Ahhh, le NIFFF. Chaque année, on le dit, et chaque année, c’est vrai : la programmation ne va qu’en s’améliorant, et rarement aura-t-on vu un festival de genre prendre une telle ampleur internationale sans jamais compromettre une prog ultra pointue.


John Carpenter

John Carpenter

Le grand événement de cette année, c’est bien sûr la venue du mythique John Carpenter, qui jouera ce mardi 05/07 au Temple du Bas une sélection de ses œuvres musicales pour un concert exceptionnel, et qui a fait l’honneur au festival de choisir 19 de ses films à présenter (entre autres, les méga classiques « Halloween » et « The Thing », mais aussi le plus récent « The Ward »). On notera aussi deux nouvelles catégories (« Amazing Switzerland », consacrée au cinéma suisse – qui l’eut cru – et « El Dorado », à l’Amérique du Sud) qui viennent rejoindre la compétition internationale, les Films du troisième type, les Ultra Movies, les documentaires Histoire du Genre, la Carte Blanche (cette année confiée à Darius Rochebin), le cinéma asiatique et les court-métrages, rien que ça.

Avec une telle variété de films (102 longs métrages et 29 courts), inutile de préciser qu’on ne réussira pas à tout voir – et pourtant, on aimerait bien – mais comme chaque année, on vous présentera ici un petit résumé d’une partie des films vus – l’intégralité des films vus par toute l’équipe se trouve ici (insérer lien vers la grille), avec des notes en prime. Sans plus tarder, le premier weekend, avec du sang, des considérations sur l’adolescence, « Halloween » et même Prince. C’est parti !

L’auteure de cet article admettra volontiers s’être faite avoir par les horaires des films du vendredi, et n’a ainsi pu assister qu’à une seule projection, mais quelle projection ! Cette année, le NIFFF a glissé deux clins d’œil musicaux dans leur programmation en open air, avec pour commencer « Purple Rain », la semi-autobiographie ultra-romancée de Prince, puis plus tard dans la semaine « The Man Who Fell To Earth » (« L’Homme qui venait d’ailleurs » en VF), avec David Bowie. Et le cadre magnifique des Jeunes-Rives et le temps parfait auraient presque su effacer le kitsch assumé du cultissime « Purple Rain », qui, s’il est plus qu’appréciable (Prince sur grand écran !) reste toutefois un simple divertissement, et pas vraiment un grand film. Les fameux soucis de timing nous empêcheront de voir « Pride & Prejudice & Zombies » mais n’ayez crainte, on compte bien le rattraper plus tard dans la semaine !

Girl Asleep de Rosemary Myers

Girl Asleep de Rosemary Myers

Le samedi commence fort avec « Girl Asleep », dont les thèmes explorant les relations amicales, familiales et amoureuses d’une jeune fille de 15 ans et la cinématographie (justement) comparée à Wes Anderson peuvent créer la confusion au vu de sa programmation à un festival de film de genre. Et bien, film de genre il est, et un très bon film de genre, même. Dès les premiers plans, on ressent un respect profond de la réalisatrice pour son art et pour son public, jamais pris pour plus bête qu’il ne l’est. C’est grâce à ce respect et une honnêteté pure que le thème – parfois bateau – de l’adolescence devient une expérience émouvante et visuellement époustouflante. Le genre de films qui mérite un deuxième visionnage et mille compliments.

Pas de risque de casser l’ambiance en tombant sur un navet avec la valeur sûre qu’est « Halloween ». On réfutera les déclarations clamant qu’il n’a « pas pris une ride » (les effets spéciaux, mon dieu, les effets spéciaux), mais il reste un film exceptionnel ayant pavé le chemin de nombreux, nombreux films après lui. Les fondations d’un genre, la peur à l’état pur, une B.O. mythique et les débuts à l’écran de Jamie Lee Curtis ; du grand Carpenter !

L’annulation de « Raw » – qu’on attendait avec impatience et qu’on verra quand même lors de sa sortie en salle – a chamboulé le programme de ce premier samedi, et nous fera manquer « Bitcoin Heist », mais « Baskin » nous fera bien vite oublier la déception. La Turquie n’étant pas un pays produisant de nos jours des masses de films de genre, encore moins d’horreur, la surprise était encore plus totale quand s’est dévoilé un film bourré de référence et bien trop beau pour un premier long-métrage. On lève notre chapeau à son réalisateur, et on apprécie la photographie giallesque et les effets spéciaux terrifiants : rares sont les films sachant mettre le spectateur si sincèrement mal à l’aise, et alors qu’on pensait avoir tout vu en 2016, il est rassurant de voir que ce n’est pas le cas ! Il y a tout un tas de choses à dire sur cet OVNI, mais soyez sans craintes, on en parlera dans notre traditionnelle review vidéo des moments forts du festival.

The Alchemist’s Cookbook

The Alchemist’s Cookbook

Le dimanche commence très, très lentement avec « The Alchemist’s Cookbook », un film maîtrisé de bout en bout mais qui pose la question de l’intention du réalisateur : la tension monte, monte, monte, et n’explose jamais, et si le film reste un bon moment (les deux seuls personnages étant heureusement très sympathiques), sa lenteur aura fait fuir bon nombre de spectateurs pendant la séance.

« A Conspiracy Of Faith », une coproduction dano-allemano-suédo-norvégienne, excelle dans son genre, mais fait exactement ce qu’on en attend, ce qui est regrettable étant donné l’excellence visuelle et rythmique du film présenté : du grand thriller nordique, mais qui reste malheureusement sur les sentiers battus du genre. On attendait un peu plus de prise de risques.

On enchaîne directement avec « Creative Control », filmé en noir et blanc (à l’exception des séquences de réalité augmentée, on y reviendra) et qui aura mérité la comparaison d’un de nos journalistes avec « 99 Francs » : auto-congratulatoire au possible, il balance de grandes idées creuses (« le capitalisme, c’est mal », « le consumérisme est inéluctable ») sans jamais essayer de résoudre ces problématiques, martèle ses principes bien trop répétitivement (en méprisant son public, en plus) et se complaît dans un cynisme blasant et, pire, déjà-vu. Il reste visuellement intéressant (notamment la réalité augmentée mentionnée plus haut, qui amène un contraste bienvenu et de très jolis plans), mais aurait certainement été plus apprécié en tant que court-métrage. Décevant.

Trash Fire

Trash Fire

La journée se termine avec « Trash Fire », qu’on attendait avec impatience après « Excision » (remarqué au NIFFF 2012). Verdict : le film est divertissant, mais part dans tous les sens, et c’est regrettable. Trop d’idées, trop de tentatives d’humour, trop de creux dans le rythme, et pas assez de développement des personnages créent un combo malheureusement oubliable, le film n’ayant pas réussi à créer des personnages attachants (malgré des acteurs plutôt compétents et faisant de leur mieux). La réalisation est, sans surprise, très bonne, et c’est peut-être là que cette œuvre pêche : à trop se concentrer sur ses dialogues, Yates a oublié que c’était là que résidait sa force.

Le weekend est déjà terminé, et ce n’est pourtant que le début ; à demain pour le début de la semaine !

[Jillian Blandenier]

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