À l’occasion de sa présence pour la toute première édition des « Rencontres 7ème Art Lausanne », plus communément appelées « r 7 a l », la pétillante comédienne espagnole Rossy de Palma s’est confiée à notre micro. Elle nous raconte les débuts de sa célébrité, son amitié avec le réalisateur espagnol Pedro Almodóvar (« Julieta ») et son attrait pour les créations artisanales.


Rossy de Palma, c’est la 2ème fois que vous venez à Lausanne en peu de temps. Qu’est-ce qui vous a motivée à participer à ce festival de cinéma?
C’est vrai ! En fait, j’étais déjà venue ici pour l’opérette « Le chanteur de Mexico » en décembre dernier et du coup, je ressens un certain attachement pour cette ville. Toujours est-il que je n’ai pas su tout de suite que Vincent Perez (Président du « r 7 a l ») allait organiser cette manifestation. Il était impossible de lui refuser ma présence pour cette première édition, car je l’aime beaucoup et cela fait très longtemps que nous nous connaissons. Nous avions même travaillé ensemble dans un film américain dans les années 90, « Talk of Angels ». Je trouve cette première édition culturelle magnifique et apprécie l’initiative de Vincent (Perez). Parler de cinéma avec une vue sur le lac… Honnêtement, que peut-on demander de plus ?

Vous êtes connues pour être une des muses de Pedro Almodóvar. Est-ce un passage obligé pour une actrice espagnole de tourner avec le cinéaste ?
Je crois que toutes les actrices de ce pays aimeraient tourner avec lui. On a souvent l’impression qu’il connaît bien les rôles pour les femmes. Quand j’ai commencé à travailler avec lui, j’ai rapidement constaté qu’il avait une très belle énergie dans son travail. D’ailleurs, la semaine dernière, j’ai réalisé que cela faisait déjà 30 ans que nous collaborions ensemble. C’est aussi grâce à lui que je me suis faite connaître internationalement.

Est-ce difficile pour vous d’être souvent associée audit metteur en scène ? Ou avez-vous réussi à vous en détacher ?
Ce lien qui nous unit me convient très bien, car c’est grâce à lui que j’ai pu commencer ma carrière au cinéma. Je ne peux me dissocier de lui. J’ai la sensation d’être autant proche de lui qu’avec mes parents. Il fait partie de ma vie professionnelle et sentimentale depuis toutes ces années. Je n’arrive pas à imager ma vie sans Pedro en fait.

KIKA – Pedro Almodóvar 1993

Avant votre carrière de comédienne, vous étiez chanteuse notamment dans les années 80. Comment tout ceci a commencé ?
C’est à cette période que je suis arrivée à Madrid (Rossy de Palma est originaire de Palma de Majorque). J’ai fait la connaissance de Pedro (Almodóvar) dans un bar, où notre ancien groupe les « Peor Impossible » (« Pires Impossible » en français) se produisait. Axé plutôt pop-punk, nous plaisantions souvent avec le public sur notre nom de scène en prétendant que nous étions les pires. Je me souviens que la plupart d’entre nous n’avaient pas de réelle carrière musicale, excepté 2 musiciens. La majorité étaient néophytes en fait et c’est une des raisons pour lesquelles nous avions choisi ce nom de scène. Mais nous avions eu un bon succès à l’époque, même un tube de l’été. Malgré notre réussite, et parce que nous étions 9 membres au sein des « Peor Impossible », nous devions nous répartir équitablement nos recettes et c’est pour cette raison que je continuais à travailler dans ce bar.

D’ailleurs, c’est aussi grâce au « Peor Impossible » que je me suis rendue pour la première fois de ma vie en France, à Angoulême au salon de la bande-dessinée. Ce fut très amusant, on était un peu comme des personnages de dessins animés vivant folkloriques. À cette époque, on était très inconscients mais très artistiques aussi et sans le savoir.

Est-ce que vous pourriez remonter un groupe aujourd’hui ?
Ah, mais je continue toujours à être très impliquée dans la chanson, à en composer. Quand je fais des pièces de théâtre, je prends toujours le temps de m’investir pour des performances musicales dans l’histoire.

Vous êtes aussi beaucoup investie dans la mode. Peut-on vous considérer comme une personne « fashion » ?
Pour moi, être à la mode ne signifie pas être fashion. C’est un univers artistique à part entière. Je crois même que c’est un langage corporel. Je considère qu’une tenue permet de prendre également soin de soi. Pour moi, c’est une façon de communiquer et pas seulement pour être active dans le monde des affaires ou le prêt-à-porter. Vous voyez ce que je porte (Elle nous le montre. Il s’agit d’un magnifique pendentif coloré porté autour de son cou) ? Je l’ai acheté auprès des masaïs (population est-africaine d’éleveurs et guerriers) car leurs créations artisanales représentent beaucoup pour moi sentimentalement. J’ai depuis longtemps un fort lien avec les fabrications faites maison. Que ce soit au niveau des tissus ou des couleurs.

N’auriez-vous pas envie de créer une marque qui vous correspond ?
En fait depuis mon enfance, je suis très créative. Toute jeune, je vendais déjà dans les marchés de Palma de Majorque mes créations. Je concevais le tout ce qui m’a permis par la suite, de confectionner mes vêtements pour des cérémonies. Il m’est aussi arrivée de créer des costumes pour le théâtre et mes amis. Si j’ai le temps pour la fashion week à Dakar cette année, peut-être, vais-je m’investir pour la création de quelques pièces. Pour moi, les vêtements font parties de l’artisanat et de l’art.

Justement, au niveau de l’artistique nous constatons que vous êtes une touche-à-tout très investie. Qui plus est, vous voyagez beaucoup et êtes quadrilingue. Est-ce que vous arrivez à vous en sortir avec tout ce que vous entreprenez ?
(Rires) Bien sûr. Mais j’aurais aussi bien-aimé apprendre le chinois et l’arabe. Je trouve cette dernière très belle et très chantante. Mais je sais qu’elle est difficile à apprendre, même phonétiquement, si on ne connaît personne autour de soi qui la parle… Pour moi, les langues sont la clé de l’accès aux différentes cultures. Si tu ne parles pas la langue, tu n’arrives pas réellement à t’imprégner et à bien connaître la culture. Je sais que je ne suis pas Française, mais je me sens francophone, car cette langue m’a beaucoup apporté et m’a permis d’être généreuse en retour.

Sam suffit de Virginie Thevenet 1992

C’est d’ailleurs par le biais du cinéma français que vous avez appris cette langue ?
Oui, surtout grâce à la mode, car lorsque je suis arrivée à Paris pour travailler dans ce milieu, je ne parlais que l’anglais. Un jour, la réalisatrice de « Sam suffit » Virginie Thevenet me contacta pour que je joue dans son long-métrage. L’équipe du film m’avait même proposé un coach afin que j’apprenne mieux la langue française. Mais malgré mes efforts, il s’est avéré, je n’arrivais pas à me comprendre. La production suggéra alors que ma voix soit doublée. Mais j’avais horreur de cette proposition, car pour moi, la voix couvre plus du 60% le travail de comédien. Je leur ai donc proposé qu’ils me louent un appartement à Paris, plutôt que je fasse multiples allers-retours entre la France et l’Espagne. À force de travail intensif, j’ai réussi à apprendre le français grâce à ma coach. Nous sommes d’ailleurs devenues très proches.

Du coup, vous aviez eu beaucoup de plaisir lors du doublage en français pour l’animation « Jack et la mécanique du cœur » ?
Oui, et j’avais aussi chanté une des chansons. Ce fut un réel plaisir de participer au projet de Mathias (Mathias Malzieu, scénariste de l’animation). Je l’avais aussi chaudement recommandé auprès de Luc Besson pour son projet. Les deux hommes se sont rencontrés et c’est ainsi que la fiction s’est concrétisée.

Dans un tout autre sujet, quels sont vos projets cinématographiques ?
J’en ai beaucoup, mais je suis actuellement très prise pour la promotion de « Madame » qui s’est faite le 23 mars dernier aux Etats-Unis. Je sais également qu’au Canada le film plaît au public. Je suis très fière de ce long-métrage et de sa réalisatrice Amanda Sthers. J’espère sincèrement travailler à nouveau avec elle, car je l’avais beaucoup appréciée. J’ai aussi d’autres projets en route en Espagne et à Cuba, mais ils sont encore secrets. Par contre, je peux déjà vous dire que je vais me doubler en français dans le prochain Terry Gilliam (« L’Homme qui tua Don Quichotte » qui sortira au printemps 2018 en salles) car mon rôle dans ce casting international me permet de le faire. Je me réjouis de voir ce qu’il va donner puisque j’ai eu aussi beaucoup de plaisir à y participer.

On sait que vous tournez énormément en Espagne. Pourtant, vous collaborez rarement avec le réalisateur Álex de la Iglesia (« El Bar ») et jamais encore avec Paco Plaza (« [REC]3 Genesis »). Pourquoi donc ?
J’avais fait un caméo dans le premier long-métrage d’Álex de la Iglesia, « Action mutante » en 1993. Mais depuis, il ne m’a plus vraiment recontactée pour participer à un de ses projets. Avec le temps, j’ai compris et j’apprécie plus que de telles relations se fassent naturellement, sans qu’on les force. Mais ce film est très drôle et j’en garde un bon souvenir. Par contre, je n’ai pas encore vu sa récente réalisation qu’est « Perfectos desconocidos ». L’histoire est intéressante, car elle parle d’amis qui se retrouvent autour d’une table, posent leurs téléphones portables et exposent tous les appels et messages entrant. Et évidemment, les choses tournent mal. Il en va de même avec Paco Plaza qui ne m’a jamais contactée pour une de ses réalisations.

Pour terminer, vous qui parlez entre autres très bien le français, connaissez-vous des expressions suisses romandes ?
Non, mais j’aimerais beaucoup que vous que vous m’appreniez un mot romand. Celui que vous souhaitez (nous lui montrons l’objet). Ah, donc ce que les Français appellent téléphones portables, vous le nommez natel ? Mais pourquoi ? (Nous lui expliquons que cela vient de l’abréviation suisse alémanique Nationales Auto-TELefon, donc natel). Ah ! Là, je comprends mieux et vous en remercie.

[Interview réalisée en collaboration avec Lauren von Beust]
Pour plus d’informations sur le festival : r7al.ch

A propos de l'auteur

Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

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