Le dernier long-métrage du réalisateur de « The Imitation Game », prend la voie de la facilité et nous embarque dans une expédition fleur bleue, remplie de clichés et de concepts qui étaient bien mieux développés dans « Wall-E ».


L’Avalon, un vaisseau spatial transportant 5’000 personnes à destination d’une planète à coloniser, rencontre quelques problèmes avec ses chambres d’hibernation. Ce dysfonctionnement a pour résultat que deux des passagers, Jim Preston (Chris Pratt) et Aurora Lane (Jennifer Lawrence), sont réveillés 90 ans avant l’heure prévue. Alors qu’ils prennent conscience qu’ils n’ont aucun moyen de se replonger dans un sommeil qui préserverait leur corps jusqu’à atteindre leur destination, ils s’aperçoivent également que la navette se trouve dans un état critique et que sans leur intervention, le voyage et la vie de tous les passagers, pourraient prendre fin dans un futur proche.

Alors qu’en 2014, Morten Tyldum était applaudi pour son drame « The Imitation Game », mettant en scène le célèbre Alan Turing (Benedict Cumberbatch) durant la Deuxième Guerre Mondiale, aujourd’hui, le réalisateur nous propose « Passengers », un film de SF doté d’un scénario cherchant aussi à exploiter les émotions du spectateur, mais cette fois, avec moins d’intensité et de manière moins creusée. Tous deux ont en commun le fait que le héros est en proie à une lutte intérieure entre ses désirs profonds et la culpabilité des conséquences que cela engendrerait s’il y cédait. Soit un thème intéressant, merveilleusement bien traité dans son précédent long-métrage de 2014, qui s’évertue à sensibiliser le public à se montrer tolérant vis-à-vis des individus transgressant les normes, capables de révolutionner le monde, et décemment dans cette science-fiction, cherchant, de son côté, à souligner que l’Homme est un être sociable.

Les premières séquences avec Jim, interprété très justement par Chris Pratt, dévoilent que tout individu pourvu d’une conscience, d’empathie et de capacité à réfléchir, peut s’adonner à n’importe quelle expérience ou activités amusantes, mais qu’à long terme, elles finissent par devenir fades, si elles ne peuvent être partagées avec quelqu’un d’autre. Le long-métrage met bien en place ce climat de solitude et de désespoir, et va dans le sens de cette philosophie par laquelle se concluait le film « Into the Wild », c’est-à-dire, que « le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ». Tout comme le robot Wall-E avait besoin d’Eve dans le film d’animation « Wall-E » pour donner du sens à son existence et la rendre moins aliénante, Jim a besoin d’Aurora.

Avec une histoire focalisée uniquement sur deux personnages et la prémisse que l’Homme ne peut vivre pleinement s’il est seul, il fallait impérativement qu’il y ait une forte alchimie entre les deux acteurs. Individuellement, Lawrence et Pratt fournissent un bon travail, ils comprennent le sens de chaque scène et répondent à nos attentes. Cependant, en couple, ils arrivent moins à nous convaincre, et ce, non pas à cause d’une faille dans leur interprétation, mais à cause du scénario. Coincés l’un avec l’autre sur cette navette, il est raisonnable de croire que de par leur physique avantageux et le fait de savoir qu’ils passeront les prochaines 90 années ensemble, ils en viennent à développer des sentiments et de l’affection. Le scénario de Jon Spaihts reste plausible également dans le sens où les protagonistes n’oublient pas que, malgré leur amour, il s’agit d’une vie qu’ils n’ont pas choisie et qu’incapables de changer leur destinée, ils doivent essayer de profiter de chaque instant. Néanmoins, la construction de cette romance n’a aucune subtilité et aurait pu faire preuve de plus de créativité. Peu d’éléments viennent réellement justifier leur attirance, ce qui dégage l’impression qu’ils tombent amoureux faute de mieux. Sans être convaincu de la profondeur de leur connexion, le spectateur voir alors « Passengers » se transformer en un conte de fées spatial, irréaliste et trop embelli. Avec cela en tête, il est également difficile de comprendre les différentes décisions prises par les héros durant le film et les résolutions qui en découleront.

Par ailleurs, les répliques de Jim et l’écriture de son personnage font grincer des dents. Ce protagoniste est un cliché sur pattes et tout ce qui sort de sa bouche semble surgir d’une comédie romantique lambda. Il est l’incarnation de cette chanson de Lorie qui dit « Moi j’ai besoin d’amour, des bisous, des câlins, j’en veux tous les jours ». Le gros souci avec le scénario, c’est que le public n’a pas le temps de connaître Jim, car le film ne creuse pas en profondeur ce qui fait l’essence du personnage et le rend particulier. Ensuite, le protagoniste s’efface, perd toute individualité quand il est en présence d’Aurora. Sa personnalité disparaît et toutes ses décisions sont orientées dans le but de faire plaisir à la jeune femme. Certes, l’Homme est un être, qui pour se construire et évoluer, doit être en relation avec les autres. Mais même en étant seule, la personne dispose d’une personnalité et de préférences. Les premières minutes du long-métrage ne nous fournissent que des informations futiles et nous renseignent que sur son penchant pour la nourriture, son métier et son besoin de communiquer. Le pauvre Jim finit par n’être qu’un Bisounours en manque d’amour, n’agissant que pour séduire Aurora. Il l’épie parfois en cachette et lui jette des regards nous rappelant, sans autre, un carnivore affamé face à un délicieux morceau de viande, ce qui nous met, à quelques occasions, mal à l’aise. Il vit uniquement pour elle et non pas avec elle. En bref, il n’y a pas de quoi se mettre grand-chose sous la dent concernant la psychologie de ce personnage principal.

Au final, « Passengers » de Morten Tyldum est une source de contrariété, car le film avait quelques idées susceptibles d’être captivantes, mais en empruntant la voie de facilités scénaristiques pour les développer et les résoudre, elles tombent à plat. Toutefois, même en prônant un chemin moins risqué, le long-métrage ne peut être qualifié de navet et ne fait pas tout faux. Il est, bien évidemment, prévisible, sans surprise et sans substance, mais la troisième partie du film se veut plus intéressante, car elle tourne davantage autour des problèmes du vaisseau que de leur amourette utopique. La mise en scène est correcte et fluide, les effets visuels et spéciaux sont assez bien exécutés et pas utilisés de façon exagérée. Saluons aussi les beaux décors futuristes et les pièces sophistiquées, luxueuses comme le bar d’Arthur (Michael Sheen). C’est une très jolie coquille, bien que vide à l’intérieur.

Néanmoins, comme les temps sont durs, nous vous conseillons d’économiser votre argent et d’attendre la sortie du Blu-ray, si vous tenez vraiment à le voir. Si vous éprouvez un besoin irrépressible d’assister à une romance dans l’espace avec des personnages complexes, une trame poignante et surprenante, où les idées sont travaillées, jetez-vous plutôt sur « Wall-E ». Bien qu’il soit une boîte de ferraille, le robot possède toujours plus de charme et de charisme que notre cher Jim.

Passengers
De Morten Tyldum
Avec Jennifer Lawrence, Chris Pratt, Michael Sheen, Laurence Fishburne
Walt Disney Pictures
Sortie le 28.12

"Passengers" : Morten Tyldum s’écrase avec ce conte de fées spatial
2.0Note Finale