Très remarqué à Cannes, Ava à été présenté cette année au Nifff, à l’Open-Air et dans la salle bondée du Temple du Bas. Le film raconte la fuite en avant d’une ado qui perd progressivement et irrémédiablement la vue, sur fond d’ennui de vacances estivales.


À la veille de son départ en vacances, alors qu’elle n’a que 13 ans, Ava reçoit un lourd diagnostic : elle a un début de cécité qui va devenir totale en l’espace de quelques semaines. Paradoxalement, au moment de l’année où les jours sont les plus longs, sa vision nocturne va diminuer. L’angoisse de cette cécité annoncée va la talonner et guider ses actes. Dans la petite ville balnéaire où elle doit séjourner pendant deux semaines en compagnie de sa mère et de sa petite sœur, elle rencontre Juan, qui sera le sel de sa mer d’ennui.

Les films sur la cécité donnent souvent l’occasion de créer des subtilités de scénario, d’effets visuels ou expressions plastiques intéressantes. À noter qu’au NIFFF, cette année, au moins deux autres films traitaient cette thématique. Goran, est un film croate qui décrit avec un humour grinçant, la montée d’une violence jalouse autour d’un personnage féminin qui en ignore tout, à cause de sa cécité. Il y avait également Mon Ange, qui jouait sur divers effets plastiques tels que la caméra subjective ou le flou, poussant la volonté de réalisme jusqu’à traduire les clignements de paupières.

Dans Ava, le phénomène est traité de manière tout à fait plate et parfois même maladroitement. Il y a bien sûr quelques plans qui utilisent une mise au point centrale en laissant les éléments du deuxième plan flous ; utilisation trop inconstante pour être porteuse de sens et qui, finalement, est un mode de mise au point assez répandue. Mis à part quelques effets optiques, la diminution de la vision nocturne est démontrée par les faits et gestes d’Ava dans des scènes aussi maladroitement amenées que jouées. Par exemple, lorsque Juan et Ava font cuire des patates sur un feu de camp, elle ne voit pas celle qu’il lui tend, alors même qu’il vient de la faire passer devant la source lumineuse du feu.

À ces symptômes extérieurs, démontrés dans de nombreuses scènes du film, va s’ajouter son angoisse personnelle. Celle-ci s’exprime surtout par les cercles noirs qu’elle dessine sur sa porte, des passages de son journal intime lus en voix off, et des scènes oniriques de cauchemars où le symbole de l’œil est omniprésent. Sinon, on devine une allusion symbolique par des objets noirs qui apparaissent dans le film de manière récurrente ; le chien noir de Juan, le compagnon à la peau sombre de sa mère, les chevaux noirs de la police montée… Ces derniers, sont comparés aux Hazgul du Seigneur des Anneaux, probable allusion à la montée du fascisme dans la société actuelle.

Dans l’ensemble, le récit se borne à nous faire subir tout l’ennui d’une petite ville balnéaire où il ne se passe pas grand-chose, en compagnie d’ados boudeurs et inintéressants. Sur le mode d’un road-movie qui rappelle une sorte de Pierrot Le Fou du pauvre, on suit les errances passablement creuses d’Ava, tout en subissant la lecture de son journal en voix off. Passages qui traduisent assez bien le dramatisme un peu ridicule dont est capable une adolescente en berne, sans parvenir à émouvoir. La mère qui se dit catastrophée par le futur handicap de sa fille, notamment dans une scène de pleurs pathétiques au début du film, semble plus obnubilée par ses amours qu’empressée à passer du temps avec Ava. Mais peut-être n’est-ce qu’un élément de plus pour souligner lourdement l’exclusion du monde que subit l’adolescente.

Le scénario est aussi peu captivant que convaincant : n’y a-t-il pas un suivi prévu pour ce genre de cas avant la cécité totale ? Une mère agirait-elle ainsi face à une telle situation ? Etc La question de la cécité et du passage à l’âge adulte aurait pu être intéressante dans le développement de chaque thématique ou en tant que représentation métaphorique, mais finalement l’idylle adolescente avec Juan nous en détourne et prend toute la place. Quant au jeu des jeunes acteurs, leur amateurisme et leur bouderie permanente sont passablement fastidieux.

Restent quelques sursaut de fantaisie et de folie, le jeu plus dynamique de la mère et le réalisme de ces amours de jeunesse décrits dans tout ce qu’ils peuvent avoir de plat ou d’excitant.

L’interview de la réalisatrice est disponible ici

Ava
FR   –   2016   –   105 Min.   –   Comedy
Réalisateur: Léa Mysius
Acteur: Noée Abita, Laure Calamy, Juan Cano
Praesens Film
16.08.2017 au cinéma

L'Open air cinéma du NIFFF reçoit "Ava" de Léa Mysius
1.5Note Finale

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