La French de Cédric Jimenez

La French de Cédric Jimenez –


« La French » souffre de quelques longueurs et surtout d’un traitement trop classique et impersonnel qui laisse un désagréable sentiment de déjà vu.


L’avis contre : 2.5/5
La French est le diminutif utilisé pour la French Connection, terme désignant le réseau de narcotique entre le sud de la France et les Etats Unis durant les années 50 à 70. Son homonyme cinématographique peut également être considéré comme une version diminuée du chef d’œuvre de William Friedkin. A la différence du « French Connection » du réalisateur américain, le second film de Cédric Jimenez adopte le point de vue du juge Pierre Michel et se focalise sur sa confrontation avec Gaëtan Zampa, figure majeure du banditisme marseillais. Sur la base d’un scénario très documenté, cosigné avec la journaliste Audrey Diwan, le réalisateur français développe un double arc narratif à la « Heat » de Michael Mann qui alterne le quotidien du flic/juge Pierre Michel (Dujardin) et de son alter égo gangster Gaëtan « Tany » Zampa (Lellouche). En appliquant à la lettre le cahier des charges du film de gangster et ses passages obligés, Jimenez livre un traitement bien trop classique qui n’évite aucun cliché inhérent aux productions du genre. Le réalisateur français est incapable de renouer avec l’esprit des modèles dont il s’inspire et malgré quelques scènes intimistes, qui apportent une dimension humaine à son polar, « La French » s’inscrit dans le registre du divertissement. Ce manque d’ambition se retrouve également dans une mise en scène soignée mais qui manque d’ampleur et surtout de défis techniques propres au cinéma des grands réalisateurs (Scorsese, Mann) cités au travers d’une scène ou d’un plan. Fort du plus gros budget du cinéma français de l’année 2014 (environ 21 millions d’euros), « La French » dispose d’une direction artistique exemplaire permettant une reconstitution très soignée des années 1970, tant au niveau des décors que des costumes. L’autre point fort du long métrage de Cédric Jimenez réside dans son casting solide. Céline Sallette et un Benoît Maginel méconnaissable dans le personnage du « Fou » (malheureusement sous-exploité) parviennent à faire de l’ombre au duo charismatique composé par Gilles Lellouche et Jean Dujardin. S’il a le mérite de populariser et franciser un genre propre aux productions hollywoodiennes, « La French » souffre de quelques longueurs et surtout d’un traitement trop classique et impersonnel qui laisse un désagréable sentiment de déjà vu. [David Cagliesi]

L’avis pour : 4/5
Assurément ce qu’on a vu de mieux dans le cinéma français cette année.

Le projet basé sur la traque de Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche), parrain charismatique de La French, mafia marseillaise exportatrice d’héroïne dans les années 1970, a été confié au jeune réalisateur Cédric Jimenez pour son deuxième long métrage. Marseillais d’origine ayant grandi en plein cœur de l’affaire, le réalisateur met en scène avec subtilité une tragédie sur fond de polar français, centrée sur le juge Pierre Michel (Jean Dujardin) à qui l’on confia la lourde tâche de démanteler ce réseau tout puissant. L’écriture construit des personnages intéressants, humains, et au plus proche du spectateur, mis à l’écran avec un rythme puissant et un suspens haletant. Un hommage aux grands polars de l’époque.

À peine un film à son actif avec « Aux Yeux de Tous » en 2011, et Cédric Jimenez arrive déjà à se faire produire par Gaumont en s’attirant deux des interprètes masculins français les plus demandés du moment. C’est dans un duel digne d’un Al Pacino/De Niro dans « Heat » que les deux amis dans la vraie vie – Dujardin et Lellouche – captivent et livrent une interprétation au sommet. Dujardin, dont les apparitions récentes ne s’apparentaient plus beaucoup à la comédie, confirme son orientation vers des rôles plus dramatiques. Beaucoup plus saisissant que dans ses dernières participations américaines, l’acteur est à l’aise et très impliqué dans son personnage. Il livre un juge Michel prêt à se livrer corps et âme pour mettre un terme à La French, tourmenté par la peur de mettre sa famille en danger. Son ton est impeccable et l’acteur français prouve plus que jamais sa capacité à émouvoir. Gilles Lellouche, quant à lui, provoque à la fois l’effroi et la compassion d’un patron de Mafia intouchable et intransigeant dont les conséquences liées à son statut lui échappent. Même si son accent italien laisse à désirer, l’acteur incarne avec brio et tout en retenue Gaëtan Zampa.

Plongé au cœur de la French, ses mensonges, ses corruptions et ses règlements de compte, le scénario comporte son lot de rebondissements compliquant la tâche du Juge Michel dans sa traque du parrain, tenant le spectateur en haleine pendant plus de deux heures. Un polar dont la dimension humaine et tragique surprend et fascine. Assurément ce qu’on a vu de mieux dans le cinéma français cette année. [Alexandre Caporal]

La French
De Cédric Jimenez
Avec Jean Dujardin, Gilles Lelouch, Céline Sallette…
20th Century Fox

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