Les attaques de paupières se multiplient, la saturation d’images se fait sentir, mais la passion est toujours fidèle au poste et c’est euphoriques que nous entamons ce troisième jour de festival.

Notre joie sera très vite rincée par la déception provoquée à la vision du dernier film de Dante Lam, « That Demon Within ». Censé signer son retour en force avec un Nick Cheung habité par son rôle, le film enchaîne les maladresses de script, les répétitions et les scènes d’émotion qui verse souvent dans le ridicule chez le réalisateur, à l’image de la dernière scène du film. Lam se fait pourtant plaisir avec quelques saillies gores et un climax explosif, mais ça ne suffit absolument pas pour convaincre.

L’Indonésie est à l’honneur avec « Killers » des frères Mo, proches collaborateurs de Gareth Evans, par ailleurs producteur de leur film. Le film narre le destin d’un tueur en série japonais et d’un journaliste indonésien qui finiront par rentrer en contact par le biais d’internet. Le long-métrage n’évite pas quelques maladresses (le premier meurtre du journaliste est mal amené, les effets spéciaux approximatifs lors du climax) ni une durée exagérée (2h15 !), mais l’interprétation des deux acteurs principaux, l’utilisation de la musique ou certains passages bien déviants finissent d’en faire un film fascinant.

L’occasion d’enchaîner sur le gargantuesque « The Raid 2 : Borendal » du susnommé Gareth Evans. Le film est « plastiquement » à couper le souffle (on pense parfois au travail de Nicolas Winding Refn) et techniquement impeccable, notamment grâce à ses plans-séquences qui relèvent parfois du jamais vu. Véritable bombe à retardement, le film ne fait qu’enchaîner les montées en puissance lors de ses différentes scènes d’action. Scènes qui sont légion dans ce film de 2h30, quitte à rallonger parfois la narration inutilement, dans le simple but d’en mettre plein les yeux. Pour l’amateur en manque de cinéma d’action qui fait mal « The Raid 2 » est une véritable bénédiction, amené à devenir culte en dépit d’une ambition démesurée et parfois maladroitement canalisée.

L’histoire d’amour/haine narrée dans « Alléluia » de Fabrice DuWelz relevait plus du délire autiste de son auteur, à priori fasciné par « Honeymoon Killers » de Leonard Kastle puisqu’il en livre un quasi remake. En moins réussi cependant, le film peinant à maintenir l’attention du spectateur au cours de ses quatre chapitres qui répètent tous le même schéma. Mention spéciale à l’interprétation hallucinante de Lola Duenas, effrayante en amoureuse transie.

La soirée se terminait sur l’hilarant « Discopathe » de Renaud Gaultier, pur film de festival à prendre au centième degré qui rappelle l’excellente série « Le Cœur A Ses Raisons » dans sa capacité à ne jamais se prendre au sérieux, quitte à perdre une partie du public en route à force d’enchaîner les incohérences (volontaires), les effets spéciaux de bas étage et les interprétations catastrophiques des acteurs. Qu’importe, nous avons ri à gorge déployée, et c’est tout ce qu’il nous fallait pour conclure ce troisième jour.

Tous nos espoirs de voir le cinéma italien renaître de ses cendres étaient placés dans « La Santa » de Cosimo Alemà. Malheureusement, après un magnifique premier tiers introduisant les personnages, le film s’enlise dans des dialogues pompeux et inintéressants. Le début présageait un film rappelant l’ambiance de « Sans Retour » de Walter Hill, véritable référence du survival. Las, rien ne viendra relever la barre avant un final ridicule en plus d’être incohérent.

« Blind » d’Eskil Vogt nous propose de suivre le destin d’une femme écrivain aveugle qui s’enferme dans sa propre fiction. La manière dont la réalité se mélange à la fiction est exemplaire mais arrive de manière bien trop épisodique, le reste du film fatigue le spectateur via une voix off omniprésente et une esthétique Ikea pas toujours de bon goût.

« Puzzle » de Eisuke Naito nous propose de suivre une histoire d’amour tordue sur fond de jeux de tortures de prof d’écoles. C’est un peu long, mais rigolo et même touchant dans un final au lyrisme gore bienvenu. « Controra » de Rossella De Venuto raconte une énième histoire de maison hantée malheureusement trop peu originale pour se démarquer des autres exemples du genre. Cette petite journée se terminait sur « Girl’s Blood » de Koichi Sakamoto. Le « Girl’s Blood », c’est un groupe de femmes qui se battent dans une cage pour le plus grand plaisir du public. Un jour, une nouvelle recrue va venir chambouler l’une des participantes qui laissera libre cours à ses pulsions lesbiennes. Interminable tunnel de dialogues de 2h, le film n’est jamais généreux, jamais drôle et très mal filmé lors de ses différentes séquences d’action. Peut-être l’expérience la plus pénible du festival.

Le cinquième jour commençait avec le néo-zélandais « Housebound » de Gerard Johnstone. Encore un film de maison hantée mais nettement plus abouti que « Controra » dont nous parlions précédemment. En jouant constamment sur un second degré bienvenu, le réalisateur arrive à maintenir l’intérêt du spectateur pour l’histoire de Kylie, qui, après un braquage est forcée de retourner vivre chez sa mère. C’est dans la demeure familiale que Kylie découvrira que les fantômes ne sont peut-être pas une chimère. Le film est très classique mais se laisse suivre avec plaisir même s’il ne révolutionne jamais les codes du genre. L’anthologie de courts-métrages « Short Peace » est d’un tout autre niveau, sûrement l’un des plus beaux films de cette édition. Véritable déclaration d’amour à tout un pan de la culture japonaise, ces quatre courts animés se hissent sans peine au niveau de l’indétrônable « Memories » sur lequel officiait déjà Katshuiro Otomo.

La journée se prolongeait de fort belle manière avec le documentaire « Beyond Clueless ». Grâce à un montage pertinent et à l’utilisation judicieuse de la musique, Charlie Lyne réussi à émouvoir. Pas moins de 200 films différents sont évoqués durant ce documentaire passionnant qui redonne ses lettres de noblesses au genre du teen-movie encore beaucoup trop sous-estimé et snobé à l’heure actuelle. Un bijou indispensable. Tout le contraire de « The Harvest » de John McNaughton, lénifiante histoire d’enfant malade dont la mère à moitié folle serait prête à tout pour sauver sa vie. Sur un rythme soporifique, l’histoire aboutit à un twist totalement prévisible sur lequel tout le film reposait. Et comme un twist ne fait pas un film, « The Harvest » est condamné à sombrer dans les limbes de l’oubli. Voir les quatre premiers épisodes de « Space Dandy » du papa de « Cowboy Bebop » sur grand écran a fait office d’électrochoc, tant la folie du monsieur semble n’avoir aucune limite, particulièrement lors d’un épisode hommage à George A. Romero. Hilarant du début à la fin, visuellement osé et ébouriffant, on n’attend qu’une chose : voir la suite.

Nous terminions ce cinquième jour sur « Wolfcop » de Lowell Dean, gros nanar sans queue ni tête qui aura eu le mérite de mettre la salle en transe grâce à son flic lycanthrope nommé … Lou Garou. Une bonne manière de terminer la journée en somme, même si le film n’a d’intérêt qu’en festival.


Coup de cœur : Beyond Clueless

Coup de gueule : Girl’s Blood

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