Il était une fois, très proche d’ici, à Yverdon, dans le canton de Vaud, un musée de la Science-Fiction, dénommée la Maison d’Ailleurs. Il était une fois, très proche d’ici, une nouvelle exposition, qui ouvrira ses portes le 10 décembre, ayant pour thème : Star Wars… Eh ! Non en fait, ce n’est pas si simple…


Dès le début de sa prise de parole, Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, mets l’accent sur le fait que « je suis ton père » n’est pas du tout une exposition sur Star Wars. Les fans purs et durs seront peut-être déçus, on ne trouvera pas le premier costume de Dark Vador, ni le caleçon porte-bonheur de Georges Lucas qu’il avait prêté à Harrison Ford lors de sa première scène… Car si l’exposition parle bel et bien de l’univers Star Wars, c’est sous un tout autre angle.

Ceci n’est pas une exposition sur Star Wars, mais sur un mythe moderne
Le but premier de l’exposition est de prendre la saga de la Guerre des étoiles comme un mythe moderne, parmi d’autres. Contrairement à ce qu’on peut croire, ces derniers ne sont pas enfouis en Grèce sous des mètres de terre depuis des siècles, mais continue d’exister au sein de notre société, dans la littérature, le cinéma et les autres arts. Ils prennent des formes diverses certes, revêtent d’autres costumes, mais n’en continue pas moins de se balader sur le trottoir d’en face, déguiser en Dark Vador, Gollum ou encore La Reine des Neiges.

Une vérité venue d’ailleurs
Ce qu’il y a de fascinant, lorsqu’on observe cet univers très très lointain qu’est Star Wars avec notre télescope Hubble d’appartement, c’est qu’on se rend vite compte qu’on est juste en train d’observer son salon, mais sous un angle nouveau. En effet, un des aspects premiers du mythe, c’est sa fonction symbolique, qui permet de parler du monde réel et actuel de façon détournée. Les éléments qui se retrouvent au sein des mythes modernes sont signifiants, ils révèlent des choses sur notre société. Ne nous méprisons pas, les Grecs eux-mêmes savaient que les récits mythiques n’étaient pas réels, cela ne les empêchaient pas de voir dans ses histoires des traces de vérités. Plus de 3000 ans plus tard, c’est ce que nous faisons encore, via les mythes modernes.

Qui est le père ?
Ainsi, si les mythes modernes se construisent sur des siècles de traditions, « Je suis ton père », avec son titre atypique, pose une question primordiale, celle de la paternité des mythes. En effet, qui se cache derrière le masque que constitue l’énigmatique phrase « Je suis ton père » ? Pour les fans de la saga, c’est évident, et on les entend déjà crier, « Dark Vador » derrière leurs écrans.

Pourtant, quand on cherche un peu, on se rend compte que Georges Lucas a copié telle quelle une réplique d’un film de piraterie des années 40. Rien de surprenant, puisqu’on parle ici de mythes modernes, et que ces derniers sont en perpétuels mutations, s’inspirant les uns des autres. Les pères de Star Wars, si l’on étend la réflexion dans le temps, ce sont donc aussi les mythes grecs, romains, et même égyptiens.

Mais si l’exposition prend en compte ce contexte historique, elle met l’accent sur les pères modernes de Star Wars, ces artistes contemporains qui se sont réapproprié cet univers pour en faire de l’art, leur art. La Maison d’Ailleurs expose 13 artistes, 13 pères, avec des approches singulières mais qui ont au moins un point commun : chacun utilise Star Wars comme matière première pour parler de sa vision du monde. Car, bien que fictif, l’influence de cette saga sur notre réalité n’est plus à prouver. Ainsi, Cédric Delsaux aime à raconter que la construction de l’immense tour Burj Khalifa aurait été inspiré aux architectes par le visionnement des gratte-ciels qui jalonnent la planète fictive de Coruscant dans Star Wars.

Dark Vador serait-il le père de Burj Khalifa ? Ne mettons pas le calife à la place du calife, mais cette anecdote digne d’un conte des Milles et Nuits, bien que racontée avec le sourire par son auteur, ne propose pas moins une perspective vertigineuse. Tout comme cette expo !

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