Le réalisateur britannique Ol Parker se réapproprie l’histoire de « Mamma Mia ! ». Vouloir raconter les jeunes années du personnage de Donna et notamment sa rencontre avec les trois pères potentiels de sa fille, le pari était risqué. Si ce second film remplit sa mission sur le plan feel good, pas sûr que les fans de « Mamma Mia ! » apprécient la tournure que prend le récit.


« Mamma Mia ! Here We Go Again », c’est indéniablement le bonheur de retrouver des personnages connus à l’écran dix ans plus tôt. La bonne humeur et l’ambiance enivrante auxquelles le premier film nous a habitué, façonnent également ce second long-métrage. C’est la magie d’ABBA ! Personne ne peut échapper à l’envie de se trémousser sur les tubes du légendaire groupe suédois ! Un public comme nostalgique d’une époque de paillettes.

Sorti en juillet 2018, « Mamma Mia ! Here We Go Again » s’impose à la fois comme une suite et un préquel, où de jeunes acteurs sont mis sous le feu des projecteurs. Coup dur pour les admirateurs de « Mamma Mia! », qui voient leurs héros relégués au second plan. Car pour raconter la jeune Donna Sheridan, dont le personnage est interprété par Meryl Streep dans le premier volet, c’est Lily James qui est choisie. Connue en 2015 pour son rôle de Cendrillon dans le film du même nom, l’actrice britannique brille par son dynamisme et reprend Donna avec fidélité et respect. Vêtue de salopettes bleues défraîchies le jour et d’un costume kitsch à paillettes la nuit, Lily James est parvenue à cerner la personnalité de ce personnage phare. Une performance d’ailleurs saluée par la Reine Meryl Streep en personne. Et dans ce second film, chacune des stars de « Mamma Mia ! » a le droit à sa version miniature.

Stop au suspense ! La première scène de « Mamma Mia ! Here We Go Again » lève le voile sur cette nouvelle intrigue en nous montrant Sophie (Amanda Seyfried), l’air triste, sur le point d’inaugurer l’hôtel « Villa Donna » en la mémoire de sa mère, décédée un an plus tôt… Pour faire plus court, Meryl Streep n’apparaît que dans les dix dernières minutes de ce deuxième film, juste le temps d’y interpréter la chanson probablement la plus émouvante, mais pour sûr la plus triste au vu de la tournure que prend l’histoire. Donna décédée ?! Une suite qui zappe presque Meryl Streep ?! Inconcevable pour ceux qui sont tombés amoureux de « Mamma Mia ! » à l’écran. N’y aurait-il pas fallu tout simplement renoncer, s’abstenir de vouloir à tout prix raconter la suite ? Ou alors ne se focaliser QUE sur les jeunes années de Donna ?

Car « Mamma Mia! » n’avait aucunement besoin d’une suite. La réalisatrice anglaise Phyllida Llyod était parvenue à recréer la magie du théâtre sur grand écran en 2008. Tout était dit, ce clap de fin suffisait a prolongé le rêve. Dix ans plus tard, le pari lancé par Ol Parker est risqué, osé même. De nouvelles chansons d’ABBA doivent coller à la base d’un récit déjà existant et les événements imaginés ne doivent surtout pas écorcher l’histoire qui a conquis le cœur du public de Broadway en 1999. Car oui, l’inconvénient pour un deuxième film, c’est d’être systématiquement comparé au premier. Et sur ce point, on ne peut pas nier les fausses notes du réalisateur Ol Parker, également scénariste de « Mamma Mia ! Here We Go Again ». Les incohérences temporelles sont trop nombreuses.

Tout d’abord, l’ordre dans lequel Donna fait la connaissance de ses amants est si l’on se réfère à « Mamma Mia ! ». Pour pinailler, avec la couleur des yeux de Lily James (bruns), comparés à ceux de Meryl Streep (verts), on ne parviendra pas à tromper les passionnés aussi facilement. De même, l’irruption inattendue d’un autre personnage, celui de Ruby Sheridan, mère de Donna que tout le monde pensait morte et adorait détester. Et bien non, car la voilà ! Et c’est l’icône de la chanson, Cher, qui lui redonne souffle. Telle une Diva qui s’improviserait soudain grand-mère pour Sophie, le personnage de Ruby débarque sur l’île de Kalokairi en hélicoptère, toute de blanc vêtue et lunettes sur le nez. Elle en devient attachante. Impossible de la détester. Et si ce rôle semble à première vue s’assimiler à l’idée que l’on peut se faire de la déesse de la pop, pas d’amalgame car il n’en est point. Prise par son show à Las Vegas dix ans auparavant, Cher avait grandement regretté de ne pas avoir pu participer au premier volet et incarner le rôle qu’on lui avait alors proposé. Probablement celui de Tanya (Christine Baranski). Une chance donc pour la chanteuse et actrice qui se fait une petite place dans cette comédie musicale.

Il semble également que la mise en scène a demandé davantage de figurants, si bien que l’on peine à retrouver le côté intimiste qui avait fait le charme de « Mamma Mia ! ». Mais « Mamma Mia ! Here We Go Again » pourra au moins se vanter d’être à l’origine des retrouvailles de choc entre Cher et Meryl Streep, deux grandes amies à la vie qui n’avaient en revanche pas tourné ensemble depuis « Le Mystère Silkwood » en 1983. A nouveau, petit hic quant à l’âge qui sépare les deux actrices : Cher a tout juste trois ans d’écart avec sa fille de fiction… On scandera la magie du cinéma !

Précieux conseil donc pour les inconditionnels de « Mamma Mia! » : appréhendez ce feel good movie comme s’il était à part, appréciez-en l’énergie débordante et laissez-vous entraîner dans la danse comme vous avez su le faire dix ans plus tôt ! Mais ne considérez pas qu’il s’agit d’une suite, car vous pourriez être déçus par la tournure que prend l’histoire…

Mamma Mia: Here we go again!
USA – 2018 – Musical
Réalisateur: Ol Parker
Acteur: Meryl Streep, Amanda Seyfried, Pierce Brosnan
Universal Pictures

"Mamma Mia ! Here We Go Again" : les retrouvailles 10 ans plus tard !
4.0Note Finale

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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