Ancien soldat, Aiman travaille maintenant dans un pénitencier. Pour une raison inconnue du spectateur, il nourrit une fascination étrange pour le couloir de la mort de son lieu de travail et pour le vieux bourreau qui y règne depuis trente ans. Aiman œuvre de telle sorte à passer sous son aile et à devenir son apprenti.


Célébré par une standing ovation à Cannes, le troisième long-métrage de Boo Junfeng décrocha également le Grand Prix du Festival International des Films de Fribourg en 2017. Cette année, le réalisateur revient, invité par le festival pour faire partie du jury, et c’est dans ce cadre-là que son film sur la peine de mort est offert à nouveau au public fribourgeois.

Par l’éclectisme riche en surprises qui caractérise le FIFF, on sera surpris de voir un film aussi consensuel, en dépit de son sujet polémique s’il en est, repartir avec la distinction suprême. C’est toutefois révélateur de la manière dont se forment les verdicts au sein d’un jury : on aura tendance à privilégier le film du consensus, du compromis, plutôt que d’opter pour un film plus radical, trop prompt à diviser les avis.

En effet, Apprentice, par sa maîtrise formelle, visible dans le travail sur l’ambiance sonore, toute en cliquetis de métal et grincements de porte, et dans le soin accordé aux jeux de lumière, occasionnellement excessif jusqu’à perdre en visibilité, paraît moins exotique que d’autres candidats retenus dans la sélection officielle de son année. Parvenant dans la foulée à conserver une certaine sobriété appropriée compte tenu du sujet, l’esthétique du film est peu ou prou au-dessus de toute critique. Mais c’est au niveau des dialogues et de l’écriture des personnages que le bât blesse.

La frontière est fine entre une banalité désirée dans un souci de réalisme, et une banalité résolument fictionnelle et ennuyeuse. Apprentice flirte trop avec la deuxième catégorie, la relation entre le personnage principal et sa sœur est par exemple à ce point vaine qu’on est capable d’ignorer, ou d’oublier, les rapports fraternels qui les lient pour les considérer comme de simples colocataires. La scène où des autocollants Popeye les renvoie à des souvenirs d’enfance tombe dès lors dans un pathos artificiel et embarrassant. Les motivations du personnage principal sont confuses – cherche-t-il en fait, en prenant la place du bourreau qui a tué son père, à le tuer une seconde fois, dans une lecture freudienne aussi creuse que le qualificatif le suggère ? et le personnage du bourreau relève d’un cliché qu’on croirait tiré d’une rédaction de collégien.

D’une manière un peu forcée, la gravité du sujet épargne évidemment au film une sentence trop lourde, et on reconnaîtra que les deux scènes d’exécution dégagent une puissance capable de justifier à elle seule le visionnage de Apprentice. Avec le recul, on trouve toutefois que c’est un peu court, jeune homme, et qu’il aurait été bienvenu de la part de Boo Junfeng, pour porter son film, de moins s’appuyer sur la lourdeur de son propos.

Apprentice
Singapour, Hong Kong, Qatar, Allemagne, France – 2016 – Drame
Réalisateur: Boo Junfeng
Avec
Wan Hanafi Su, Mastura Ahmad
Clover Films, Golden Village Pictures

[FIFF2018] Apprentice : quelles études pour devenir bourreau ?
2.5Note Finale