Rêves d’or (La Jaula de Oro)

Rêves d’or (La Jaula de Oro)


Lauréat du prix Un certain talent de la sélection Un certain regard à Cannes en 2013, « Rêves d’Or » permet de découvrir un « jeune » réalisateur plein de talent.


Dès l’ouverture, la caméra colle à la peau des protagonistes. Nous sommes embarqués dans la vie de deux jeunes adolescents guatémaltèques. On les suit de dos, de face dans les ruelles tortueuses de leur bidonville. Juan assemble ses maigres affaires pour un périple qui changera sa vie. Sara se coupera les cheveux, se bandera les seins pour devenir homme. Ils tentent le tout pour le tout pour gagner les Etats-Unis. Ils sont pleins d’espoir, encore légers, innocents et avides de trouver une nouvelle vie dans le pays de l’Oncle Sam. Chauk, jeune indien mexicain les rejoindra au cours du voyage.

Deux garçons, une fille : la jalousie, l’amour amènera des tensions mais la solidarité permettra de les transformer. Ce voyage, tel un rite initiatique, les confronte à un monde de violence pour une terre promise, pleine d’espoir. Ils embarquent sur des trains de marchandises, et sont confrontés à la dure réalité de migrants clandestins. Ils deviendront des victimes à la merci de gangs, de cartels, de policiers corrompus et pour finir de milice américaine. La solitude et la fragilité des adolescents sont de plus en plus visibles et sont pris dans une spirale infernale qu’ils ne contrôlent pas. On reprend son souffle grâce à des scènes plus légères, théâtre de rue, de fête, de complicité, d’intimité entre les trois jeunes.

Malgré l’accumulation de drames, « Rêves d’or » ne tombe pas dans l’écueil du mélodrame grâce à une réalisation rigoureuse. Le film de Quemada-Diez est au croisement du documentaire et de la fiction ; il tourne caméra à l’épaule en Super 16. Le ton est tendu et efficace. Le spectateur est placé au même niveau des migrants dont l’histoire adopte le point de vue. Malgré l’exaltation de franchir la frontière, les hommes du sud deviennent les esclaves des occidentaux, que l’on refuse de voir dans la ville.

Premier film en tant que réalisateur de Diego Quemada-Díez qui s’inspire de témoignages de migrants qu’il a recueilli le long des voies ferrées pendant plus de dix ans. Ce mélange fiction / réalité, ce cinéma réalité, fait de « Rêves d’or » un film d’une force étonnante. Ses années de formation en tant qu’opérateur caméra pour des cinéastes aussi prestigieux que Ken Loach, Fernando Meirelles, Alejandro Gonzalez Iñárritu, Tony Scott, Oliver Stone ou Spike Lee font de Quemada-Díez un cinéaste rigoureux et sensible. Après un casting géant organisé dans les quartiers pauvres de la capitale guatémaltèque, le réalisateur s’est appliqué à dénicher des jeunes qui suscitent l’empathie. La qualité de jeux des acteurs participe à la dramaturgie de ce road-movie avec ses obstacles, ses rencontres multiples et ses scènes-climax propres à entretenir l’intensité d’un vrai film d’aventure. Comme le précise Quemada-Diez «on apprend beaucoup le long du chemin. Ici, nous sommes tous frères. Nous avons tous les mêmes besoins. L’important, c’est que nous apprenions à partager.

C’est seulement comme ça que nous pouvons avancer, que nous pouvons atteindre notre destination, seul un peuple uni peut survivre. En tant qu’êtres humains, nous ne sommes clandestins nulle part sur cette planète».

Lauréat du prix Un certain talent de la sélection Un certain regard à Cannes en 2013, « Rêves d’Or » permet de découvrir un « jeune » réalisateur plein de talent. A voir de toute urgence !

Rêves d’or (La Jaula de Oro)
De Diego Quemada-Díez
Avec Rodolfo Dominguez, Brandon Lopez
20th Century Fox