combien même certaines similitudes se constatent entre « Le Collier rouge » et la récente trilogie « Belle et Sébastien », comme la valorisation de la dévotion des chiens envers les humains, il ne faut pas mélanger les 2 histoires qui se distinguent bien. La première a une approche beaucoup plus sérieuse, dramatique et historique. La seconde s’adresse avant tout aux enfants.

Quoiqu’il en soit, « Le Collier rouge » plaira certainement étant donné que les œuvres cinématographiques du réalisateur se font toujours plus rares (normal qu’il freine son travail à presque 80 ans). Tout simplement aussi parce qu’au-delà de l’aspect historique, le romantisme du récit amène une très belle et noble plus-value.

Le Collier rouge
FR   –   2017   –   Drama
Réalisateur: Jean Becker
Acteur: François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck
JMH
21.03.2018 au cinéma

Le Collier rouge : le chien détenant toutes les réponses
4.0Note Finale