Avec « Boyhood », Richard Linklater avait pris le pari inouï de filmer une fiction étalée sur plus de dix ans, en gardant les mêmes acteurs qui, par conséquent, allaient grandir et vieillir à l’écran en parallèle au déroulement du récit. Cela dit, la prouesse du film ne réside pas tant dans cet exploit technique mais bien dans son approche du temps. À la fois laconique et faussement anodin, le récit nous emmène dans la spirale merveilleuse de la vie, où tout semble précieux de par le caractère éphémère de ce qui constitue cette dernière. Sans ne jamais insister dans la contextualisation temporelle de son film, Linklater se sert de la culture populaire, de la technologie et de la politique (américaine) pour indiquer le passage du temps. Le recours aux nombreuses ellipses s’affiche comme un parti pris ambitieux mais totalement efficient, puisqu’il permet au film d’illustrer un fragment du destin de Mason, ce garçon introverti et artistique, ainsi que celui de ses proches, tout en flottant sur la chronologie de ces personnages dans un sentiment de complétude paradoxal. En abordant la parentalité de manière moderne, le cinéaste évite les lieux communs qui semblaient parasiter ce genre de récits ; celui de « Boyhood » brille par son caractère unique et pourtant si universel. Avec une apparente simplicité et une sincérité sidérante, le film de Linklater s’impose ainsi non seulement comme une œuvre unique, mais aussi comme une puissante réussite et sans doute la meilleure offre cinématographique de 2014.

Boyhood
De Richard Linklater
Avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Ethan Hawke…
Universal