Nul besoin d’être un grand connaisseur des films du réalisateur japonais Mikio Naruse pour apprécier la simplicité et la qualité de sa mise en scène. Le cinéaste nous transporte avec magie dans le Japon d’après-guerre et raconte avec brio l’histoire d’une famille décomposée.


Dans une petite bourgade japonaise, les «Morita» tiennent une épicerie de quartier. Elle est gérée par une jeune veuve, Reiko et sa belle famille. Celle-ci est préoccupée par le comportement de son beau-frère, Koji, un flambeur alcoolique, querelleur et fainéant. L’arrivée d’un supermarché «le Shimizu» menace aussi leur commerce par ses prix cassés.

Unique personne capable de remettre de l’ordre dans la vie des Morita, elle essaie vainement de rendre l’épicerie plus attractive et tente par la même occasion de raisonner son beau-frère pour qu’il reprenne la boutique, mais celui-ci, borné, ne veut rien savoir des ses projets. Le jeune Koji est même décidé à vendre l’établissement pour se faire de l’argent facile…

Filmé en noir et blanc et bien mis en musique, ce nouveau long-métrage du réalisateur Mikio Naruse, arrive à tenir en haleine, le spectateur malgré un sujet plutôt banal. Les regards des protagonistes et leur attitude caractérisent bien ce style de film. On apprécie particulièrement le jeu des acteurs qui allient dynamisme et crédibilité.

Le thème principal du film est la survie des petits commerces face à la dure concurrence des grandes-surfaces et de leurs méthodes peu recommandables. Un sujet encore très actuel. Mikio Naruse traite également le thème de la famille et de la mort.

«Une femme dans la tourmente» appartient à la catégorie générique « shomingeki », des comédies dramatiques centrées sur les classes salariées. Un genre dont le metteur en scène japonais s’est fait une spécialité. L’ambiance du film se rapproche aussi de certaines productions italiennes par son style et ses mélodies. Longtemps ignoré par la critique occidentale, son oeuvre fait l’objet depuis les années 1980 de nombreuses rétrospectives. Il est à présent considéré comme l’un des plus grands réalisateurs nippon du « second âge d’or » (années 50) dans la lignée de Kurosawa ou Ozu.

Hideko Takamine qui interprète Reiko, est une actrice ultra habituée au cinéma de Mikio Naruse puisqu’elle a joué dans plus de 10 films du célèbre metteur en scène dont font partie «le repas», «nuage flottants», «nuages d’été», «quand une femme monte l’escalier» et «délit de fuite».

Yûzô Kayama est lui, beaucoup plus méconnu, l’acteur principal est à l’affiche de films tels que «Barberousse», «Sanjuro», «Le sabre du mal» et «Sugata Sanjiro, le grand judo» des productions très différentes de celle-ci. Sa prestation est de qualité et il forme un très bon duo avec Hideko Takamine.

Si les décors sont excellents, on peut regretter, malgré tout, une certaine longueur en fin de projection et un léger manque de rebondissements dans l’histoire. Ceci mis à part «Une femme dans la tourmente» est un très beau film, particulièrement émouvant, qui mérite d’être visionné dans les cinémathèques ou à domicile.

Ce DVD, vivement recommandé, fait partie d’une nouvelle collection de films asiatiques sortie récemment. Il est de très bonne qualité et sous-titré en français mais ne contient aucun bonus.

  • Titre original: «Midareru»
  • Film dramatique japonais de 1964
  • Réalisateur: Mikio Naruse
  • Producteur associé: Sanezumi Fujimoto
  • Compositeur: Ichirô Saitô
  • Avec: Hideko Takamine (Reiko Morita), Yûzô Kayama (Koji Morita), Mitsuko Kusabue (Hisako Morizono)
  • Production: Carlotta Films, Toho Scope Company Ltd. & Les Acacias.
«Une femme dans la tourmente» : une femme polyvalente !
4.5Note Finale

A propos de l'auteur

Le cinéma est un lieu merveilleux, on y trouve de tout: des comédies (mon genre préféré), des films d'auteurs (que j'apprécie pour leur diversité), des documentaires plus ou moins passionnants, des blockbusters et d'autres types de films. Fan du cinéma français et des pays latins, j'en ai fait ma spécialité. Rédacteur depuis de nombreuses années, j'aime partager mes connaissances et découvertes. «Le cinéma est fait pour tous ceux dont la curiosité est le plus grand défaut» Claude Lelouch

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