Point Break

Cette année, le réalisateur Ericson Core propose sur grand écran un des films les plus appréciés des années 90. Ce remake comblera-t-il les attentes, entre fans de l’original qui ne comprennent pas bien l’utilité d’un remake et ados n’ayant pas vu l’original ?


Le premier opus datant de 1991 montrait déjà de grands progrès cinématographiques pour l’époque. En effet, mettre en scène des acteurs et sportifs dans des conditions météorologiques difficiles demandait un certain effort de la part du scénariste et de la réalisatrice Kathryn Bigelow. Le remake que propose Ericson Core permet non seulement de replonger dans cet univers de l’extrême mais aussi de parcourir une étendue de paysages bien mis en valeur.

« Point Break » raconte ainsi l’histoire de Johnny Utha, ancien sportif de moto-cross qui perdit son meilleur ami lors d’une cascade peu préparée. Suite à ce décès, il décide de se reconvertir et entre au FBI. Il est vu par ses supérieurs comme un des meilleures du centre, et, pour améliorer sa formation, se voit offrir une mission sur le terrain, qui consiste à retrouver des braqueurs surentraînés utilisant leurs aptitudes extraordinaires pour exécuter leurs vols.

Deux points de vue s’installent : l’intrigue principale du film concernant Johnny devant mener sa mission à bien et celui des braqueurs. Ces derniers, en réalité ne commettent pas des actes illégaux pour leur propre profit, mais pour « rendre à la nature ce qu’ils lui ont pris », comme ils l’expriment très clairement durant tout le film. Ainsi, le spectateur est plongé dans un univers très différent des simples films d’actions, dans lesquelles les « méchants » recherchent un but différents de la simple conquête de New-York ou de l’anéantissement de la planète.

Point Break

Les causes que Bodhi et son groupe défendent sont principalement que la nature soit respectée par les hommes. Ils décident de réaliser le 8 d’Ozaki. Ce parcours représente la consécration des sportifs d’élites. En effet, les disciplines qui sont présentes dans ces défis, demandent des efforts considérables, ce qui dans la vie réelle demanderait plus de 60 ans de pratiques d’une même activité. Ces derniers allient entre autres de l’escalade sans protection, du surf sur une mer agitée, du snowboard au sommet des plus hautes cimes ou encore du saut en parachute. L’accomplissement de ces 8 défis, tout en sachant que le dernier reste un mystère même pour celui qui l’a inventé, permettrait au sportif d’être en communion totale avec la nature et de se sentir vivant au travers d’elle. Johnny Utha sera donc poussé à infiltrer le groupe de Bodhi afin de devenir l’un d’eux pour mieux les connaître et les faire tomber aux mains des autorités.

Le scénario repose donc sur des idées nouvelles, en effet, bien que l’intrigue concernant Johnny soit clichée : « le gentil agent du FBI doit  attraper le méchant », le film souhaite soulever grâce à son intéressante réalisation une vision neuve du film original. Les effets spéciaux permettent non seulement de rendre à l’image une meilleure disposition des couleurs et ainsi de montrer au spectateur l’immensité et la splendeur de la nature, mais permettent aussi de renforcer l’intrigue.

ll est intéressant de se demander quels sont réellement les points qui permettent de différencier les deux versions cinématographiques. En effet, bien que les deux films se complètent, ils abordent l’intrigue de manière différente.

Tout d’abord, dans l’opus de 1991, le réalisateur a décidé de se focaliser particulièrement sur l’énonciation des 8 défis d’Ozaki, ce dernier énonce précisément la présentation des « plans » créés par les protagonistes, alors qu’au contraire, dans la version de 2015, Ericson Core trouve plus intéressant de se concentrer sur les actions des comédiens. Ainsi, cette vision laisse notamment aux acteurs un grand espace de jeu exprimant au spectateur leur réel but dans le film.

Les protagonistes sont aussi présentés différemment entre les deux films. Il est vrai que la nouvelle version utilise la présence du FBI pour créer le lien entre cette centrale gouvernementale et les héros, tandis que dans la version de 1991, les personnages se présentent seuls par leur présence à l’image dès les dix premières minutes du film. Le spectateur remarque donc les parties différentes et importantes que les réalisateurs souhaitent mettre en avant. L’interprétation est libre à chaque public.

Point Break

Le nouveau film d’Ericson Core représente aussi une grande part de construction en relation aux défis d’Ozaki. Il est vrai que souvent dans le film, les protagonistes voient se réaliser ou échouer leurs défis. Le film pourrait être vu comme un hommage ou une ode à ces derniers, alors que dans l’ancien opus, la place que prennent ceux-ci n’est pas centrale. En effet, le réalisateur a préféré que ces acteurs puissent réaliser uniquement une partie du 8. Ainsi, le spectateur se voit donc confronté à une nouvelle vision cinématographique remettant en cause l’essence même du film proposé par Core. Les deux versions de « Point Break » s’inscrivent donc dans deux générations qui sont totalement différentes en ayant des enjeux dissemblables. En effet, le public de 1991 aurait été plus intéressé à comprendre le mécanisme choisi par les malfrats lors de l’exécution de leurs actions alors qu’au contraire, le public de 2015 se focaliserait davantage sur les effets spéciaux et la difficulté des protagonistes à mener à bien leur mission.

De plus, lorsque que l’on analyse précisément certains éléments de l’intrigue, certaines scènes divergent entre les deux œuvres. Tout d’abord, dans le premier opus, la première intervention des malfaiteurs est mise en place par un attaque dans une banque, le spectateur se trouve face à une bande de « méchants » qui souhaitent simplement voler pour leur propre satisfaction, les protagonistes présents sont montrés comme de simples princes du crime.

Le « Point Break » de 2015, propose tout de suite une approche spirituelle plus importante. En effet, les bandits ne doivent pas simplement voler une bijouterie mais doivent aussi rentabiliser leurs crimes, en partageant leurs gains soit pour les communautés défavorisées soit comme un tribut offert à la terre, la remerciant ainsi pour ses bienfaits.

Point Break

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Les deux réalisateurs souhaitent donc évoquer deux visions qui, comme dit précédemment, s’ancrent selon les situations sociales d’époque différentes. En effet, bien que « Point Break » reste un divertissement, le film tente de faire raisonner le spectateur en le poussant à s’interroger sur des questions incluant le phénomène de pauvreté et de l’écologie. Core utilise donc le propos d’un film d’action, notamment grâce aux défis d’Ozaki, pour montrer à un jeune public l’étendue et l’importance des problèmes sociaux actuels. A contrario, le film de 1991 ne se veut pas dénonciateur et ne souhaite pas dénoncer la société des années 90. Il existe donc une grande différence en ce qui concerne le message que souhaite transmettre les deux films.

Ainsi, « Point Break » n’est pas uniquement un simple remake d’un premier opus, mais peut être considéré comme un film à part entière. Celui-ci peut non seulement plaire à la génération 90, mais aussi à une communauté plus jeune. Il est difficile pour un réalisateur de recréer une œuvre issue d’un premier film, car il est très facile de tomber dans la caricature ou le réchauffé. Cependant, par cette adaptation, Ericson Core nous prouve le contraire : il est tout à fait possible de proposer une nouvelle version d’un film à succès sans tomber dans un simple copier-coller de l’original. Un pari réussi pour le réalisateur qui souhaitait donner une nouvelle jeunesse à « Point Break ».

Point Break

Point Break
D’Ericson Core
Avec Édgar Ramírez, Luke Bracey, Ray Winstone
Ascot Elite

"Point Break" : remake utile ?
3.0Note Finale